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Alternatives

La Pêche, monnaie locale et citoyenne, débarque à Paris

par Mathieu Paris -

La Pêche, monnaie locale citoyenne lancée à Montreuil en 2014, franchit un pallier et s’implante dans huit arrondissements parisiens. Échanger ses euros contre des Pêches, puis faire ses achats dans cette monnaie complémentaire et citoyenne, doit permettre de favoriser les échanges locaux, et de soutenir des projets écologiques, sociaux et culturels. Fête de lancement le 12 mai à Paris.

La Pêche, une « monnaie locale complémentaire citoyenne » créée à Montreuil en 2014, prend une nouvelle dimension en se lançant le 12 mai dans huit arrondissements du nord, de l’est et du sud de Paris [1]. Une monnaie « utilisée par des particuliers, entreprises, associations et institutions, qui adhèrent à l’association gestionnaire, en s’engageant à respecter une charte de valeurs éthiques, écologiques et solidaires », explique l’association Une monnaie pour Paris (Moppa). Le but est de permettre une réappropriation de la monnaie par le citoyen, tout en donnant du sens à son usage (lire ici notre article sur les monnaies locales).

Il existe déjà plus d’une quarantaine de monnaies locales en France, dont l’Eusko (lire notre reportage), qui représente l’équivalent de 750 000 euros en circulation dans le pays basque. La Pêche, elle, rassemble aujourd’hui 800 particuliers adhérents, auxquels s’ajoutent 80 commerces et entreprises. 180 000 euros convertis en Pêches circulent à Montreuil et dans ses alentours (voir la carte des commerces concernés). Du côté parisien, la monnaie compte déjà une centaine d’adhérents et de bénévoles. Deux services civiques ont été embauchés pour faire avancer le projet.

Dynamique locale et lien social

Du fait de sa logique de « circuit court », la monnaie est censée soutenir principalement l’économie locale et les activités de proximité. La Pêche ne sera utilisable qu’auprès des entreprises et commerces membres du réseau. « Des indépendants et des petits commerçants surtout », explique Ambroise, en service civique avec l’association.

Pas de multinationales ni de grandes chaînes donc, mais des acteurs indépendant dans leur choix de fournisseurs. Et qui pourront donc, avec l’aide des adhérents et des bénévoles, être orientés vers des fournisseurs locaux. Déjà une quarantaine de commerçants seraient volontaires pour adhérer. Pour Jean-Sébastien, coordinateur de la prospection pour la Moppa, « les commerçants ont tout à y gagner » : une meilleure visibilité, une clientèle plus fidèle, et l’appartenance à un réseau d’acteurs locaux.

Une monnaie écologique et solidaire

Outil pour stimuler les échanges locaux et réduire l’empreinte carbone, la Pêche veut promouvoir des entreprises aux pratiques soutenables. Les membres du réseau doivent ainsi adhérer aux valeurs définies par la charte de l’association, élaborée lors de réunions publiques : relocalisation de l’économie, écologie, démocratie et solidarité.

Le fonctionnement d’une monnaie locale (Source : campagne de financement participatif « Une monnaie pour Paris ! »)

La pêche se veut aussi solidaire, grâce à un système de bonus-malus de 3% à la conversion, puis à la reconversion [2]. Lorsqu’une personne convertit 100 euros, elle reçoit 103 pêches, et choisit où seront investies ces 3 pêches supplémentaires : au sein d’une association ou pour un fonds solidaires pour des personnes aux faibles ressources. Il sera également possible de récupérer ces 3% comme « bonus au pouvoir d’achat », pour rendre plus accessible une consommation responsable. Les 100 euros de départ iront sur un fonds de garantie à la Nef, une coopérative de finances solidaires, pour soutenir des projets d’utilité sociale, écologique et culturelle. A l’inverse, quand une entreprise ou un particulier reconvertit 100 pêches, il percevra 97 euros.

Comme l’ont révélé les expériences passées, les monnaies locales semblent faire face à deux problèmes principaux : l’entre-soi d’utilisateurs engagés et de faibles retombées économiques si la monnaie ne parvient pas à élargir ce cercle de militants. Un non-problème selon Sarah : « Le but n’est pas de créer des tickets restaurant, une monnaie alternative sans valeur. Si elle reste "militante", c’est là qu’elle gardera son sens. » Gage d’engagement chez les commerçants, elle souligne que « le jour où ce ne sera plus le cas, la monnaie ne servira à rien ». Rendez-vous le 12 mai pour la fête du lancement de la pêche à Paris !

Mathieu Paris

Sur le même sujet : Les monnaies locales, un moyen efficace pour lutter contre la spéculation financière et les délocalisations ?