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Diesel

Quand Montebourg défend le droit de polluer français

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Prendre soin de la santé des citoyens ou garantir les bénéfices des leaders français du secteur automobile ? Face à ce choix cornélien, Arnaud Montebourg n’hésite pas une seconde : il faut sauver les constructeurs de voitures ! Il faut « trouver une formule qui n’attaque pas le diesel, car attaquer le diesel c’est attaquer le made in France », assure-t-il le 3 mars [1]. Le ministre du Redressement productif a ensuite déclaré, depuis le salon de l’automobile de Genève, que le gouvernement ne prendrait pas de décision en 2013 sur une prime de conversion du parc automobile français, constitué à 60% de moteurs diesel. A croire qu’il a prêté attention aux propos de Carlos Ghosn, le PDG de Renault, qui s’interrogeait, lui aussi à Genève : « Au moment où l’Europe s’enfonce dans une crise, est-ce vraiment le moment de réduire la compétitivité du diesel en changeant les règles ? » Le PDG de Renault affirmait dans la foulée ne pas y être favorable, précisant qu’au final « ce sera aux gouvernements de trancher ». Trop aimable.

Encouragés par des incitations fiscales depuis 30 ans, les constructeurs automobiles français se sont spécialisés dans la technologie diesel. Et les consommateurs y ont trouvé leur compte : un litre moins cher car moins taxé et une consommation moindre que celle de l’essence. Le diesel, c’est 80% du carburant consommé dans l’Hexagone en 2012. Les voitures diesel représentent 72% des nouvelles immatriculations françaises et la moitié de la production automobile de PSA, numéro deux mondial dans le domaine, après Volkswagen. L’autre géant français, Renault, expédie de nombreux moteurs diesel chez Nissan et Mercedes. Un rapport de la Cour des comptes, dévoilé la semaine dernière par le quotidien Libération, révèle que la fiscalité avantageuse dont bénéficie le diesel représente un manque à gagner de près de 7 milliards d’euros par an à l’État !

Diesel : « Le sujet santé est derrière nous »...

Mauvais pour les finances publiques, le gazole l’est aussi pour la santé. Les moteurs diesel figurent parmi les principaux émetteurs de particules fines (avec l’industrie et le chauffage au bois), pouvant causer des cancers du poumon ainsi que des pathologies respiratoires et cardiovasculaires ou des allergies. En juin dernier, le centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le carburant dans la catégorie des « cancérogènes certains ». Et appelé à une réduction de l’exposition des populations à ce mélange chimique dans le monde entier.

Cette déclaration n’a pas vraiment ému les constructeurs. « Depuis 2011, les normes font que tous les diesels ont un filtre particule, ce qui fait que le sujet santé est derrière nous », tente de rassurer le directeur des marques de PSA Peugeot Citroën, Frédéric Saint-Geours. Pour lui, le diesel est une « motorisation d’avenir ». Pour Carlos Ghosn, le débat lancé par le gouvernement est essentiellement guidé par des préoccupations financières. « Les gouvernements ont des déficits et doivent trouver de l’argent et ils regardent la moindre opportunité de le faire », a-t-il ainsi déclaré. Rien à voir avec son business...

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