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Solidarité internationale

Pas de casques bleus pour les Tamouls

par , Julien Brygo

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Les Tamouls ont multiplié les actions pour attirer l’attention sur la guerre civile et les exactions en cours au Sri Lanka. Leur mobilisation n’a pas été vaine. Onu, Union européenne et Quai d’Orsay commencent lentement à s’inquiéter du sort des dizaines de milliers de civils coincés entre les bombardements de l’armée gouvernementale et une guérilla aux abois. Images de Tamouls de France et retour sur un épineux conflit.

Photo : © Julien Brygo

Sur l’esplanade du Trocadéro, une bonne centaine de Tamouls crient de plus en plus fort. Leurs pancartes dénoncent « la destruction du peuple tamoul ». Selon l’Onu, l’intensification des combats entre l’armée et paramilitaires d’un côté et guérilla tamoule de l’autre a fait 2800 morts depuis début janvier au Sri Lanka. L’île est secouée par une guerre civile chronique depuis 1983. Elle oppose les « tigres tamouls » [1] au gouvernement de Colombo. Les raisons du conflit : la guérilla réclame le droit à l’autodétermination pour les 3 millions de Tamouls hindouistes (environ 20% de la population), vivant principalement au nord de l’île, face à la majorité cinghalaise et bouddhiste. Une indépendance qui ne ferait ni l’affaire du Sri-Lanka, ni celle de l’Inde, qui compte un Etat majoritairement Tamoul, le Tamil Nadu (Madras), et tente d’éviter la contagion séparatiste.

Après un quart de siècle de guerre et six années d’infructueuses négociations de paix, le gouvernement de Colombo tente d’éradiquer définitivement la guérilla. A n’importe quel prix et quels que soient les « dégâts collatéraux », semble-t-il. C’est le gouvernement lui-même qui a rompu il y a un an le cessez-le-feu proclamé en 2002 entre les belligérants. Depuis le 6 avril, la diaspora tamoule d’Île-de-France sort manifester et demande à la communauté internationale d’intervenir pour imposer un nouveau cessez-le-feu, venir en aide à la centaine de millier de personnes coincée dans la zone de combat et faire respecter le droit à l’autodétermination. Après une manifestation sur le parvis des droits de l’Homme, quatre tamouls ont entamé le 8 avril une grève de la faim devant l’Ecole militaire, près du Champ de Mars.

L’un des grévistes de la faim est allongé sous une couverture. Amateur de football, il s’en prend au PSG. « Un peuple va être rayé de la carte et les Français regardent le foot ! Si le PSG joue mal, on va en parler à la télévision et ça va même faire la une du Parisien. Je suis étonné de ce silence au pays des droits de l’Homme », proteste Shanmugarajah Naraneethan, 26 ans. L’ONG Human Rights Watch craint que l’offensive gouvernementale ne se transforme en « crime de guerre » au vu des moyens militaires « disproportionnés » qui sont engagés. Au-dessus de la tente des grévistes, le général Foch regarde la scène en sauveur statufié. Lui aussi s’y connaît en offensives et en pilonnages à outrance.

Rajamalar, 55 ans, caissière dans le cinquième arrondissement de la capitale, est arrivée en France l’année des pogroms anti-Tamouls à Colombo, en 1983 [2]. Dans sa main gauche, elle sert fermement sa pancarte, « quand s’arrêtera cette guerre ? ». Elle rappelle que la préfecture de police de Paris avait interdit la manifestation des Tamouls le 7 avril dernier, embarquant plusieurs dizaines de militants dans leurs fourgons.

Sur une autre pancarte figure le nom du fondateur et leader de la guérilla des tigres tamouls : Velupillai Prabhakaran (« Pirabakaran » sur la pancarte). Un chef incontesté et incontestable. Connu pour ses méthodes expéditives contre toute forme d’opposition ou concurrence politique au sein de la minorité tamoule, l’homme est loin d’être un saint. Il a notamment empêché l’émergence d’une « société civile » tamoule pendant la précaire période de paix. Les « tigres » ont également eu recours au recrutement d’enfants soldats. Mais les exactions et l’intransigeance de la guérilla ne justifient pas le bombardement de dizaine de milliers de civils, ni que les droits politiques d’une minorité ne soient bafoués.

Le 20 avril à la gare du Nord, les Tamouls ont crié trop fort. Résultat : 210 interpellations et, enfin, un vague échos dans les médias. La diplomatie française et européenne se met lentement en branle. La France n’a pas de centrale nucléaire à vendre à Colombo. A quoi bon se presser. Il y a deux ans, un certain Bernard K, représentant l’Union européenne au sein du « Groupe indépendant international d’éminentes personnes » dépêché dans l’ancienne colonie britannique, dénonçait l’indifférence : « La guerre est repartie au Sri Lanka mais tout le monde s’en fiche au sein de la communauté internationale et les ONG étrangères ne peuvent pas travailler parce qu’elles se font intimider. » Aujourd’hui ministre, il doit cette fois montrer qu’il ne s’en fiche pas. Une mission humanitaire s’apprête à partir pour le Sri Lanka. Le ministre devrait s’y rendre le 29 avril en compagnie de diplomates britanniques et suédois. Mieux vaut tard que jamais… Reste qu’une aide humanitaire ne signifie ni arrêt des combats, ni solution négociée pour une véritable paix.

Photos : Daniel Maunoury et Julien Brygo

Texte : Julien Brygo et Ivan du Roy

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