Santé et travail

Pollutions : le Brésil s’attaque à Shell et BASF

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C’est une bataille juridique acharnée qui se déroule au Brésil. D’un côté, le Ministère public et des associations de travailleurs et de lutte contre les polluants [1], de l’autre, deux géants industriels européens : le néerlandais Shell et l’allemand BASF. En cause : une usine de pesticides située à Paulinia, à 120 km au nord de São Paulo. Elle a été exploitée par Shell de 1977 à 1995, puis reprise par BASF de 2000 à 2002, qui la ferme, et la revend à Shell en 2008… Cela ressemble fort à une patate chaude que les multinationales se refourguent, et c’est bien le cas.

En 2005, une enquête diligentée par les ministères du Travail et de la Santé répertorie les polluants présents sur le site, dans les sols et à proximité de la rivière qui le longe. Ceux-ci sont nombreux : DDT (interdit en 1972 aux États-Unis), benzène (cancérogène), aldrine (un insecticide chloré considéré comme un polluant organique persistant), dieldrine (un insecticide interdit en France en 1972), chlorure de méthylène (potentiellement cancérigène), toxaphène (pesticide interdit, considéré comme un polluant organique persistant), pentachlorophénol (un herbicide très toxique)... Bref, un charmant cocktail avec lequel ont travaillé entre 800 et 1200 employés, pendant quatorze ans en moyenne.

Et les possibles impacts sur la santé sont vite décelés : cancers, hépatites ou altérations du système nerveux sont détectés à des fréquences anormalement élevées chez les travailleurs et dans la population environnante. L’incidence des cancers masculins de la thyroïde dans les alentours est 166 fois supérieure à la moyenne [2].

Conséquence : une plainte est déposée en 2007 contre Shell et BASF. Le 29 août 2010, une première condamnation tombe : les deux firmes sont condamnées à verser 500 millions d’euros, pour notamment couvrir les frais médicaux et indemniser les victimes. BASF se défausse sur Shell, et Shell, ses propres études à l’appui, affirme qu’il « n’existe aucun lien entre nos opérations et les maladies de nos anciens employés ». Et fait appel.

Les plaignants demandent qu’une indemnité provisoire soit versée, comme garantie, par Shell et BASF. Fin juin 2012, cette demande est acceptée par le Tribunal du travail de Paulinia, après un premier rejet en mai. Shell et BASF devront verser 393 millions d’euros (un milliard de R$) de provisions au bénéfice des victimes. Shell estime que le jugement n’est pas « impartial » et fait de nouveau appel. Quelques jours plus tard, le 3 juillet, le Tribunal supérieur du travail de l’Etat de São Paulo annule la décision, estimant que le dépôt de garantie n’est pas nécessaire. La bataille judiciaire continue. Et cette affaire n’est pas sans rappeler, en France, le scandale des « sites orphelins », très souvent pollués (aux PCB, aux pesticides ou à l’amiante), abandonnés par les industriels et dont la dépollution est financée par les contribuables (lire notre enquête). Ici, on attend toujours que les législateurs et la justice s’en mêlent.

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