Plan écologique et social

Face à la crise, le mouvement social choisit l’unité pour faire entendre sa voix

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Une vingtaine d’organisations syndicales, environnementales et altermondialistes, dont la CGT, la FSU, Greenpeace et Attac, ont planché ensemble sur un « plan de sortie de crise » comprenant 34 propositions.

Une de plus, diront les grincheux. Une première, affirment les premiers concernés. De loin, l’initiative de ce « Plan de sortie de crise », dévoilé ce matin par un collectif d’ONG et de syndicats, ressemble à un énième appel, qui viendrait garnir la longue liste des textes, tribunes et pétitions qui s’accumulent depuis le début de la crise du coronavirus. Pourtant, la démarche est loin d’être anodine, s’en défendent les auteurs : « Qu’autant d’organisations, avec des cultures et des histoires politiques aussi différentes, parviennent à se mettre d’accord et acceptent de porter publiquement, ensemble, des mesures fortes et structurantes, ce n’est pas rien. Cela représente un front très large, avec une forte légitimité, analyse Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac. Dans l’histoire des mouvements sociaux, c’est même plutôt inédit » .

Au total, 20 organisations se sont associées pour l’occasion, un rassemblement qui mêle notamment des syndicalistes (CGT, Solidaires, Unef, Confédération Paysanne) et des mouvements écolos (Greenpeace, Amis de la Terre, Alternatiba, 350.org). Une façon d’incarner directement le message du collectif : « Pas d’écologie sans social, et vice-versa, résume Benoit Teste, secrétaire national de la FSU (première fédération syndicale dans l’enseignement). Démontrer qu’il n’y a pas – ou qu’il n’y a plus – de contradiction entre le social et l’écologie, c’est l’objectif même de ce rassemblement ».

« Cette fois, on sort du ’’y’a qu’à, faut qu’on’’ »

Face à l’inflation des grands manifestes incantatoires, le plan a surtout pour mérite d’entrer « dans le dur », en listant 34 mesures précises, détaillées et chiffrées. « L’enjeu, c’était d’être très concret, afin d’étayer des idées qu’on a tendance à n’aborder que de manière théorique, et parfois même avec un ton surplombant ou moralisant, poursuit Benoit Teste. Cette fois, on sort du ’’y’a qu’à, faut qu’on’’. » Sur le fond, rien de bien nouveau sous le ciel de la littérature militante : on retrouve dans la boîte à outils les principales antiennes, déclinées autour des grands thèmes de la sécurité sanitaire, de la crise sociale, de la politique fiscale et de la transition écologique. À la revendication, plus conjoncturelle, de la gratuité des masques, de l’accès aux tests et de la création de 5000 emplois dans les hôpitaux publics, se mêlent des combats plus classiques pour « le renforcement des droits des travailleurs », « la réduction et la partage du temps de travail », « l’accès et le droit au logement de qualité », ou bien « l’arrêt des soutiens publics aux acteurs polluants ». Brièvement évoquées dans la mesure 5 demandant la « levée de l’État d’urgence sanitaire », les questions de violences policières et de liberté publique auraient peut-être pu mériter un peu plus d’attention.

Intitulée « ’’L’argent magique’’ existe : il suffit d’aller le chercher au bon endroit » – référence ironique à la formule consacrée par Macron – la partie sur les moyens de financement constitue probablement l’une des avancées majeures, actant des mesures importantes telles que le principe d’une dette perpétuelle à taux nul, la restauration de l’ISF ou la taxe sur les transactions financières. Et démêlant, parfois, des nœuds importants dans le dialogue entre certains des signataires : « L’idée d’un financement direct des États par la BCE, nécessaire pour sortir du diktat des marchés, n’avait jamais été formulée de cette façon, par autant d’acteurs en même temps, illustre Aurélie Trouvé. C’est ce genre d’idées qu’on veut contribuer à pousser dans le débat public. »

« C’est la première fois qu’on va aussi loin »

L’originalité ne tient pas tant à la nature des mesures proposées qu’à l’élargissement du spectre des organisations qui les soutiennent, ensemble. « Sur la régulation des entreprises ou sur la conversion écologique, c’est en effet la première fois qu’on va aussi loin », confirme Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France. Symboliquement, le nucléaire en est un très bon exemple : « Aucun investissement public ou garanti par l’État ne doit soutenir le secteur des énergies fossiles ni le développement de nouveaux projets nucléaires », établit ainsi le texte, que signe la CGT. Sur cet épineux sujet, « il n’y a pas eu de blocage, assure Julliard. Au fil des échanges, nous nous rendons compte qu’il n’y a pas tant de désaccords qu’on l’imagine. La CGT est soucieuse des 200 000 emplois liés à cette industrie en France, mais elle n’est pas une défenseuse forcenée de cette énergie par principe. C’est aussi tout l’intérêt d’une telle démarche : avec le temps, le dialogue construit de la confiance ».

Ce plan se présente comme une sorte de deuxième acte après la tribune commune publiée au début de la crise du coronavirus, intitulée « Plus jamais ça ». Les racines de cette dynamique remontent cependant plus loin dans le temps. Le mouvement des Gilets jaunes a probablement créé un terreau propice, en imposant son slogan « Fin du monde, fin du mois, même combat ». Les premières graines ont été véritablement plantées au contre-G7 d’Hendaye, l’été dernier. « Ce fut la toute première fois que je rencontrais Philippe Martinez, raconte Jean-François Julliard. Nous n’avions jamais échangé auparavant. »

« Il n’y aura pas de gauche et d’écologie au pouvoir sans mouvements sociaux pour faire avancer la bataille culturelle »

Un petit noyau, articulé autour d’Attac, Greenpeace et la CGT, se forme, qui débouche sur un premier « appel pour la justice sociale et le climat », publié en janvier, juste avant le Forum de Davos, auquel se joignent cinq autres organisations, parmi lesquelles Oxfam, le syndicat Solidaires ou la Confédération paysanne. Depuis, la base s’est encore élargie, au point de ne pouvoir soutenir toutes les velléités de ralliement. En l’état actuel, on pourra toutefois regretter l’absence de mouvements de terrain, aux formes moins instituées, tels que le Collectif Inter-urgences, incontournable dans les hôpitaux, ou le comité Adama. La porte est loin d’être fermée, au contraire : « Le plan n’est pas figé, il est évolutif. Ce travail a vocation à s’inscrire dans le temps, et à générer des débats locaux », répond Aurélie Trouvé.

Reste l’épineuse question des partis politiques. Mercredi 20 mai, une grande réunion virtuelle s’est tenue avec les directions d’une dizaine de formations représentant un éventail plutôt exhaustif de la gauche, du Parti socialiste jusqu’au NPA, avec la France insoumise et EELV. Un dialogue qui n’augure pas, pour autant, d’une dynamique commune : « Nous ne serons pas le lieu de recomposition politique, si tant est que celle-ci puisse exister », assure Aurélie Trouvé. Une erreur qui se révélerait même contreproductive, à l’en croire : « Nous avons vocation à verser ces idées au débat, et à les faire infuser. Mais il n’y aura pas de gauche et d’écologie au pouvoir sans mouvements sociaux qui pèsent pour faire avancer la bataille culturelle. »

Barnabé Binctin

Photo : © Jean de Peña

- Pour consulter ou télécharger « le plan de sortie de crise »

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