Gilets jaunes

Un rapport dénonce un « maintien de l’ordre disproportionné et dangereux » à Toulouse

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Samedi 13 avril à Toulouse, l’acte XXII des gilets jaunes est encore marqué par un déploiement massif des forces de l’ordre dans le centre-ville : nasses, envoi massif de gaz lacrymogène, interpellations, blessés... Une répression devenue banale ? C’est ce que montre le rapport, publié ce 17 avril, par l’Observatoire des pratiques policières de Toulouse, créé par des membres de la Ligue des droits de l’homme (LDH), du Syndicat des avocats de France et de la fondation Copernic. Leur rapport fait le point sur les dispositif de maintien de l’ordre mis en place depuis 2017 dans la ville rose.

Ils ont observé 50 manifestations, qui ont eu lieu d’avril 2017 au 3 avril 2019, dont plus de la moitié depuis le début du mouvement des gilets jaunes. Les 25 observateurs ont tourné plus de 50 heures de vidéos et pris plus de 400 photos. Ils concluent que le dispositif de maintien de l’ordre mis en place dans la ville est « dangereux et disproportionné ». Les observateurs eux-mêmes ont été treize fois pris pour cibles par les forces de l’ordre. Un des observateurs a été blessé à la tête par un tir de LBD.

Absence quasi systématique de sommations

Sur les deux années observées, le rapport constate une « montée en puissance impressionnante des dispositifs policiers » pendant les manifestations des gilets jaunes. « Avec l’aide de différents observatoires situés à Nantes, Bordeaux et Montpellier, nous avons comparé les méthodes des policiers pour maintenir l’ordre dans les manifestations des gilets jaunes », écrivent les auteurs. Dans chacune des villes, une heure est fixée par les préfectures pour la dispersion, avec canon à eau, en général entre 16h30 et 17h30. L’absence de sommations est quasi systématique. Le rapport scrute aussi quelles sont les unités de forces de l’ordre déployées, leurs armes et matériels : les grenades de désencerclement, les lacrymos, les blindés, et depuis peu l’hélicoptère, « qui fait aujourd’hui partie intégrante de l’ambiance des manifestations ».

Au sujet des lanceurs de balles de défense (LBD), les observateurs constatent qu’à Toulouse leur utilisation commence en décembre 2018 contre le mouvement des gilets jaunes. « Les LBD, qui sont à l’origine de la majorité des blessés graves enregistrés dans les manifestations, sont principalement utilisés par des unités de maintien de l’ordre non spécialisées », souligne le rapport. 261 personnes ont signalé une blessure provoquées par un LBD à travers la France depuis le début du mouvement, selon le décompte du documentariste David Dufresne.

« La peur s’est invitée dans la tête et le corps de nombreux sympathisants du mouvement »

Face au dispositif policier, les observateurs ont aussi constaté la peur grandissante des manifestants. « "J’ai peur, je n’ose plus venir aux manifestations", ou bien "Moi je pars vers 16h ou 16h30, j’ai une famille qui m’attend…" La peur s’est invitée dans la tête et le corps de nombreux et nombreuses sympathisant.e.s du mouvement. D’autres, cependant, ne viennent plus ou hésitent à revêtir le gilet jaune pendant les manifestations. » Une peur qui risque encore de s’accentuer avec la nouvelle loi de répression des manifestations, dite « loi anti-casseurs », promulguée le 10 avril.

La manifestation toulousaine de samedi dernier était la première depuis la promulgation de cette loi. Selon Médiapart, plus de 800 gendarmes et policiers y ont été mobilisés, « soit 200 de plus que d’habitude ». Les lacrymogène ont fusé dès le début du rassemblement, les grenades de désencerclement ont vite suivi. Face au dispositif des forces de l’ordre et à leur stratégie de l’éparpillement à tout prix, aucun cortège n’a finalement pu se former.

- Télécharger le rapport ici.

Photo ©Tien Tran

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