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Élections

Présidentielle 2012 : pour qui votent les fonctionnaires ?

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Pointés du doigt comme cause de l’endettement et dès qu’il s’agit de réduire les dépenses publiques, les fonctionnaires sont au centre du débat politique et médiatique. Si seuls les salariés du secteur public votaient en 2012, François Hollande affronterait Marine Le Pen au second tour, selon une étude sur le vote des fonctionnaires réalisée par le Cevipof.

Depuis le début du quinquennat Sarkozy, « les fonctionnaires » sont au cœur du débat politique, médiatique, voire populiste. Non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, réductions budgétaires, réforme de régimes de retraite « trop » avantageux, privatisation de secteurs publics, mise en œuvre de la Révision générale des politique publique (RGPP) censée rationaliser l’activité des agents de l’État… « À bien des égards, les fonctionnaires se sont retrouvés en position d’être les porte-parole d’une misère sociale grandissante », écrit Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS et auteur d’une étude sur le vote des fonctionnaires pour le Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences-Po). « Les suppressions de postes, le gel des salaires, les fusions de services, les difficultés quotidiennes des agents les plus exposés aux usagers, mais également la volonté affichée du gouvernement de “managérialiser” un monde très corporatif mais aussi très égalitaire ont créé une situation de forte tension et de blocage de tout dialogue social. » Le nombre de journées de grève a d’ailleurs doublé entre la décennie 1990-1999 et la décennie 2000-2009.

Dans ce contexte, comment se comporteront électoralement les 5 millions d’agents de la Fonction publique – soit 12 % du corps électoral – en 2012 ? Sans surprise, le candidat socialiste arrive largement en tête des intentions de vote dans les quatre types de fonctions publiques : d’État (majoritairement les enseignants), hospitalière, territoriale et dans les entreprises publiques (La Poste, SNCF…). Plus surprenant : dans tous les cas, Marine Le Pen arrive en deuxième position, soit à égalité avec Nicolas Sarkozy, soit le devançant largement comme chez les salariés des entreprises publiques. De leur côté, Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly séduisent davantage les enseignants (respectivement 12 % et 10 %) et les cadres de la Fonction publique (8 %) que les autres secteurs. François Bayrou reste, lui, très loin de ses bons scores de 2007. Alors qu’il attirait les suffrages de 21 % des cadres du public et de 26 % des enseignants, ils ne sont plus que la moitié à envisager de voter pour le candidat centriste en 2012.

Le FN attire policiers et militaires

L’analyse par métier révèle quelques nuances de taille. « Le monde du policier n’est pas celui de l’infirmière ni de l’enseignant ni de l’expert ministériel ou du conducteur d’autobus », rappelle Luc Rouban, face au discours médiatique ambiant qui vise à globaliser « les » fonctionnaires. « Chaque secteur, institution et carrière repose sur des histoires longues, des normes juridiques, des contraintes et des savoir-faire particuliers qu’il est vain d’ignorer. Chaque fonction publique relève également d’une sociologie différente, où la proportion de cadres et d’agents titulaires n’est pas la même. » Le vote des policiers et des militaires se démarque ainsi clairement des autres agents du public : 37 % d’entre eux sont prêts à choisir Marine Le Pen au 1er tour, et 27 % Nicolas Sarkozy. Dans les commissariats et les casernes, l’ensemble des candidats de gauche ne totalise qu’un petit 11 %...

L’attirance de l’extrême droite est également forte au sein des catégories de fonctionnaires les moins rémunérées. « La forte proportion de “ni-ni ” chez les fonctionnaires de rang modeste, à l’image de celle que l’on observe chez les employés et les ouvriers du privé, laisse penser que la proportion de votes pour l’extrême droite sera importante », note l’étude. Marine Le Pen y rassemble 18 % des intentions de vote (contre 32 % pour François Hollande et 20 % pour Nicolas Sarkozy). C’est aussi l’un des secteurs qui compte s’abstenir le plus. Pas de grande différence donc entre le comportement des salariés du public et ceux du privé. « Les employés (catégorie C) et même les cadres intermédiaires (catégorie B), à l’instar de leurs homologues du privé, sont bien plus distants à l’égard du politique. De la même façon, le tropisme de gauche de la Fonction publique ne concerne vraiment que les enseignants et les cadres », note l’auteur de l’étude.

Ivan du Roy

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