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Ciment

Malgré l’urgence écologique, l’Etat donne son feu vert à une nouvelle carrière de calcaire

par Simon Gouin -

L’arrêté est signé du ministre de l’Écologie. Et n’a pas l’air compatible avec l’« accélération écologique » annoncée par Edouard Philippe le 12 juin dernier, devant les députés. François de Rugy et Bruno le Maire ont signé le 4 juin dernier un permis exclusif pour la carrière de calcaire cimentier de Brueil-en-Vexin, au profit de la société Ciments Calcia, filiale du groupe allemand HeidelbergCement Group. 109 hectares, soit 150 terrains de football, pourront être exploités au sein du Parc naturel régional du Vexin, à 50 km de Paris, dans la région de Mantes la Jolie. 700 000 tonnes de calcaires seraient ainsi extraites chaque année pendant 10 ans. C’est au préfet de faire « notifier » cette décision, attendue dans les jours à venir.

Les opposants à la carrière pointent du doigt les conséquences désastreuses que cette carrière provoquerait sur l’environnement. Menace pour l’eau potable à cause de la pollution de la nappe phréatique, disparition des terres agricoles, émissions de CO2 liées à la fabrication de ciment, en plus de la pollution déjà émise par la cimenterie voisine de Gargenville, que la carrière viendrait alimenter : « Ce dossier porte atteinte aux biens communs, plus précieux que le ciment », résume l’association des opposants au projet, AVL3C.

« Pas de meilleur bilan écologique global »

Ces arguments, l’État ne les a pas entendus. Interrogé par France Bleu, le ministère de l’Écologie affirme n’avoir « aucun motif pour refuser l’autorisation d’exploitation ». 80 % des terres exploitées seraient restituées une fois la carrière arrêtée ; la protection des nappes phréatiques serait assurée ; l’entreprise investirait 10 millions d’euros pour limiter les émissions de poussières. « Aucune des alternatives étudiées n’apporte un meilleur bilan écologique global », affirme l’État à France Bleu.

Les 1700 contributions contre l’ouverture de la carrière (sur environ 2000), récoltés lors de l’enquête publique, ont débouché sur un avis favorable des commissaires enquêteurs en décembre 2018, malgré des réserves sur le plan environnemental. L’opposition au projet de plusieurs députés, conseillers départementaux et de 60 maires qui ont signé une motion demandant l’abandon du projet au nom du principe de précaution, n’a pas été prise en compte. « C’est un double déni, explique Dominique Pélegrin, présidente de l’association AVL3C. Climatique et de santé publique, mais aussi démocratique. »

Photomontage de simulation de la carrière - Association AVL3C

Ce projet d’ouverture d’une carrière au sein du Parc naturel régional du Vexin date des années 1990. En 2014, il est ressorti des cartons pour faire face officiellement aux besoins en ciment du Grand-Paris (lire notre reportage en 2014). Un argument que les opposants battent en brèche : les besoins en ciment nécessaires aux constructions du Grand-Paris seraient déjà assurés par d’autres cimenteries, et la production française serait plus élevée que les besoins nationaux. Le début de l’exploitation de la carrière de Brueil est prévue en 2020. Sauf si le collectif d’opposants parvient à bloquer le projet. Des recours et de nouvelles actions sont d’ores-et-déjà envisagés.

Simon Gouin

A lire sur Basta !  : Un projet de carrière de calcaire inquiète les habitants du Parc naturel régional du Vexin

Photo de une : Carrière de Guitrancourt, à quelques kilomètres de la carrière de Brueil-en-Vexin.