Musiques

Un label grand-angle

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Distribuer, produire et éditer, mais aussi soutenir le développement culturel des artistes et ouvrir leur champ d’action en tournée. Le tout entre les favelas, Bamako et la Mayenne... Le jeune label indépendant Créer c’est résister voit loin et large. Visite guidée.

« Les artistes indépendants, qui sortent des circuits classiques de production, ont du mal à trouver des partenaires pour être distribués. Notre credo n’est pas la défense d’esthétiques musicales spécifiques. Nous sommes ouverts à tous les genres. Mais les artistes qui nous intéressent sont ceux qui s’inspirent de leur environnement et ont envie d’agir. Ils ont un discours, un engagement politique et social ». Le ton est donné, par Fred Guyomarc’h, l’un des fondateurs du label "Créer, c’est résister".

Lancé début 2005, Créer, c’est résister distribue des artistes et des produits - des « objets culturels ». Ce petit label indépendant et mayennais milite pour une approche culturelle différente, avec l’envie manifeste d’exploser les standards, de mélanger le son, l’image, les différents supports et de soutenir le développement culturel des artistes. Aucune forme d’expression et d’engagement n’est préétablie : certains artistes l’expriment dans les textes et dans la musique, bien sûr. Mais d’autres travaillent sur le processus de création et cherchent à privilégier certains instruments. L’équipe du label propose aussi aux artistes d’entrer dans un processus artistique plus long, l’« atelier-résident ».

Rap et commerce équitable

Lors de leurs tournées, les musiciens ne se contentent pas d’assurer un simple concert. Ils sont invités à passer plus de temps dans les villes où ils se produisent. Des activités sont organisées avant la date du concert : tel rappeur anime un atelier de hip-hop, d’autres artistes fabriquent des instruments de musique avec les enfants. Le groupe brésilien Moleque de Rua a initié des ateliers de capoeira et a convié les habitants d’un quartier à un « arbre à palabres » suivi d’un repas. « On recrée du lien social avant d’arriver au concert. Parfois, le jour du concert lui-même est l’occasion d’une parade. Le groupe peut aussi inviter les participants aux ateliers de percussions à se produire en première partie de leur propre concert », détaille Fred Guyomarc’h. Ces ateliers, préambules aux concerts, peuvent donner lieu à l’édition de DVD racontant l’expérience.

Beaucoup d’artistes de rap et de hip-hop sont présents parmi les groupes distribués. « C’est plutôt le fait du hasard, nous écoutons de tout, précise le jeune homme. Nous retrouvons plus facilement aujourd’hui les engagements qui nous sont chers chez des rappeurs qu’auprès des groupes de rock : la remise en cause du rapport Nord-Sud tel qu’il est, la liberté d’expression ou l’égalité des chances sociales. Le reste dépend de l’artiste. Le rappeur Kwal, par exemple, cherche à exploser les cadres de distribution commerciale habituels en s’orientant plus vers le commerce équitable. » Les moyens du petit label indépendant sont limités. « On se débrouille avec ce qu’on a ! », sourit (à moitié) son co-fondateur.

Des favelas à Bamako

Créer, c’est résister s’oriente vers une structure de coopérative et cherche à s’associer avec des partenaires publics et privés. En 2005, le label a distribué un album de Moleque de Rua et un de Kwal. Pour 2006, il s’apprête à produire un groupe d’enfants des rues de Bamako (Guerebou Kan), parrainé par Kwal, et à sortir un DVD, un livre et un disque en édition collector du groupe de rap brésilien Racionais - « véritable phénomène social et politique des favelas brésiliennes », d’après Fred Guyomarc’h. En projet également, un livre-disque avec Doudou N’Diaye Rose, maître tambour sénégalais et griot des griots, qui possède sa propre structure artistique. « Il est l’un des derniers griots qui transmet son art. Nous souhaitons garder une trace de son histoire, de ce qu’il défend, à la fois comme artiste et comme "père de famille", explique Fred Guyomarc’h. Grâce à son activité, il fait vivre près de 200 familles chez lui. » L’art, c’est la vie.

Stéphanie Marseille

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