Embrouille gouvernementale

Un chômeur déclaré en vaut deux

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Le chômage baisse. C’est vrai... Mais pas dans les proportions annoncées et avec un nombre de chômeurs et de contrats précaires subis multipliés par deux par rapport aux chiffres mis en avant par le gouvernement. Explications.

Chaque baisse du chômage s’accompagne invariablement de réjouissances gouvernementales suivies de polémique sur les chiffres. Si l’on se réfère aux données communiquées fin juin par le gouvernement et repris tels quelles par la plupart des grands médias, la France compterait 2,2 millions de demandeurs d’emplois en mai. Soit près de 50 000 chômeurs de moins qu’en avril, et 250 000 de moins par rapport à mai 2005. Le taux de chômage, au sens du BIT (Bureau international du travail), serait de 9,1% contre 10,1% un an plus tôt. « S’il convient de rester prudent, car le pays n’est pas à l’abri d’un chiffre moins favorable sur tel ou tel mois, nous pouvons être confiants car cette baisse du chômage n’est pas due au hasard. J’ai le sentiment que, grâce au travail de tous, le pays retrouve peu à peu sa confiance », se réjouit le ministre de l’Emploi Jean-Louis Borloo (1), certain que « des centaines de milliers d’emploi » vont se créer dans les secteurs du service à la personne. Objectif déclaré : ramener le taux de chômage à 8,5% l’année prochaine, un seuil en dessous duquel la courbe du marasme économique n’est plus descendue depuis vingt ans. Précisons que, pour l’instant, le chômage n’a fait que revenir à son niveau de 2002, lorsque l’actuelle majorité est arrivée au pouvoir. « Où sont passés les 212 000 demandeurs d’emplois annoncés au retour à l’emploi quand l’emploi salarié du secteur marchand a progressé de 63 100 postes supplémentaires en un an ? », s’interroge de son côté la CGT pendant qu’Agir contre le chômage rappelle qu’il y a eu, en mai, 36 190 radiations des fichiers de l’ANPE. Sans oublier les 25 600 stages, qui signifient autant de chômeurs de moins pour l’ANPE mais pas forcément de revenus décents et d’emplois stables pour les concernés.

Les statistiques à la loupe

En prenant la peine se pencher sur le détail des statistiques officielles, on constate certes une diminution, mais - stupéfaction ! - avec un nombre de chômeurs quasiment multipliés par deux. Le chiffre emblématique de 2,2 millions de chômeurs ne prend en compte que la « catégorie 1 » des demandeurs d’emplois inscrits à l’ANPE. Or, il en existe huit (voir les catégories ANPE). La catégorie 5 mise à part, qui regroupe les personnes pourvues d’un emploi à la recherche d’un autre job, toutes les autres recensent des personnes sans emploi. Les subtilités administratives qui différencient les demandeurs d’emplois sont : le type d’emploi qu’elles recherchent - CDI (catégorie 1), temps partiel ou à durée déterminée (catégorie 2 et 3) - et leur disponibilité immédiate sur le marché du travail. Par exemple, une personne à la recherche d’un CDI qui effectue une mission d’intérim d’un mois n’est pas considérée comme « immédiatement disponible » et sera donc classée dans la catégorie 6. De même, une femme en quête d’un temps partiel une fois que son congé maternité prendra fin est rangée dans la catégorie 7. Si l’on additionne ces catégories (à l’exception de la n° 5), cela donne un peu moins de 3,5 millions de demandeurs d’emplois, sans aucun travail ou avec un contrat à temps partiel subi. Encore faut-il y ajouter les 410 900 personnes qui, en avril, étaient dispensés de recherche d’emplois car proches de la retraite. On avoisine donc les 3,9 millions de chômeurs, soit 14,1% de la population active. Un an plus tôt, en mai 2005, une comptabilité identique donnait près de 4,2 millions de chômeurs, soit 15,1% de la population active. En un an, le chômage a décliné mais son niveau demeure excessivement élevé.

La définition du BIT est elle aussi exclusive. Elle ne prend pas en compte les personnes qui recherchent un emploi mais ont travaillé en CDD ou en intérim les semaines précédentes, ni les personnes qui ne sont pas « immédiatement disponibles » (congé maternité, maladie...). Pour connaître le nombre de chômeurs « au sens du BIT », on doit théoriquement additionner les trois premières catégories de l’ANPE, celles qui regroupent les personnes à la recherche d’un travail immédiat. Résultat : environ 2,8 millions de chômeurs, soit 10,1% de la population active. De leur côté, gouvernement et ANPE s’appuient sur une estimation qui donne un chiffre inférieur de 300 000 chômeurs, ce qui leur permet de communiquer un taux de « seulement » 9,1%. Bref, nous sommes encore loin d’une véritable embellie. Alors que, en mai, 95 500 personnes retrouvaient une emploi, 352 600 poussaient les portes de l’ANPE : une sur trois suite à l’expiration d’un contrat précaire (CDD, intérim), une sur cinq à cause d’un licenciement.

Ivan du Roy

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