Santé publique

Perturbateurs endocriniens : le gouvernement va-t-il céder à la pression des lobbys ?

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Le gouvernement français osera-t-il interdire les perturbateurs endocriniens (PE), ces polluants qui – même à des doses infimes – peuvent perturber le système hormonal et provoquer certains cancers, des dysfonctionnements du système nerveux ou encore engendrer des problèmes de reproduction ? Rien n’est moins sûr. Le texte de la « stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens » (SNPE) est pour le moment bloqué au ministère de l’Écologie. Rédigé par un groupe de travail comprenant des représentant des ministères, des élus nationaux et européens, des représentants de l’industrie, des chercheurs et des ONG, ce document est censé déterminer des actions de recherche, d’expertise, d’information du public, et de réflexion sur le cadre réglementaire. C’est sur ce dernier point que les tensions se cristallisent.

Concernant les produits phytosanitaires et biocides, le texte propose de pouvoir « réviser les critères d’exclusion » de certaines substances après une étude d’impact. Cette étude pourrait considérer comme pertinent le « seuil » de dangerosité, cette quantité de produit en deçà de laquelle il est considéré comme inoffensif. L’exclusion des pesticides reconnus PE ne serait plus actée a priori, mais après une évaluation du risque.

Cette proposition tranche avec l’avis des parlementaires européens qui ont souligné, en mars dernier, que, en l’état actuel des connaissances, on ne pouvait établir de valeur limite pour les perturbateurs endocriniens : les PE peuvent avoir des effets indésirables qu’elle que soit la quantité, estiment-ils. Le règlement européen qui encadre la mise sur le marché des produits phytosanitaires se base lui aussi sur la dangerosité intrinsèque des pesticides reconnus PE.

Dérogations autorisées

Le projet de texte propose par ailleurs que si des producteurs se déclarent en « impasse technique », c’est-à-dire incapables de se passer du produit (même PE), ils pourront l’utiliser ! On resterait ainsi dans une tradition bien française de dérogations, comme sur l’épandage aérien, contraire à tous les grands principes de précaution édictés au niveau national et européen. « Nous dénonçons aujourd’hui l’entêtement des ministères à vouloir à tout prix laisser dans le texte de la future SNPE cette disposition soutenue par le seul MEDEF et qui vise seulement à céder aux pressions de groupes de pression agricoles et agrochimiques », déclare François Veillerette, porte-parole de Générations futures. Le message est transmis au ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, qui ne manquera sans doute pas de plaider la défense du principe de précaution auprès des professionnels du secteur, puisqu’il veut faire de la France le leader européen de l’agro-écologie...

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