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Grand projet inutile ?

En Vendée, la « ZAD de la Dune » contre un projet d’artificialisation du littoral

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Cet été, le préfet de Vendée a déclaré d’utilité publique un projet de port de plaisance au sein d’une zone naturelle classée... La « ZAD de la Dune » bloque les pelleteuses depuis le début de la semaine.

Ils refusent le déboisement massif de la végétation du littoral et l’aplanissement de la dune à coup de bulldozers. Depuis le 6 octobre, une zone à défendre (ZAD) s’est établie à Brétignolles-sur-Mer, une commune de 4500 habitants en Vendée, pour bloquer les travaux. En ligne de mire : un projet de port de plaisance de 915 « anneaux » (ou emplacements), porté depuis 2001 par Christophe Chabot, le maire (divers droite) de la commune, également président de la communauté de communes.

Ce vieux serpent de mer s’est concretisé à la suite de la déclaration d’utilité publique délivrée par le préfet le 16 juillet dernier, considérée par les opposants comme un « permis de polluer et de détruire un espace remarquable du littoral communal ». En dépit de six recours juridiques, « les pelleteuses ont commencé à détruire, trouer, creuser, saccager, éventrer la dune de la Normandelière et sa précieuse végétation », déplore la Vigie, une association locale. En occupant les lieux et en formant des chaines humaines, les opposants ont réussi depuis le début de la semaine à faire reculer les pelleteuses, comme en témoigne la vidéo ci dessous, publiée le 9 octobre sur la page Bréti-ZAD.
 

Un projet qui divise

Selon ses promoteurs, le nouveau port de plaisance permettrait de créer une centaine d’emplois, répondrait à un déficit en places de port en Vendée, ne coûterait « pas un centime aux brétignollais », et n’aurait « aucun impact environnemental » [1]. Il s’accompagnerait en outre de la création d’une aire de loisirs et d’un bassin de baignade d’eau de mer. « On va impacter à peine un hectare de la zone humide », précise le responsable de l’agence Biotope Pays de la Loire qui a réalisé l’étude d’impact.

Ce n’est pas l’avis de l’association Surfrider, qui dénonce « un gigantesque projet portuaire qui artificialiserait 45 hectares de zone humide et de terres agricoles, polluerait et défigurerait le littoral en mettant en danger le cordon dunaire et les spots de surf situés au sud du site. » Ni des 2500 personnes qui se sont mobilisées le 6 octobre sur la plage de la Normandelière, pour exprimer leur opposition à ce projet de port artificiel.

Mobilisation le 6 octobre 2019 sur la plage de la Normandelière (© Mélanie Bahuon / Neutral Grey)

Face à la destruction des milieux, l’argument de la « compensation environnementale »

La dune doit être en partie détruite pour faire entrer la mer dans les terres par un chenal d’enrochement de 500 mètres de long sur 60 mètres de large, qui coupera la plage en deux. « Ce port va modifier les dépôts sédimentaires, les courants, l’exposition à la houle », redoute Surfrider. L’ONG souligne que cette plage est entourée de trois zones classées Natura 2000. Pour l’association La Vigie, ce projet se situe ainsi au cœur d’un « espace naturel remarquable » qui, selon la loi, devrait être protégé [2].

Comme le souligne l’avis de l’autorité environnementale, l’aire d’étude immédiate recoupe bien une zone naturelle écologique, faunistique et floristique [3] abritant de nombreuses espèces. « Nous avons conscience de la destruction de plus de 5000 m2 de dune ainsi que de la biodiversité qui s’y trouve, mais nous sommes actuellement en train de prélever les espèces pour les réimplanter dans un nouvel espace de compensation plus dans les terres », se défend la communauté de communes. Bien que la compensation écologique soit décriée, elle est au fondement de ce projet puisque les dégâts occasionnés sur les 40 hectares que couvrira le port seront « compensés » ailleurs, sur 157 hectares.

Le 1er octobre 2019 sur la plage de la Normandelière, cinq jours avant la manifestation ayant donné lieu à la zone à défendre. © Mélanie Bahuon / Neutral Grey

Autre désaccord, celui concernant le sort d’une carrière de trois hectares, abritant une vaste réserve d’eau de 340 000 m3. « Cette capacité représenterait en cas de pénurie plus de 40 jours pour 50 000 personnes », souligne l’association La Vigie, dans un contexte où plusieurs arrêtés sécheresse ont été pris en Vendée ces derniers mois. Or, les promoteurs veulent « boucher » cette carrière avec les milliers de m3 de déblais liés notamment à la réalisation du chenal (à lire, notre enquête sur les guerres de l’eau en France).

« Défenseurs et défenseuses de la dune »

Le projet est estimé à 43 millions d’euros, dont 31 millions empruntés sur vingt ans et trois millions de subventions publiques, le reste étant assuré par la location d’emplacements par les plaisanciers. Les promoteurs avancent également la création d’une centaine d’emplois. Un engouement nuancé par l’association France nature environnement, qui pointe la mutation profonde de la filière nautique, marquée par un vieillissement prononcé et un faible renouvellement de la population des plaisanciers [4].

Remettant fondamentalement en cause « l’utilité publique » du projet, les opposants appellent à un rassemblement le 19 octobre devant la préfecture de Vendée. Dans le même temps, un élan de solidarité s’organise autour des « défenseurs et défenseuses de la dune » qui ont pour le moment réussi à faire suspendre les travaux, avec l’espoir d’une décision de justice en leur faveur.

Sophie Chapelle

Photos : © Mélanie Bahuon / Neutral Grey

- Une pétition est en ligne.

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