Manipulation ?

Recherche burqa désespérément

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Les burqas se répandraient en France comme un mauvais vent de sable sur un oasis de laïcité. La tendance semble tellement inquiétante que des députés communistes, sarkozystes et socialistes rejouent l’union sacrée et demandent une loi sur la question. Pourtant, malgré la frénésie médiatico-politique, les journalistes ont bien du mal à se procurer des photos prises en France sur le sujet. Etrange, non ?

C’est le premier point abordé à Versailles par Nicolas Sarkozy, lors du Congrès du 22 juin dernier. La mise en place d’une mission d’information parlementaire sur la burqa transcende les clivages politiques. La burqa figure, sans conteste, au centre des préoccupations des défenseurs de la République laïque, une et indivisible. « La ligne de front pour nous, c’est la burqa », assénait Christophe Barbier dans son éditorial du 25 juin. Pour le directeur de L’Express, l’urgence de la situation nécessite « que le parlement débatte vite et frappe fort ».

Frénésie institutionnelle et médiatique

Le port de la burqa et du niqab seraient-ils devenus suffisamment massifs pour justifier toute cette frénésie institutionnelle et médiatique ? La république est-elle en danger ? Selon le député communiste André Gerin, initiateur de la pétition demandant une loi sur la question (et signée principalement par des députés UMP et de la droite du PS comme Manuel Valls ou Aurélie Filippetti), on entendrait dans les campagnes mugir les féroces soldats du fondamentalisme : « Cela fait dix-douze ans que c’est en augmentation. Et je ne suis pas le seul à le constater. C’est pareil en région parisienne, en région lilloise mais aussi en zone rurale désormais », alerte-t-il dans un entretien publié par le site Internet de 20 minutes, le 18 juin.

La situation est, selon lui, comparable à « un iceberg recouvert de la marée noire des fondamentalistes... » (Libération.fr, 1er juillet). Diantre ! Dans nos sociétés de l’image et de l’information, il devrait donc être aisé d’illustrer cette « prolifération » de burqa, de photographier des foules de femmes dissimulées derrière leur grillage de textile à Vénissieux, Tourcoing ou Sarcelles.

Marseille ou Vénissieux, c’est kif kif

Pourtant... c’est une photo prise à Marseille qui accompagne le reportage de l’envoyée spéciale du Figaro.fr qui titrait le 1er juillet : « À Vénissieux terre d’expansion de la burqa » [1]. À défaut de photographe spécialement dépêché, la journaliste avait-elle oublié son appareil numérique alors que « cette banlieue mitoyenne de Lyon (...) serait une des concentrations [de voile intégral] les plus importantes de France » ? La pénurie d’ iconographie a pour conséquence la publication de la même photo, un couple avec une femme voilée devant la tour Eiffel, sur les sites de Paris-Match (1er juillet), Libération (30 juin) et Rue 89 (25 juin). D’autres sites Internet d’information – et non des moindres [2] - ont préféré une photo prise lors du congrès de l’UOIF (Union des organisations islamiques de France) qui s’est tenu au Bourget en... 2005. Ça c’est du scoop coco ! Avec quatre ans de retard…

Déficit de burqas en France, allons les chercher à Kaboul !

Pas assez de burqas en France ? pas de problème, des illustrations foisonnent ailleurs. Ainsi, 20 minutes.fr (19 juin) a choisi une photo d’une femme en burqa lors d’une manifestation à La Haye (Pays-Bas). Le Nouvelobs.com (1er juillet) illustre son article avec une photo prise à Kaboul. Kaboul toujours pour accompagner l’article du Monde.fr du 28 juin et pour Marie-Claire.fr du 1er juillet. Le Point.fr (23 juin) et le Figaro.fr (17 juin) partagent la même image prise dans le Kashmir en Inde.

Quant au photo montage proposé par l’AFP et repris par l’Express.fr (1er juillet), et le Parisien.fr (23 juin), il est constitué par quatre clichés originaires d’Égypte, du Pakistan, d’Iran et d’Afghanistan.
Enfin, la palme de la meilleure mise en scène est décrochée par France2 qui mettait en ligne le 23 juin une photo prise en Égypte... en 1999. Toujours cette quête du scoop qui passionnera les masses.

Pour André Gerin qui dirige la mission d’information l’enjeu est de taille alors qu’une « crise de civilisation » guette la France, charriant « guerre civile » et « barbarie » (20 minutes, 2 juillet). Alors pourquoi l’iconographie est-elle aussi approximative quand elle n’est pas inexistante ? Baisse des budgets photos ou déficit de déontologie ? Est-il désormais plus dangereux de se rendre dans les banlieues populaires hexagonales qu’à Kaboul, Islamabad ou Bagdad ?

Nadia Djabali

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