Législatives

Que feront les candidats FN s’ils sont élus députés ?

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Le FN disposera-t-il d’une poignée de députés ? Dans ce cas, quelles positions prendront-ils sur les grandes questions qui seront soumises à l’Assemblée ? Pour le savoir, Basta ! a décrypté les votes et déclarations des conseillers régionaux du FN, en particulier en Provence-Alpes-Côte-d’Azur et en Rhône-Alpes. Dans l’économie ou la culture, en matière de santé, de transports ou d’environnement, voici ce que prône vraiment le parti de Marine Le Pen.

Marine Le Pen dit son parti « républicain », « laïc » et soucieux du bien-être des classes populaires. Qu’en est-il dans les faits ? Le FN ne compte ni députés, ni sénateurs, ni maires (depuis les précédents de Marignane, d’Orange, de Vitrolles et de Toulon). Le Front totalise cependant 118 conseillers régionaux dans douze Régions [1], depuis les élections de 2010. Pour les législatives, ses candidats pourraient se maintenir dans plus d’une centaine de circonscriptions.

Alors que Marine Le Pen tente de présenter son parti comme se préoccupant des questions sociales et des classes populaires, Basta ! a jugé utile de se pencher sur les votes et positions de ses élus en région. D’autant que les conseillers régionaux sont très souvent les candidats du Rassemblement bleu Marine aux législatives (lire notre article sur ces charmants candidats). Les beaux discours sur la mutation du FN correspondent-ils à la réalité ?

Vous avez dit économie sociale et solidaire ?

À chaque passage télévisé, Marine Le Pen se pose en défenseuse des ouvriers, de leurs emplois et de leurs salaires. Sur le terrain, c’est la contradiction totale. En octobre 2010, les 24 élus frontistes du conseil régional Paca, dont Jean-Marie Le Pen, refusent de voter une motion de « solidarité avec les salariés de Fralib » proposée par la gauche (lire notre article). En Rhône-Alpes, les élus frontistes enchaînent les votes contre les rapports relatifs à l’industrie et à l’artisanat dans les contrats de développement [2].

Le 27 mai 2010, Bruno Gollnisch, conseiller régional en Rhône-Alpes, déclare que le rôle des élus « n’est pas de voler au secours de toutes les entreprises ». Résultat : les petites entreprises ne sont plus encouragées. Quant aux rapports traitant de l’économie sociale et solidaire, ils se voient tous opposer un refus par les élus FN. Les mots « social » et « solidaire » heurteraient-ils leurs blanches oreilles ?

Le FN contre l’apprentissage du français

Quant aux budgets pour la formation professionnelle et continue, le FN vote systématiquement contre, que ce soit en Alsace, en Paca ou en Rhône-Alpes. Entre autres, souligne un document d’analyse du Parti socialiste, « parce qu’ils comprennent un volet "apprentissage du français" pour les travailleurs d’origine étrangère ». Le FN serait-il contre la francophonie ? Le groupe écologiste en Rhône-Alpes rappelle également l’opposition du FN à financer les échanges internationaux d’étudiants, « compte tenu du nombre important de bourses concernant des partenariats avec des pays ex-communistes » (sic). Pourtant, le mur de Berlin est tombé depuis deux décennies.

Le 23 septembre 2010, à l’occasion d’un vote sur l’aide aux formations et aux jeunes, Sophie Robert, élue FN en Rhône-Alpes, indique que son groupe vote contre, considérant qu’il serait plus éducatif que les professeurs apprennent aux jeunes à financer leurs projets de voyages pédagogiques plutôt que de compter sur les subventions...

Le FN pour le travail à 14 ans ?

Le FN s’est également opposé à l’aide à la mobilité aux jeunes, en décembre 2011 en Rhône-Alpes, rappelle le Front de gauche. Les lycéens sont qualifiés de « fanfarons en quête de jouissance et d’oisiveté » par l’élu frontiste en Rhône-Alpes Alexandre Gabriac, le 21 octobre 2010 (ce dernier sera exclu du FN le 19 avril 2011 après la diffusion d’une photo le montrant en train de fanfaronner en faisant le salut nazi).

Il n’y aurait pour l’élu frontiste Dominique Martin qu’une seule mesure à prendre pour être efficace en matière de formation : « Tout remettre à plat et placer l’entreprise au centre des dispositifs de transmission des savoir-faire en revalorisant l’apprentissage, et ce dès l’âge de 14 ans. » Nous sommes là dans la droite ligne préconisée par Marine Le Pen durant la campagne présidentielle. Bientôt des managers de chez Disney enseignant la culture générale à de jeunes apprentis de 14 ans ?

Les femmes, à la maison ?

Après avoir fait scandale en parlant d’ « avortement de confort » durant la campagne présidentielle, Marine Le Pen a mis en avant le besoin d’ « une meilleure prévention ». Dans les faits, les élus de ce parti s’opposent systématiquement à la mise en œuvre par les Régions des dispositifs de prévention et d’information que sont les « pass contraception », rappelle l’association LGBT. « Plus que jamais en ces temps troublés où notre société perd tout repère, et particulièrement les jeunes générations sous l’influence conjuguée d’un totalitarisme sexuel débridé et d’un hédonisme dévastateur, il nous faut revenir aux fondamentaux de la loi naturelle », déclare ainsi l’élue FN Sophie Robert en juin 2011.

En matière de prévention, c’est souvent les relents fondamentalistes catholiques des élus FN en Rhône-Alpes qui s’expriment. La même Sophie Robert lance en assemblée plénière que « le danger est grand, quand on banalise le geste contraceptif, de se sentir déresponsabilisé vis-à-vis de la valeur de la vie et ainsi d’envisager l’avortement comme un simple moyen de contraception sans comprendre qu’il y a en jeu la vie d’un être humain en formation ». Quant à la question de l’égalité hommes-femmes, c’est un sujet qui préoccupe assez peu le Front national. Le mot « femmes » n’apparaissait que deux fois dans le programme présidentiel du FN, comme le rappelle cet article de Basta !. « Les femmes, en France, sont-elles aujourd’hui déconsidérées et la société a-t-elle à gagner à faire accéder les femmes aux mêmes activités que les hommes, et vice-versa, dans tous les domaines ? » [3], interroge l’élue frontiste Blanche Chaussat. Reste à savoir quelles seraient ces activités réservées traditionnellement aux femmes…

Le FN n’aime pas la lutte contre les discriminations

Le Front national jette régulièrement l’opprobre sur les associations de lutte contre les discriminations. À titre d’exemple, les élus de la région Rhône-Alpes n’ont pas voté la demande de subvention de la Lesbian and Gay Pride de Lyon pour le Sidaction. « Sous couvert de lutte contre le sida, cette manifestation a des relents de christianophobie et de pornographie », lâche Sophie Robert sur son blog. Le 30 novembre 2011, Julien Sanchez, conseiller régional FN Rhône-Alpes, s’offusque que la Région Languedoc-Roussillon puisse soutenir, au nom de la lutte contre les discriminations, l’organisation du congrès national de la Licra. Selon lui, « cette association a uniquement pour but de soutenir l’immigration et s’attaque régulièrement à la liberté d’expression dans notre pays, (…) pour imposer la pensée unique sur les bienfaits de l’immigration et favoriser la préférence étrangère ».

Bruno Gollnisch avait promis de « diversifier » les subventions aux associations. Par « diversification », il faut entendre subventions réservées aux mouvements du scoutisme et aux services de protection, qu’ils soient militaires ou civils. L’idée que des citoyens puissent apporter leur avis inquiète les élus frontistes. Le conseiller régional Christophe Boudot y voit « une habile manœuvre politique en vue d’associer de plus en plus les ressortissants étrangers aux décisions de nos institutions ». À l’idée de démocratie participative, le FN préfère le référendum d’initiative populaire. « Comme en Suisse », précise Bruno Gollnisch le 4 février 2011. Clin d’œil au référendum qui avait abouti à l’interdiction des minarets [4].

Des voitures plutôt que le tramway et le vélo

Dans le domaine de la santé, les élus FN en Rhône-Alpes ont voté contre le rapport concernant les réseaux de patients et les réductions d’inégalités d’accès à la santé en mai 2011. Trois mois plus tôt, le 18 février, ce sont les conseillers régionaux FN de Paca qui votent contre le dispositif des Maisons régionales de la santé, au prétexte que « les déserts médicaux » n’existent pas.

Côté transports, le groupe FN en Rhône-Alpes vote systématiquement contre les propositions de développer les « modes doux » comme les pistes cyclables. « Ils les voient en creux comme des politiques antivoiture », analyse EELV. Le FN conteste également la modernisation de certaines lignes ou la gestion « multimodale » (plusieurs modes de transport combinés) du déplacement à Grenoble. Il appelle enfin à la suppression des tarifs solidaires pour les billets de train. Et refuse l’amendement du Front de gauche visant simplement à étudier la possibilité de la gratuité des TER Rhônalpin. Vous avez dit « virage social » ?

Quand le FN entend le mot culture…

Sur le plan culturel, les élus FN en Rhône-Alpes vilipendent les conceptions « élitistes » de la culture, tout en remettant en cause la gratuité de l’accès à certaines institutions pour les jeunes disposant d’une carte M’RA. « Cette gratuité a poussé dans les salles de cinéma tout un public très éloigné des étudiants, des gens qui sont là pour casser, chahuter », regrette Joël Cheval, élu FN en Rhône-Alpes, le 4 février 2011. Pas de cinéma pour les non-étudiants…

Les élus frontistes votent contre les rapports concernant l’accompagnement et l’élargissement des publics, le soutien au spectacle vivant, le rayonnement culturel. De manière générale, le FN prône une politique de la demande, à l’opposé des politiques actuelles de la culture qui ont pour but de protéger la création parfois non rentable. « Il serait de meilleure gestion et plus conforme aux attentes du public à tout le moins de lier les subventions aux institutions culturelles à la fréquentation et aux recettes propres qu’elles génèrent », déclare par exemple Liliane Boury le 27 mai 2010. Ou comment tuer toute expression artistique naissante…

Des élus pro-OGM

Il y a des mots tabous au FN comme « émissions de gaz à effet de serre », « changement climatique », « dette écologique » ou « préservation de la biodiversité ». Les élus lepénistes enchaînent les déclarations les plus climatosceptiques. « Je ne crois pas que notre planète va mourir sous les coups répétés des émissions de gaz carbonique de l’activité humaine », assène le conseiller régional Rhône-Alpes Joël Cheval, en octobre 2010. « Voilà un nouvel axe de repentance, après l’esclavage et le colonialisme, voilà la dette écologique », renchérit Olivier Wyssa le 7 avril 2011. Cette conception se traduit par des votes contre tous les rapports ayant trait à l’énergie et au climat, au programme emploi-environnement ou aux normes « haute qualité environnementale » (HQE) dans l’habitat. Payer cher sa facture d’électricité et de fioul dans un logement mal isolé, c’est mieux…

À l’inverse, le FN croit aveuglément en la capacité de la recherche à trouver des solutions aux problèmes d’environnement. « Est-il responsable de s’interdire de rechercher sur les OGM, de s’interdire de rechercher des aliments qui consomment moins d’eau, qui consomment moins de pesticides et qui sont plus productifs ? », interroge Joël Cheval, n’hésitant pas à citer l’inénarrable Claude Allègre. Le groupe FN a toutefois soutenu l’opposition de la région Rhône-Alpes aux gaz de schiste. Pointant le risque de « dégradation importante du paysage » dans un communiqué, le Front national avait également intérêt à ne pas contredire les importantes mobilisations locales. Malgré son opportunisme, le Front national a perdu des conseillers régionaux, passant de 156 élus en 2004 à 118 en 2010. À l’épreuve des faits, le parti « normal » ne résiste pas. Qu’en sera-t-il de son avatar, le Rassemblement bleu Marine ?

Sophie Chapelle

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