Austérité

Retard des aides au bio : des fonctionnaires dénoncent l’hypocrisie du gouvernement

par

  • Ajouter
  • Imprimer
  • Partager sur Delicious
  • Partager sur Google+

Depuis deux ans, les paysans en agriculture biologique subissent le retard du paiement des aides de la Politique agricole commune. Motif officiel : des problèmes informatiques et de logiciels, selon l’Agence de services et paiements (ASP), organisme public payeur des aides européennes (notre précédent article). Las, acculés pour certains par les dettes, des agriculteurs soutenus par la Confédération paysanne ont décidé d’occuper les 28 et 29 août le siège de l’ASP à Limoges. Peu de temps avant leur expulsion par les forces de l’ordre, le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert, a condamné l’action et dénoncé « la pression psychologique induite sur les personnels de l’Agence ». Avant de rappeler son engagement à ce que l’ensemble des aides dues soient versées au plus tard en mars 2018 [1].

C’est une toute autre version que livrent des fonctionnaires de l’ASP. « Nous avons apporté un démenti aux propos du ministre relatif au stress qu’auraient ressenti les agents à leur poste pendant ces deux jours. Il n’en est rien », souligne Sylvie Filipe Da Silva, co-secrétaire générale de la CGT Agri, le syndicat du ministère de l’Agriculture. « Les agents présents ont massivement signé une pétition de soutien [à l’action des paysans] [2]. Des agents se sont même interposés entre la police et les manifestants. Quant au stress, nous le vivons depuis plusieurs années maintenant. Mais ce sont les dysfonctionnements de la gestion de la PAC (politique agricole commune) et le recul de l’emploi titulaire qui le provoquent. »

La précarisation et l’externalisation en cause

Selon la CGT Agri, les premiers responsables sont « les gouvernements successifs qui, depuis huit ans, mènent une politique de destruction de l’emploi public ». Lancée en 2007, la politique dite de révision générale des politiques publiques (RGPP) a entériné le principe du non-remplacement de un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, au nom de l’assainissement des finances publiques. « Dans les faits, nous n’avons pas perdu un seul poste : la disparition des titulaires a été compensée par le recrutement de CDD, souligne Sylvie Filipe Da Silva. Mais cela se traduit par un travail ubuesque au sein de l’établissement : on passe notre temps à recruter des dizaines de CCD par an, à former ces personnes avant de voir leurs contrats cesser au bout de quelques mois ! » Le syndicat dénonce également la précarisation de ces emplois à durée déterminée, payés 30 à 40 % en moins que leurs homologues titulaires, avec un turn-over perpétuel.

Dans le même temps, l’informatique a aussi été externalisé. « On nous fait déléguer totalement à des prestataires les outils de gestion, au point d’en perdre la maitrise », relève Sylvie Filipe Da Silva. « Les graves manquements politiques s’abattent systématiquement sur les gens qui travaillent. Nous demandons un audit de la gestion des ressources humaines au sein de l’Agence des services et paiements. »

A défaut d’audit, le ministre de l’Agriculture a annoncé le 31 août le versement d’un apport de trésorerie aux agriculteurs ayant demandé des aides de la PAC en 2017 [3]. Une mesure d’urgence qui pourrait soulager à court terme les producteurs bio mais qui, selon la Confédération paysanne, ne règle pas la question des « moyens humains et techniques nécessaires à régler durablement cette situation » [4]. Sylvie Filipe Da Silva voit dans cette annonce « une solution temporaire qui ne va pas générer des simplifications mais ajouter du travail supplémentaire. C’est une énième rustine proposée par le ministère pour tenir un délai qui a déjà explosé plusieurs fois. »

- Notre précédent article : L’étrange bug informatique qui empêche des milliers d’agriculteurs bios de toucher leurs aides

En bref

Vidéos

  • Artisanat « Un métier n’est pas là pour vous emprisonner mais pour vous rendre libre »

    Voir la vidéo

Voir toutes les vidéos