Santé

Polémique autour d’une vitamine D administrée aux bébés

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D’un côté, la revue Prescrire, indépendante et réputée pour avoir, la première, alerté sur les méfaits du Mediator. De l’autre, un petit laboratoire, Crinex, qui plaide sa bonne foi et se défend de tout lobbying, au contraire de ses puissants concurrents. En cause : une vitamine administrée quotidiennement aux nourrissons, et produite par le labo, l’Uvestérol D (un million de nourrissons reçoivent de la vitamine D, fournie par différentes marques). L’Uvestérol D provoquerait des malaises, et « parfois un malaise vagal avec pâleur, bradycardie, pause respiratoire, hypotonie, cyanose, perte de conscience et révulsion des globes oculaires » [1]. Depuis 2006, ce sont 23 malaises graves qui ont été signalés : 7 avec Uvestérol D, et 16 avec Uvestérol A, D, E, C. Prescrire reproche à l’Agence française du médicament (Afssaps) de n’avoir pris « que des demi-mesures qui compliquent la vie des parents et des soignants, sans protéger vraiment les nourrissons, le médicament restant sur le marché ». Ces malaises seraient spécifiques à l’Uvestérol D et ne concerneraient pas les autres marques de vitamine D.

Du côté de Crinex, Philippe Paulmier, pharmacien au sein du laboratoire, confirme le chiffre de sept malaises graves suite à l’administration d’Uvestérol D, mais qualifie les accusations de Prescrire de « débordements ». Selon lui, c’est le mode d’administration, et non le médicament en tant que tel, qui est en cause. « Les gens ne respectent pas la bonne utilisation de la seringue goutte, ni la position du nourrisson qui doit être semi assise », explique-t-il, malgré de nouvelles précautions d’emploi mises en œuvre en 2006 après que des malaises aient été signalés depuis 1996. Il pointe l’utilisation de pipettes inadéquates dans certaines maternités – notamment auprès des prématurés traités avec l’Uvestérol A, D, E, C – et l’inattention de parents qui administrent la vitamine à leur bébé en position couchée.

Le pharmacien souligne que le laboratoire a averti l’Afssaps de ce problème en octobre dernier, lettres restées sans réponse. « Nous avons toujours pris les devant. Nous sommes un laboratoire complètement transparent », se défend-il. Crinex a été auditionné par l’Agence française du médicament le 26 mai. Cette dernière a demandé au laboratoire de renforcer l’information relative à l’administration de la vitamine. Et Philippe Paulmier assure qu’une reformulation du produit est en cours. Une réponse indirecte à Prescrire, qui pointe la présence d’huile de ricin dans la formule de l’Uvestérol D comme cause possible. Une polémique qui n’aurait peut-être pas eu lieu si les autorités sanitaires avaient fait correctement leur boulot d’expertise et enquêté sur les causes de ces malaises, pour confirmer ou infirmer l’alerte lancée par Prescrire.

Ivan du Roy

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