Cinéma

Quand Hollywood critique... la mondialisation libérale

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Syriana, le nouveau film de Stephen Gaghan avec George Clooney et Matt Damon, montre l’imbrication de la politique étrangère états-unienne, des stratégies des compagnies pétrolières et de la montée de l’islamisme politique au Moyen-Orient. Pari réussi.

Deux compagnies pétrolières américaines qui fusionnent, un agent de la CIA qui tente d’infiltrer un réseau terroriste au Moyen-Orient, un analyste financier qui s’improvise conseiller politique d’un émir en devenir, un jeune arabe qui succombe aux sirènes de l’extrémisme salafiste : a priori, rien ne relie toutes ces histoires. Et pourtant... Syriana, le deuxième long-métrage de Stephen Gaghan (scénariste de Traffic réalisé par Steven Soderbergh en 2000), s’emploie à démontrer en un peu plus de deux heures la théorie du battement d’ailes d’un papillon. Ou comment un événement peut être suivi d’une cascade de réactions en chaîne incontrôlables. Les causes et les effets. Ici, c’est d’une réalité économique, appliquée à la chaude actualité de la mondialisation (ses effets pervers, ses résultats tragiques) qu’il s’agit. Ici, on dénonce la fuite en avant d’un monde qui subit la loi du dollar. Ici, on démontre admirablement pourquoi une grosse partie de l’humanité vit dans la frustration et la misère. Ici, on dépeint le chaos des relations internationales sous domination nord-américaine. Pour mener à bien sa théorie, Stephen Gaghan s’est entouré de deux acteurs formidables. Matt Damon, qui sait enchaîner les rôles étonnants, alternant entre production indépendante et gros film de studio. Et George Clooney qui, sous sa gueule d’ange, dissimule des trésors de violences dans les traits et dans l’interprétation de son personnage. Oublié la gravure de mode, place à un personnage grossi, mal rasé et trouble. Le tout s’inscrivant dans une réalisation exemplaire, non exempte de reproches, mais parfaite dans la narration et la chronologie des événements.

Certaines scènes rappellent ainsi qu’on a bien affaire à un film hollywoodien et que l’intensité dramatique doit être à son comble pour tenir le spectateur en haleine. Mais c’est un autre Hollywood qui domine, celui des cinéastes clairement engagés, celui des artistes libres de dire ce qu’ils pensent. D’ailleurs, Syriana s’inscrit dans un renouveau hollywoodien qui a de quoi réchauffer le cœur des cinéphiles les plus exigeants, en attendant les films sur le 11 septembre 2001 qui vont se succéder dans les mois qui viennent. Avec Syriana, on envoie direct les bons sentiments à la poubelle. Sans ménagement, et sans débauche spéciale d’effets spéciaux, on met le spectateur devant le fait accompli : voyez comment la mondialisation agit sur le maillon le plus faible de la chaîne, voyez comment ce maillon cherche à retrouver un peu de crédit aux yeux de l’humanité, voyez comment tout peut finir si rien ne change. Stephen Gaghan, qui traîne avec toute la bande de Section Eight (la société de production de Steven Soderbergh et de George Clooney) affirme ici son indépendance et sa maturité créatrice, sans aucun complexe. Et le propre du génie est de savoir le transmettre. Dont acte.

Vincent Le Leurch

Syriana de Stephen Gaghan avec George Clooney, Matt Damon. Distribution : Warner Bros. En salles depuis le 22 février.

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