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Management

Pocheco : derrière le modèle écologique et social, d’anciens salariés dépeignent une toute autre réalité

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En février, Basta ! publiait un reportage sur l’entreprise Pocheco, basée près de Lille. Cette fabrique d’enveloppes, qui emploie 122 personnes, ambitionne d’incarner un modèle écologique et social : procédures de fabrication sans toxiques et avec moins d’emballages, bâtiments écologiques, hiérarchie allégée… Elle est dirigée par Emmanuel Druon, qui prône « l’écolonomie » – « entreprendre sans détruire ».

Alertée par un mail dénonçant, « preuves à l’appui », l’emploi par Pocheco de travailleurs en prison, payés autour de 1,50 euros de l’heure, le journal local lillois La Brique, dont Basta ! recense régulièrement les productions dans le Portail des médias libres, a enquêté sur les pratiques sociales de la direction et recueilli les témoignages de plusieurs anciens salariés. Dans un article publié mercredi 5 juillet, le journal dépeint un management par l’intimidation bien loin de l’harmonie affichée par les responsables de l’entreprise et les employés rencontrés sur place lors de notre reportage.

« Derrière la vitrine de l’écologie, E. Druon (le patron de Pocheco) fait complètement fi des problématiques sociales », déplore ainsi un ancien cadre de l’entreprise. Les salariés et anciens salariés qu’ils ont rencontrés décrivent un patron « gourou » et « tyran », « qui ne supporte ni la contradiction, ni l’insoumission »« Un ouvrier de la boîte témoigne : “tout le monde est terrorisé“, rapporte le journal, qui parle aussi de « hurlements », « d’insultes », « d’objets qui volent » lors d’entretiens individuels.

« Il n’existe pas de syndicat chez Pocheco »

L’article met également en doute les affirmations des responsables de Pocheco sur l’écart des salaires au sein de l’entreprise, dont l’échelle va de un à quatre. « Tandis que les ouvriers taffent pour un SMIC, on nous certifie que Druon (et Bousselaoui [le directeur général]) émargeaient il y a quelques années encore à près de 9 000 euros mensuels », écrit le journal. Pire, l’entreprise ne respecterait pas le droit du travail : « En 2002, Pocheco se fait condamner à 150 000 euros d’amende par les prud’hommes pour avoir viré une salariée deux semaines après l’annonce de sa grossesse », écrit La Brique.

« Désormais, quand le radar de Druon détecte une personne à la loyauté douteuse, il ordonne qu’un dossier disciplinaire soit monté en prévision d’une éventuelle saisine des prud’hommes », poursuit le journal. Car « il n’existe pas de syndicat chez Pocheco ». La direction de l’entreprise assure vouloir transformer la société en coopérative – à la place d’une société par actions simplifiées avec un unique actionnaire –, ce qui pourrait donner davantage de place aux salariés devenus sociétaires. Mais ce projet n’a pas encore été mené à bien.

Le volet écologique de Pocheco n’est pas remis en cause par l’enquête de La Brique. Son image d’entreprise censée incarner un modèle d’économie soutenable en sort cependant bien entachée, si les récits de ces anciens salariés sont confirmés. Basta ! a contacté les responsables de Pocheco, que nous avions rencontré en janvier, pour leur demander de répondre à ces critiques. « Nous ne souhaitons pas réagir, a indiqué Kevin Franco, un responsable. Nous n’avons pas de retour à faire sur ces attaques qui ne sont pas forcément avérées. »

[Mise à jour, le 13/07] :

Le 11 juillet, quatre jours après la publication de cet article, l’entreprise Pocheco nous a fait parvenir un « droit de réponse » dans lequel la direction apporte quelques précisions. Sur le recours à des travailleurs en détention, Pocheco explique : « Le travail en prison fait débat, nous y sommes ouverts avec un journaliste de Bastamag. Pour nous ce travail a un but de réinsertion. Le chiffre d’affaires réalisé par Pocheco avec des produits fabriqués en prison est de moins de 2% ce qui signale le sens d’insertion qui prévaut chez nous sur le sens financier. Les détenus choisissent volontairement de travailler, avec nous ils collent et plient des pochettes sur mesure. Le tarif est fixé par l’administration pénitentiaire, pas par nous. »

Concernant les critiques formulées par d’anciens salariés de l’entreprise à l’égard de l’organisation du travail et du management, Pocheco estime que « le papier de La Brique est construit sur le témoignage de trois ou quatre personnes dont l’expérience chez Pocheco a été mauvaise ou désastreuse. Est-ce suffisant pour verser un torrent de boue sur le projet et l’équipe ? Pas sûr. »

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