Débattre Prud’hommes

Trois salariés sur quatre s’en foutent

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75% des salariés ont déserté les urnes leur permettant d’élire les représentants qui vont les défendre, pour les cinq années à venir, en cas de conflit avec leur employeur. Cette abstention record — la plus forte depuis 30 ans — est une excellente nouvelle pour le gouvernement de Nicolas Sarkozy.

C’est pourtant la seule élection nationale qui permet à tous les salariés du secteur privé de s’exprimer, y compris les chômeurs, les apprentis, les intérimaires ou les sans-papiers. Alors que le chômage et la précarisation du travail seront le fléau de l’année 2009, que personne n’est à l’abri dans un contexte de crise qui servira de prétexte aux licenciements abusifs et autres comportements indignes d’un patronat conforté par le pouvoir en place, que tout un chacun aura peut-être un jour besoin d’être défendu par ces « juges de paix » du monde du travail, que font les trois-quarts des 18,6 millions d’individus concernés ? Ils s’en tapent !!!

Le règne de la pensée inversée

Pour symbole, ce commentaire d’article émanant de l’un d’entre eux sur 20minutes.fr, qui réagissait lundi aux revendications des agents de l’ANPE en grève : « C’est franchement honteux de demander une augmentation de salaire pendant cette période où les salaires sont "gelés" »... Voilà où nous en sommes ! Demander une augmentation (alors que la moitié des salariés français gagne moins de 1.500 € par mois) est devenu honteux. Le gel des salaires pratiqué par les entreprises depuis plusieurs années, lui, ne leur semble pas illégitime. Pourtant, ce gel des salaires a privé la masse salariale, la protection sociale et le pouvoir d’achat des intéressés de 10 points de PIB en faveur des revenus du capital, dont on sait aujourd’hui ce qu’il est capable de faire avec tout cet argent.

Idem pour le concept de « lutte des classes », jugé ringard par les salariés eux-mêmes alors que cette lutte, plus que jamais, fait rage. Elle a simplement changé de camp. Aujourd’hui, ce sont les nantis qui l’ont reprise discrètement à leur compte, tandis que leurs intérêts sont efficacement défendus par leur grand timonier, Nicolas Sarkozy. Et les employeurs ne s’y trompent pas, puisque leur participation au scrutin prud’homal est en hausse avec un Medef qui a récolté 72% des suffrages.

Zéro communication

Pendant que le Parti socialiste accaparait sans vergogne le devant de la scène avec un scrutin qui n’impliquait que 200.000 électeurs, le gouvernement, qui n’hésite pas à dépenser des millions pour sa communication personnelle, n’appelait pas plus au civisme et à l’importance de l’institution prud’homale, qu’il cherche à affaiblir puisque son objectif inavoué consiste à anéantir, lentement mais sûrement, le code du travail, les droits des salariés et le dialogue social.

Xavier Bertrand se frotte les mains. Cette abstention record, qui démontre l’apathie du salariat, sa complicité aveugle si ce n’est sa soumission quasi totale à un système qui le broie, ne peut qu’encourager le gouvernement à poursuivre l’exécution rapide de ses prochaines « réformes ».

Sophie Hancart, avec Actuchômage

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