Documentaire

« ReMine, le dernier mouvement ouvrier » : derniers souffles d’une lutte de mineurs

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En mai 2012, des mineurs espagnols se lancent dans une grève à durée indéterminée face aux coupes budgétaires du gouvernement. Les semaines passant, ils défendent la survie de leurs emplois, de leurs familles, de l’économie régionale. À travers ce « dernier mouvement ouvrier », c’est la force du collectif et des formes multiples de résistance que nous montre ReMine, interrogeant l’avenir des luttes dans le monde contemporain.

Lorsque le gouvernement de Mariano Rajoy revient sur les accords entre le secteur minier et l’État espagnol, les ouvriers prennent les armes, la route et les banderoles. Par une lutte politique longue de plus de deux mois, les grévistes tentent par tous les moyens d’ébranler le silence et l’impassibilité de leurs dirigeants. Les familles de mineurs ont l’expérience de la lutte : elles sont les porteuses de l’héritage révolutionnaire en Asturies. Comme le rappelle le réalisateur Marcos Merino grâce à de fortes images d’archives, « ceux qui extraient le charbon » ont déjà dû résister par le passé à la montée du fascisme, à la dictature et aux crises industrielles. De nombreuses batailles pour faire valoir l’identité de la communauté minière, face à la menace de disparition de ce secteur industriel tout entier.

Ambiguïtés et spécificités du monde de la mine

Derrière l’actualité de la grève, les images et les discussions témoignent de l’attachement des ouvriers pour leurs emplois, un attachement toutefois teinté d’ambiguïté. « Rajoy, viens extraire le charbon toi-même ! », crient les manifestants. À travers leurs revendications transparaît un désir de reconnaissance de leurs sacrifices, de la dureté de leurs conditions de travail. Cette mine à sauver est un puits qui fait vivre les travailleurs, mais aussi qui les tue.

ReMine, le dernier mouvement ouvrier (bande annonce) on Vimeo.

C’est pourtant autour d’elle que naissent les solidarités et l’élan collectif. Maladies respiratoires, vieillissement prématuré et accidents mortels semblent être des menaces omniprésentes pour l’ensemble de la communauté… Des moments émouvants entre les mineurs et leurs familles traduisent ces inquiétudes, mais ce sont surtout les chants populaires bouleversants adressés à Santa Barbara, patronne des mineurs, qui portent l’intensité de cette culture minière.

Une lutte racontée à travers ses collectifs

La répétition des chants collectifs sert autant à rappeler l’identité de la mine qu’à renforcer le sentiment de solidarité avec le reste de la population, et le réalisateur les utilise comme trait d’union entre les différentes formes de lutte. Car c’est bien là que ReMine, sorti en Espagne en mars 2014, séduit et désarçonne par sa forme : le film donne à voir les différents pans du mouvement, sans réelle transition ou contextualisation. On saute du récit de la grande manifestation jusqu’à Madrid jusqu’aux images du groupe aux prises avec les forces de l’ordre après le blocage d’une route, de la mobilisation des femmes de mineurs jusqu’au retranchement éprouvant de certains de leurs maris à l’intérieur de la mine.

S’il pourrait déplaire à certains, un tel traitement nous permet de suivre les trajectoires de chaque stratégie pour offrir un point de vue multiple sur une même lutte. Car en prenant le parti de ne s’arrêter sur aucun destin personnel de mineur en particulier, Marcos Merino parvient à ériger des collectifs au rang de personnages.

Le dernier mouvement ouvrier ?

On retiendra de ReMine autant l’originalité d’une lutte minière que le commun d’un mouvement populaire. Le film permet à l’intime de devenir politique et, dans le même ordre d’idées, à l’invisible - les mineurs retranchés sous terre – de devenir visible (la grande marche sur Madrid). Quels enseignements tirer du récit de cette lutte ? En faisant l’impasse sur une explication générale de la situation minière en Asturies et sur la question écologique – qui aurait mérité d’être abordée – et en mettant les images actuelles en parallèle avec les révoltes les plus marquantes de l’histoire du pays, ReMine effectue un lien entre la répression de l’État espagnol à travers les époques, et la capacité de mobilisation des révoltes ouvrières, et notamment minières, qui lui ont fait face.

La chute du film, marquée par l’échec du mouvement et une critique assumée des syndicats, renforce un peu plus la question de l’impuissance des mouvements populaires lorsqu’ils s’attaquent au capitalisme mondialisé. Depuis le film, trois mines de plus ont fermé dans les Asturies, et il n’en restera certainement aucune d’ici la fin de l’année, poussant le niveau de chômage, dans certaines vallées minières, à 70% de la population. C’est face à ce constat que le sous-titre de ReMine prend tous sons sens : et si c’était, réellement, le dernier mouvement ouvrier ?

ReMine, le dernier mouvement ouvrier
Documentaire de 101 min
Réalisation : Marcos Merino
Production/diffusion : Freews Producciones Audiovisuales SL
Espagne, mars 2014
Site internet du film (en espagnol)

Distinctions :
- 2015 : Festival du cinéma espagnol de Nantes - Nantes (France) - Meilleur documentaire
- 2015 : Fipa (Festival international de programmes audiovisuels) - Biarritz (France) - Hors compétition Documentaire de création


Les Lucioles du Doc
Ces chroniques mensuelles publiées par Basta ! sont réalisées par le collectif des Lucioles du Doc, une association qui travaille autour du cinéma documentaire, à travers sa diffusion et l’organisation d’ateliers de réalisation auprès d’un large public, afin de mettre en place des espaces d’éducation populaire politique. Voir le site internet de l’association.

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