Mouvement associatif

Qui veut la peau de l’éducation populaire ?

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Depuis quelques mois, les associations d’éducation populaire subissent une campagne de déstabilisation de la part du gouvernement. Baisses de financement, suppressions de subventions, démantèlement des outils à leur disposition, tout y passe. Jusqu’à la fermeture d’un lieu historique pour ces associations : l’Institut national de jeunesse et d’éducation populaire (INJEP) de Marly-Le-Roi.

« Je crois à l’éducation populaire, je crois au mouvement associatif, la France a besoin d’éducation populaire. Avec Bernard Laporte on soutiendra l’éducation populaire de façon totale ». Cette déclaration de Nicolas Sarkozy, les salariés de l’INJEP (Institut National de Jeunesse et d’Education Populaire) auraient bien voulu y croire un tout petit peu. Ils ont appris il y a quelques semaines que l’établissement allait fermer ses portes. « Une décision purement comptable, incohérente sur le plan économique, prise en l’absence totale de projet, sans vision politique » selon le collectif de défense de l’INJEP. Une décision qui conduit au démantèlement du « seul établissement public national qui travaille spécifiquement sur les questions de jeunesse et de vie associative. »

Quand réformer veut dire détruire

Depuis 1945, le site de l’INJEP à Marly-Le-Roi (78) est un lieu unique qui concentre des activités de recherche, de formation, d’édition sur les questions de jeunesse et d’éducation populaire. C’est un lieu d’accueil et d’hébergement pour les associations, un véritable outil au service des politiques de la jeunesse, où des milliers de jeunes et de professionnels ont eu l’occasion de venir se former.

Le gouvernement fait le choix de rapatrier au ministère les activités de recherche et de fermer le site de Marly-Le-Roi, ainsi que la moitié des centres régionaux d’éducation populaire et de sport (CREPS). Pour Marie-George Buffet, ancienne ministre de la Jeunesse et des Sports, « cette décision vise à démanteler le service public et les missions éducatives de l’État dans le domaine de la Jeunesse, des Sports, de la vie associative et de l’éducation populaire ». Un sentiment de « gâchis » pour beaucoup de ceux qui se mobilisent contre cette décision. Ils étaient 400 à manifester le 16 décembre devant le ministère.

Absence de concertation

Incohérente sur le fond, cette décision a de plus été prise de manière unilatérale. Pourtant, l’INJEP est normalement géré avec les associations, notamment des membres du CNAJEP (Comité pour les relations Nationales et internationales des Associations de Jeunesse et d’Education Populaire), qui font partie du Conseil d’administration de l’INJEP.

En août, le ministère de la Santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative a annoncé une baisse de 50% de la dotation budgétaire allouée à l’INJEP. Ce qui entraîne de fait la suppression de la moitié des postes salariés d’ici fin 2009. Le conseil d’administration a été convoqué en urgence au mois d’octobre. Accueillis dans un silence absolu par plus de 80 salariés de l’INJEP formant une haie d’honneur, les membres du conseil d’administration n’ont pu qu’écouter et poser des questions sur la situation. La réunion qui devait acter le nouveau projet et le budget 2009, en décembre, a été repoussée. Mais depuis le CNAJEP a demandé à ses représentants au conseil d’administration de l’INJEP de remettre leur démission, refusant « d’être les complices de la dislocation de ce symbole de la jeunesse et de l’éducation populaire ».

Campagne de déstabilisation

Pour le CNAJEP, la fermeture de l’INJEP «  illustre un peu plus la perte de sens de l’action de l’Etat dans les politiques de jeunesse et d’éducation populaire ». Cette décision vient s’ajouter à toutes les mesures prises par le gouvernement en 2008 : amputation des crédits dédiés aux conventions avec ces associations, suppression des postes d’enseignants détachés dans les associations complémentaires de l’école publique, disparition de financements associatifs du ministère de l’agriculture, suppression de nombreux postes FONJEP [1].

Le 6 octobre, le ministre de l’Education Nationale a en effet annoncé aux associations complémentaires de l’école publique qu’il supprimait 25 % du financement des actions conventionnées. Non seulement cette décision a été prise sans concertation préalable, mais elle prend effet en 2008, et a donc un effet rétroactif. Ce qui a pour conséquence de fragiliser des associations qui ne peuvent pas à la fin de l’année revoir leur budget alors que les dépenses ont déjà été effectuées. C’est une véritable « campagne de déstabilisation » qui est engagée par l’État, comme en 2005. Des coupes budgétaires brutales et rétroactives avaient en effet obligé certaines associations de jeunesse et d’éducation populaire à cesser leur activité.

Logique de court-terme et promesses non tenues semblent aujourd’hui être les bases du « dialogue » entre le gouvernement et les associations d’éducation populaire. Alors que les outils à disposition des associations ont fait leur preuves depuis plusieurs décennies, l’État continue un démantèlement que rien ne semble pouvoir justifier. Sauf des raisonnements comptables sans vision générale et des décisions prises dans l’urgence, qui sont autant de signes du peu de considération qu’accorde le gouvernement à ce secteur. Évidemment, l’éducation populaire, ça ne mobilise pas les foules dans la rue, ce n’est pas médiatique, ça ne rapporte pas d’argent à l’Etat, et ça fabrique du lien social, de la conscience collective, des citoyens émancipés, des jeunes engagés... Pourquoi donc dépenser de l’argent public pour quelque chose d’aussi inutile ?

Agnès Rousseaux

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