Retraites

Quelles alternatives au financement de l’assurance vieillesse ?

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Nous voilà en route pour 41 ans de cotisations. Objectif : éviter le déséquilibre annoncé du système de retraite... Au risque d’appauvrir les retraités de demain et de sceller la fin de la solidarité entre générations. Pourtant, quelques pistes alternatives de financements existent. A contre-courant.

Sauf surprise, la durée de cotisation pour percevoir une retraite à taux plein passera à 41 ans entre 2009 et 2012, pour l’ensemble des régimes, et au rythme d’un trimestre supplémentaire par an. Avec des points d’étape tous les cinq ans, cette réforme, élaborée en 2003 par François Fillon alors ministre du travail, est censée pérenniser d’ici 2020 l’avenir du système des retraites. A l’allongement de l’espérance de vie s’ajoute l’arrivée à l’âge de la retraite de la génération du baby-boom entre 2005 et 2035. Résultat : le déséquilibre entre population active - donc cotisants - et retraités s’aggrave.

La réforme prévoit que, pour trois ans d’espérance de vie gagnés, deux années soient consacrées à travailler plus longtemps pour une année passée à la retraite. Si la génération de 1943, qui vient de partir en retraite, a cotisé en moyenne jusqu’à 60 ans, celle de 1958 devra cotiser jusqu’à 61 ans et celle de 1968 jusqu’à 62 ans. Problème : les autres conditions à remplir pour que ce scénario fonctionne ne le sont pas. D’où l’opposition, totale ou nuancée, de l’ensemble des syndicats, y compris la CFDT qui avait approuvé la réforme de 2003.

70% des salariés français gagnent moins de deux fois le smic

L’allongement de la durée de cotisation ne suffit pas. Encore faut-il que le plein emploi soit au rendez-vous pour assurer davantage de cotisations et permettre de reverser une partie des indemnités chômage ainsi économisées vers les retraites. De 2003 à 2007, le taux de chômages a effectivement diminué de 8.8% à 7.5%, mais reste assez loin des 4.5% prévu par le Conseil d’orientation des retraites. Et encore faut-il s’assurer que ces emplois créés soient durables, ce qui n’est pas le cas en ces temps d’accélération de la précarité, et que le niveau des salaires, dont dépend le niveau de cotisations, soit correct. 70% des salariés français gagnent moins de deux fois le smic.

Surtout, cotiser plus longtemps signifie avoir un emploi plus longtemps. Or les entreprises n’ont fait aucun effort pour garder leurs salariés les plus âgés. « La France se caractérise en effet par un taux d’emploi des personnes âgées de 55 à 64 ans parmi les plus faibles d’Europe,38,1% en moyenne en 2006, contre 43,6% en moyenne dans l’Union », déplore la CFDT. La probabilité de retrouver un emploi après 57 ans est proche du néant. La durée de cotisation doit également prendre en compte la pénibilité du travail effectué. On ne peut demander à une caissière ou à un sidérurgiste de travailler toujours plus. Le Medef refuse pour l’instant de faire avancer ces négociations.

Les femmes pénalisées

L’enjeu n’est pas seulement de préserver l’équilibre du régime de retraite, il est aussi d’assurer un niveau de vie convenable pour les retraités de demain. Le taux de pauvreté des plus de 60 ans est aujourd’hui inférieur à celui de l’ensemble de la population (8.9% contre 11.7%). Cela risque de s’inverser. Car cotiser davantage pour des générations qui connaissent des périodes de chômage et sont poussées vers la sortie une fois fêtés leurs 55 ans se traduira par une réduction drastique de leur niveau de pensions, déjà mis à mal par la réforme Balladur de 1993. Avec l’allongement à 25 ans du nombre d’années prises en compte pour leur calcul et leur indexation de ces pensions non plus sur les salaires mais sur les prix, cette réforme va provoquer à terme une baisse de 36% du niveau des retraites du régime général, selon les économistes de l’OFCE (Lettre de l’OFCE du 11 avril 2008).

Le pouvoir d’achat des retraités diminuera avec l’âge alors même que les besoins d’aide à domicile augmenteront. Ces besoins devront donc être financés soit par la sécurité sociale, soit pris en charge par les enfants, en espérant que ceux-ci disposent des revenus suffisants. Le minimum vieillesse n’a pas bougé depuis dix ans. Si le gouvernement Sarkozy ne tient pas sa promesse de le revaloriser de 25%, ce sont 600 000 allocataires qui risquent de basculer sous le seuil de pauvreté en 2009. Les femmes sont encore plus pénalisées : à poste équivalent, leur salaire, et donc leur future pension, est inférieur à celui des hommes ; et ce sont elles qui subissent d’abord les temps partiels ou choisissent d’interrompre temporairement leur activité pour raison familiale.

Taxer les revenus financiers

Les alternatives existent pourtant, alors que les nouvelles projections démographiques montrent que la situation n’est pas si noire, grâce à l’actuel dynamisme des naissances. « Faire payer des cotisations retraites à l’ensemble des dispositifs d’épargne entreprise, de participation, d’intéressement, de prévoyance rapporterait 7,8 milliards d’euros aux caisses de retraites. », estiment les économistes de l’OFCE, qui suggèrent aussi que les salaires importants, dont les bénéficiaires ont en moyenne une espérance de vie plus longue, cotisent davantages. La CFDT (lire leur dossier) souhaite qu’une partie des cotisations à l’Unedic, excédentaire en 2007 de 3.5 milliards d’euros, soit reversée à la Caisse nationale d’assurance vieillesse, déficitaire à cause des dispositifs de départ en pré-retraite.

La CGT propose de son côté de taxer les revenus financiers des entreprises et des banques. Pour l’instant, le système par capitalisation prôné par une partie de la droite ne semble plus au goût du jour. Ce système obligerait les actifs actuels à cotiser deux fois : pour payer les retraites de la génération précédente et pour financer la leur. Il est aussi dépendant de la bonne - ou mauvaise - santé de la Bourse. En ces temps de crise financière mondiale, rien ne vaut un bon vieux système par répartition, moins inégalitaire, et dont la responsabilité de gestion reste clairement identifiée (gouvernement, patronat et syndicats) à la différence d’une gestion par « la main invisible du marché ».

Ivan du Roy

Cet article a été initialement publié dans l’hebdomadaire Témoignage Chrétien

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