Paris

Une première réquisition d’immeuble permet de reloger 60 personnes

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Une soixantaine d’immeubles parisiens pourraient faire l’objet d’une réquisition publique afin de les ouvrir aux mal-logés. Les associations n’ont pas attendu que le gouvernement lance le processus et ont procédé, le 31 décembre, à la réquisition d’un immeuble vide appartenant à un fonds d’investissement et de gestion.

Familles et militants du droit au logement ont pris discrètement possession des lieux, le 29 décembre, avant de rendre publique leur réquisition. « Certains enfants nous demandaient s’il ne devait pas faire de bruit », sourit Annie Pourre, militante de Droit au logement (DAL). Aujourd’hui, les enfants s’amusent en riant avec des ballons. Pour eux et leurs parents, l’année 2013 commence mieux.

Salima Aboujat est soulagée. Depuis 1997, elle était en situation de mal-logement. Alors qu’elle avait été reconnue comme prioritaire dans son recours au DALO (Droit au logement opposable), elle vivait avec son fils et sa nièce dans un studio de 26m2, pour un loyer de 700 euros par mois. Désormais, tous les trois occupent deux pièces transformées en chambre parmi les 2 000 m2 de l’immeuble qui a été « réquisitionné ». Soixante personnes, dont quatorze familles et vingt-quatre enfants, ont emménagé dans cet ancien siège de la société « Histoire d’or ». L’immeuble est chauffé, « en parfait état » selon les occupants et vide depuis près de deux ans.

Un toit pour 14 familles et des personnes handicapées

Il appartient à une série de sociétés écrans. Suivre leurs sièges sociaux vous fait voyager de Paris à Hong Kong en passant par les Pays-Bas ou le Luxembourg. Le bâtiment serait géré en France par une « société au nom collectif » (SNC) dont l’actionnaire majoritaire semble être Pezulu Holding B.V, une société hollandaise. Cette holding est elle-même représentée par une autre société néerlandaise, ANT Management, une filiale du groupe SGG, prestataire européen « de services dans les domaines de l’administration de sociétés et des fonds d’investissement pour des clients institutionnels, professionnels et privés », basé au Luxembourg, dont les activités s’étendent dans les Îles vierges britanniques, Hong Kong ou Malte… Autant de paradis fiscaux.

Quel qu’il soit, le propriétaire de l’immeuble préférait le maintenir vacant – comme plus de deux millions de logements en France – en vue d’une future spéculation. Grâce à la réquisition menée par le DAL et le collectif Jeudi Noir, l’immeuble est désormais plein de vie : des familles, hébergées depuis des années dans des hôtels ou en logement indécent, des personnes handicapées, des personnes prioritaires selon la loi DALO, dont plusieurs patientaient depuis 2008, des demandeurs de logements sociaux, dont certains sur liste d’attente depuis 11 ans, ou des jeunes actifs et précaires. « Outre le logement, ce bâtiment sera ouvert sur le quartier, au mouvement social, et accueillera des activités associatives, militantes et artistiques. Le dessinateur Wozniak a d’ailleurs installé la première exposition le 6 janvier 2013 » [1], précise le DAL.


« Les réquisitions, ça se fait aussi avec un pied-de-biche », annonce fièrement Simon, membre de Jeudi Noir, en écho aux propos de Cécile Duflot, la ministre du Logement. Lorsque, le 25 décembre, le DAL lui avait offert un pied-de-biche doré pour accélérer le processus des réquisitions, la ministre écologiste avait rétorqué : « Aucun responsable politique n’ouvre un bâtiment au pied-de-biche. » Alors que les réquisitions légales se font attendre, les méthodes du mouvement social semblent plus efficaces. La député européenne Karima Delli (EELV), ancienne militante de Jeudi Noir, leur a rendu hommage en dormant une nuit sur place.

Cécile Duflot en visite

Ce 7 janvier en fin d’après-midi, la ministre du Logement vient visiter l’immeuble réquisitionné. Accompagnée d’une cohorte de journalistes, elle est présentée à des habitants, dont certains lui font le récit de leur « galère de vie ». Après avoir discuté une quinzaine de minutes avec les représentants des associations et des habitants, Cécile Duflot précise que « chacun est dans son rôle et qu’elle respecte ce que font des mères de famille pour retrouver un logement ».

La ministre annonce que ses services étudieront de près le cas de ce bâtiment, afin de voir s’il peut entrer dans le processus de réquisition qui cible une soixantaine d’immeubles parisiens à Paris. Processus qui, pour l’instant, ne relève d’aucun calendrier précis. Les associations lui ont enfin présenté une plateforme de revendications : encadrement des loyers, taxe sur les bureaux vacants, relance d’une vraie politique de réquisition. Après le départ de Cécile Duflot, c’est Marie-Noëlle Lienneman, présidente de l’Union sociale pour l’habitat, ancienne ministre du Logement et sénatrice socialiste de Paris, qui vient saluer les habitants. Elle confie sa satisfaction de voir le processus de réquisitions publiques commencer en début de mandature, « car il faut que leurs effets se ressentent sur la durée ». Attendons donc qu’il commence...

Eros Sana (texte et photos)

Lire aussi : Laisser 50 000 familles à la rue ou réquisitionner les logements vides : que décidera le gouvernement ?


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