Débattre Lettre ouverte

« Pourquoi, dans le plus moderne des services d’urgences, peut-on attendre quinze heures sur un brancard »

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Fabienne Orsi est une chercheuse engagée dans la défense de l’hôpital public et a fait l’expérience des conditions déplorables dans lesquelles sont reçus des patients aux urgences de l’Assistance publique des hôpitaux de Marseille. Dans cette lettre, elle s’adresse à leurs responsables, ainsi qu’à la nouvelle maire de la ville, Michèle Rubirola, qui doit siéger au Conseil de surveillance.

Messieurs (Lettre adressée à Jean-Olivier Arnaud, directeur général de l’Assistance publique des hôpitaux de Marseille (APHM) et Pierre Pinzelli, secrétaire général de l’APHM) [1],

Il y a 9 mois vous refusiez que se tienne à la Timone le débat public que j’organisais avec des collègues chercheurs et que nous avions intitulé « Où va l’hôpital public ? ».

Aujourd’hui, voyez où nous en sommes. Les soignants n’en peuvent plus de manifester leur colère et leur rage face à des autorités publiques sourdes à l’état de déliquescence du service public hospitalier.

Et vous, quelle est votre position ? Quelle est la position de la direction de l’APHM ?

Nous aimerions tellement vous entendre, nous, « usagers » de l’hôpital public de Marseille.

Pouvez-vous nous expliquer les raisons qui font que dans le sixième pays le plus riche du monde, dans la deuxième ville de France, l’hôpital public soit dans un état de pourrissement sans nom, des chambres sans douche, sans eau chaude, des fenêtres sans stores, sans gel hydro-alcoolique ?

Pouvez-vous nous expliquer pourquoi, alors que la qualité de l’alimentation est la condition première d’une bonne santé et devrait donc être à la base de toute démarche de soin, ce sont des plateaux-repas industriels et insipides qui sont servis aux patients, des plateaux-repas qui coûtent une fortune aux contribuables et qui vont à l’encontre de toute logique environnementale ?

Pouvez-vous nous expliquer pourquoi, dans le plus moderne des services d’urgences, on peut y attendre plus de quinze heures sur un brancard, dont six à attendre un scanner car un seul scanner est disponible la nuit dans le plus grand hôpital public de Marseille ? Que les patients âgés, perdus, fragiles soient attachés à leur brancard faute de personnels pour en prendre soin, qu’aucune distribution de masques ne soit régulièrement faite aux patients pendant leurs longues heures d’attente aux urgences ? Rappelez-moi combien dure l’efficacité d’un masque chirurgical ?

Je vous joins quelques photos prises çà et là, dans l’éventualité où vous n’ayez pas le temps de vous rendre dans l’hôpital public, depuis vos bureaux de la rue Brochier.

Pour ma part, je n’oublierai pas le regard de cette vieille dame m’implorant d’une voix toute fine et douce de la détacher alors même que comme elle, tout près d’elle, j’attendais sur un brancard mon heure de passage au scanner la nuit.

Je suis certaine que vous prendrez le temps de répondre à mon courrier, et que vous aurez à cœur de montrer votre mobilisation pour que cette grande institution républicaine que constitue l’hôpital public redevienne la fierté de notre beau pays.

Avec mes meilleures salutations

Marseille le 13 juillet 2020,

Fabienne Orsi est une chercheuse engagée dans la défense de l’hôpital public et co-initiatrice de l’Appel à la tenue d’un Atelier populaire et démocratique pour la refondation du service public hospitalier (l’initiative est présentée sur l’un des blogs de Mediapart) avec le Collectif Inter-hôpitaux, les Économistes Atterrés, le Collectif Inter-Urgences, le Printemps de la psychiatrie, les Ateliers travail et démocratie.

- Cette lettre ouverte a initialement été publiée le 20 juillet par le journal La Marseillaise (Lettre ouverte à la direction de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille) et publiée sur Basta ! avec l’autorisation de l’auteure.

Photo : © Anne Paq

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