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Guerre

Que sont les réfugiés libyens devenus ?

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Emad vivait en Libye depuis 17 ans quand il a décidé, avec sa mère et ses trois frères et sœurs de quitter le pays, devenu trop dangereux. C’était en décembre dernier. « Nous voulions aller à Tunis mais les garde-côtes ont intercepté notre bateau et nous ont emmenés directement au camp de Choucha », raconte le jeune étudiant en médecine. Situé dans le sud du pays, en plein désert, à quelques encablures de la frontière libyenne, le camp de Choucha a été ouvert en février 2011, alors que la guerre faisait rage dans l’ancien pays de Kadhafi. Plusieurs milliers de personnes y ont transité pendant le conflit.

Dans un rapport sur la situation dans le camp, publié en 2012, le Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES) souligne les difficultés, nombreuses, auxquelles les réfugiés sont confrontés : tracasseries administratives dans les démarches de demande d’asile, conditions de vie et d’hygiène très rudimentaires, coût des biens de consommation très élevés à l’intérieur du camp alors que les réfugiés n’ont pas de sources de revenus. Les tensions sociales y sont très vives. Deux incendies y ont été perpétrés, alors même que la police et les militaires étaient présents. Les auteurs n’ont toujours pas été identifiés. « Des personnes ont été tuées, et d’autres blessées, rapporte Emad. Certains sont même restés handicapés. Nous sommes vraiment maltraités. Ce n’est pas acceptable. Nous avons droit à la dignité. »

Racisme anti-Noirs

L’accès à la justice du pays pour les victimes d’agressions et de meurtres fait partie des revendications des réfugiés de Choucha. « Nous aimerions aussi pouvoir circuler librement, poursuit Emad. Les policiers nous empêchent de sortir, alors que rien ne nous l’interdit. » Dans son rapport, le FTDES pointe ce défaut de liberté de circulation dans le pays, qui complique les démarches administratives. Quand ils parviennent à s’aventurer jusqu’à Tunis, moyennant de rudes négociations, les réfugiés sont confrontés à un fort racisme anti-Noirs. Parmi les mille personnes qui peuplent aujourd’hui le camp, beaucoup sont originaires de pays sub-sahariens.

800 ont le statut de réfugiés. Sachant, comme le souligne le site d’information tunisien Nawaat, que « deux ans après la crise libyenne il n’existe toujours pas de cadre juridique en Tunisie qui protégerait les réfugiés. La Tunisie a bien signé la convention de Genève mais pour le moment l’instabilité du pays et les changements politiques font que rien ne garanti le respect d’une telle convention. » Pour les personnes qui n’ont pas de statut de réfugié, la situation est encore pire. Et l’avenir incertain. « Les dernières rumeurs parlent d’une évacuation définitive du camp en juin prochain, par n’importe quel moyen », craint Emad. Fatigués de tant d’incertitudes, quelques réfugiés ont décidé de monter à Tunis. Espérant, à la faveur du Forum social mondial, attirer l’attention des médias et des militants des droits de l’Homme. Ils ont entamé vendredi 29 mars une grève de la faim, devant le siège tunisien du Haut comité aux réfugiés.

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