Réchauffement climatique

Que peut-on attendre du sommet de Cancún ?

par , Sophie Chapelle

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Un an après Copenhague, la conférence de l’ONU sur le climat a débuté à Cancún, au Mexique. 190 pays sont au rendez-vous, avec leurs exigences et leurs ambitions. Que peut-on espérer de ces deux semaines de négociations ? Des États-Unis à l’Argentine en passant par l’Équateur et le Paraguay, rencontre avec des spécialistes du climat et des responsables d’ONG qui expriment leurs attentes et leurs doutes.

Qu’attendre de Cancun ? from Alter-Echos on Vimeo.

« Il n’y a rien à attendre de Cancún », affirme Yvonne Yanès, membre d’Accion Ecologica (Équateur). « Rien de bon, mais beaucoup de mauvaises choses » : et en premier lieu, un accord sur les mécanismes de compensation sur la forêt (REDD). Roque Pedace, militant de l’ONG Les Amis de la Terre Argentine, a participé au dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Pour lui, cela ne fait pas mystère : très peu de pays s’opposent aujourd’hui à ce dispositif. Officiellement, les mécanismes REDD doivent permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre issues de la déforestation et de la dégradation des forêts, en attribuant des compensations financières pour toute « déforestation évitée ». Roque Pedace se souvient pourtant qu’en 2001, à Marrakech, « tout le monde disait que c’était une honte d’imaginer qu’on pourrait financer la "déforestation évitée" ».

Des dispositifs transformés en « quantités d’escroqueries »

Aujourd’hui, peu s’en offusquent. Ils considèrent les forêts comme de simples puits de carbone. Bientôt, on considèrera que l’on peut appliquer ce type de dispositif aux plantations nouvelles – notamment sous la pression de l’Union européenne – ou à des pratiques agricoles spécifiques... En permettant à des pays ou des entreprises de financer des projets de protection des forêts plutôt que de réduire leurs propres émissions, le dispositif REDD pourrait être articulé aux marchés carbone. Concrètement ? Financer des projets de protection de la forêt donnerait droit à des certificats pouvant être échangés sur ces marchés, alimentant une finance carbone déjà complètement déconnectée des réalités climatiques.

Cela ne surprend pas Roque Pedace : pour lui, il n’y a pas de réelle volonté de s’accorder sur des politiques climatiques, seulement sur des « politiques économiques qui tirent avantage du climat ». Et aujourd’hui, la « non-déforestation », via le dispositif REDD, représente « la tonne de carbone la moins chère ». Des dispositifs comme les Mécanismes de développement propre (MDP) se sont ainsi transformés en « quantités d’escroqueries »... Pour Elias Diaz Pena de Sobreviviencia – Amis de la Terre Paraguay, le dispositif REDD sera une « fausse solution à un vrai problème ».

S’attaquer à la racine du changement climatique

Quid d’un accord général à Cancún ? La réponse fait quasi consensus. Comme le résume Martin Villela de l’ONG Agua Sustentable (Bolivie) : « il n’y aura pas d’accord contraignant ». Ce qui « réduit le temps que nous avons pour agir » ! Carlos Zorilla, engagé dans la protection de la vallée d’Intag (Équateur) contre un projet de mines de cuivre à ciel ouvert, rappelle une donnée essentielle : « les États-Unis refuseront de s’engager à réduire réellement leurs émissions, la Chine ne va pas arrêter de construire des centrales à charbon et les classes supérieures des pays du Nord, mais aussi des pays du Sud, ne veulent pas réduire leur consommation d’énergie et de matières fossiles ».

Pour l’équatorienne Yvonne Yanès, on ne changera rien, tant qu’on ne s’attaquera pas à la racine : l’extraction des combustibles fossiles. Dans les idées à mettre en œuvre selon elle, le projet Yasuni-ITT [1], initié en réponse aux désastres provoqués par les activités pétrolières en Équateur. Ou un moratoire mondial sur toute nouvelle exploitation pétrolière ou gazière. Une revendication phare du réseau Oil Watch.

Pour Roque Pedace, il faut que « le show continue », pour éviter de tout perdre. Mais il est nécessaire de se concentrer sur « la mise en place de politiques locales, nationales voire régionales ». C’est pourquoi à ses yeux la proposition de la Via Campesina de réaliser « 1000 Cancún » vise juste. Objectif : « mettre la pression sur nos gouvernements et qu’ils ne puissent se réfugier derrière l’excuse que "c’est un problème global" ». Pour Alberto Gomez du syndicat Unorca – Via Campesina Mexique, l’unique manière de transformer radicalement ces négociations, c’est d’agir « là où nous sommes » et de multiplier les initiatives citoyennes.

« Des caravanes pour démasquer le gouvernement mexicain »

Nombreux sont ceux qui pointent l’importance des batailles locales pour obtenir des politiques climatiques à la hauteur des enjeux. La loi sur les glaciers en Argentine, qui est une véritable politique climatique selon Roque Pedace, n’est-elle pas le fruit des luttes contre les méga-projets miniers à ciel ouvert ? La réponse de Julia Cuadros Falla, de l’organisation péruvienne CooperAccion, est sans équivoque : « si les activités minières comptent assez peu dans le réchauffement climatique global, elles sont par contre à la source de profondes transformations climatiques locales ». Elles favorisent les sécheresses sur un versant de la montagne et des inondations de l’autre.

De même, les scientifiques ne sont pas convaincus que les gigantesques inondations dont a été victime le Mexique à la fin de l’été soient dues au réchauffement climatique, comme l’a affirmé le président mexicain Felipe Calderon. La déforestation – pour laisser place à une agriculture d’exportation – et une urbanisation sans limites favorisent les phénomènes climatiques extrêmes. Ces politiques locales pourraient être profondément modifiées. C’est d’ailleurs l’objectif des « caravanes internationales » qui sillonnent le Mexique depuis le 28 novembre. Leur ambition ? « Démasquer le gouvernement mexicain qui ne mène pas, comme il le dit, une politique verte mais qui détruit notre territoire », explique Alberto Gomez.

« Mettre nos critiques en pratique »

Rien ne peut être fait contre les dérèglements climatiques sans un accord international global ? L’excuse est facile... Elle a pour conséquence de rendre illégitimes et invisibles toutes les initiatives, expérimentations et pratiques locales alternatives. Elles ne pourront bien entendu pas tout régler. Mais ne sont-elles pas les prémices d’une « société post-pétrole » ?

Agriculture urbaine – sur les toits ou dans des usines abandonnées – coopératives de production biologique, pratiques d’éco-construction, agriculture paysanne, initiatives de sauvegarde et d’échanges de semence comme alternatives à l’agrobusiness... les initiatives concrètes transformant la vie des gens, notamment par la relocalisation des activités de production, sont innombrables.

Il ne manque pas grand chose pour qu’elles « fassent système » et deviennent une véritable alternative au « modèle de production et de développement qu’il faut changer », selon les termes de Martin Vilela. Cela nécessiterait des politiques publiques allant à l’encontre des grands pouvoirs économiques et politiques mondiaux, pour Elias Diaz Pena. Des pouvoirs qui « bloquent toute possibilité d’accord à Cancún ». Raison pour laquelle, selon Glenn Morris, du projet Woodbine (États-Unis), « il faut mettre nos critiques en pratique et être conscients que nous avons à la fois besoin des luttes globales et des exemples concrets ». Un bien bel objectif pour les mouvements sociaux, environnementaux et de solidarité internationale présents au Sommet climatique à Cancún.

Maxime Combes et Sophie Chapelle, dans le cadre du projet Echo des Alternatives.

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