Documentaire

« Pourquoi l’expérience des femmes noires ne serait-elle pas universelle, permettant à tout le monde de s’identifier ? »

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Avec le documentaire Ouvrir la voix, Amandine Gay signe un premier long-métrage résolument résistant, qui fait entendre la parole, multiple, de femmes noires francophones qui subissent au quotidien différentes formes de discrimination. L’association Les Lucioles du doc a rencontré sa réalisatrice. Entretien vidéo.

Particulièrement précaire en France, la place des femmes noires est sans cesse remise en cause ou assignée à certains endroits. C’est une lutte à saisir d’urgence, où « tout reste à faire ». Amandine Gay est présente, dans ce film qu’elle a autant écrit que réalisé, et ses choix de cinéaste révèlent avec talent les enjeux de la création documentaire politique. Le dispositif de ce documentaire est simple et adapté : le cadre serré à la lumière veloutée ne se détourne que peu de visages qui racontent beaucoup. Quelques scènes d’ensemble permettent un bref aperçu d’instants d’intimité, de création ou d’expression politique (faut-il les dissocier ?). Ce sont ces visages qui construisent, petit à petit, la complexité d’identités constamment sous tension.

« Je vois le cinéma comme un outil d’éducation populaire »

 
Avec cette riche série d’entretiens, la jeune réalisatrice entend se saisir de cette lutte en exposant de manière somptueuse une expression personnelle et collective face à la discrimination persistante. « Afropéenne, » « afrodescendante, » « afro » : à plusieurs reprises, cette identité nuancée se remet en jeu dans un lexique choisi, lexique qui souligne une réappropriation individuelle de ces questionnements. L’une des personnages évoque d’ailleurs l’importance de nommer les choses, abordant l’abrupte problème de la « race » que la langue française incite parfois, comme ici, à placer entre guillemets : peut-être la crainte de ce mot empêche-t-elle de le penser correctement.

« Il y a une éducation à l’image à faire et une confiance à avoir dans le public »

 
Un « va-et-vient fatiguant » : c’est ainsi qu’une des protagonistes décrit la manière dont elle se voit presque bousculée d’une étiquette à l’autre, entre individu et communauté, entre communauté blanche et noire, entre sexualités, religions, origines. Chacune des femmes insiste sur ce déséquilibre entre l’appartenance et le rejet, imposé ou volontaire, étudié ou convulsif.
Évidemment, l’ancrage dans des milieux culturels différents se solde par des choix souvent difficiles à faire, et de la plupart des témoignages on retient une certaine violence ou rancune. Mais aussi une grande fierté. C’est là que le documentaire veut aboutir, et c’est là aussi sa beauté : ces identités en porte-à-faux sont également une force, et s’il reste beaucoup à faire, certaines personnes auront, il faut l’espérer, ouvert la voie.

« Je fais un documentaire où je montre des femmes noires dans leur pluralité »


Ouvrir la voix, sortie nationale le 11 octobre 2017
Documentaire de 122 minutes

Réalisation  : Amandine Gay
Production  : Bras de fer
Distribution  : Bras de fer
Plus d’informations sur le film, en allant ici.


Les Lucioles du Doc
Ces chroniques mensuelles publiées par Basta ! sont réalisées par le collectif des Lucioles du Doc, une association qui travaille autour du cinéma documentaire, à travers sa diffusion et l’organisation d’ateliers de réalisation auprès d’un large public, afin de mettre en place des espaces d’éducation populaire politique. Voir le site internet de l’association.

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