Hypocrisie

Quand la France joue le charbon contre le climat

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La Banque mondiale doit donner aujourd’hui son accord pour un prêt de 3,75 milliards de dollars, pour financer la construction de la gigantesque centrale à charbon de Medupi, en Afrique du Sud. Une centrale de 4800 MW, qui émettra 25 millions de tonnes de CO2 par an, soit l’équivalent de 5 % des émissions françaises. Les États-Unis vont s’abstenir, mais la France risque de voter en faveur du projet. Pour quelle raison ? Défendre les intérêts d’Alstom, sous-traitant de la compagnie d’électricité Eskom Holdings Ltd qui est la bénéficiaire du prêt. Au mépris de ses engagements concernant le réchauffement climatique, l’État français a déjà accordé une garantie à Alstom via la Coface.

La construction de cette centrale entraînera l’ouverture de 40 nouvelles mines de charbon pour l’alimenter. À cela s’ajoutent des pollutions majeures au soufre et au mercure, qui pèseront sur la santé des habitants. La centrale fournira en électricité des multinationales très polluantes [1] et des industries, notamment dans le secteur minier, largement tournées vers l’exportation. Aux impacts sanitaires et environnementaux s’ajoutent des conséquences économiques néfastes. Aujourd’hui, la population paye une part disproportionnée de la production d’électricité, par rapport aux industries, du fait d’accords signés à la fin de l’apartheid. La construction de la centrale de Medupi entraînera une augmentation de 25 % par an des tarifs de l’électricité. Eskom annonce déjà une hausse des tarifs mensuels de 48 à 130 dollars pour chaque foyer, entre 2009 et 2012.

Une décision qui décrédibilise la France

Plus de 65 ONG, syndicats et mouvements religieux d’Afrique du Sud s’opposent au projet. D’autant que le pays possède un potentiel important en matière d’énergies renouvelables. Seulement 7 % du prêt de la Banque mondiale sera consacré à ces énergies renouvelables, et 13 % à l’efficacité énergétique. Deux secteurs pourtant essentiels selon la société civile sud-africaine. Mais la Banque mondiale préfère une fois de plus investir dans des énergies polluantes. Trois quarts des prêts qu’elle a accordés en 2007-2009 étaient destinés aux énergies fossiles. Les projets financés par la Banque mondiale entre 1997 et 2007 émettront 26 milliards de tonnes de CO2 pendant leur durée de vie, soit 47 fois les émissions annuelles de la France.

La France est le 4ème pays en terme de droit de vote au sein de la Banque mondiale, où le pouvoir est réparti selon la règle « 1 dollar égale une voix ». Une telle décision d’investir de l’argent public dans un projet aussi destructeur montre une fois de plus le manque total de crédibilité de la France dans la lutte contre le dérèglement climatique.

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