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Mouvement étudiant

Partiels annulés, examens aménagés : où en est la situation dans les facs ?

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Après des blocages et des occupations d’intensité variable, la mobilisation étudiante se poursuit en cette période d’examens. La tension est montée d’un cran avec le blocage et l’annulation de certains partiels, mais aussi l’intervention des forces de l’ordre sur plusieurs sites. Le gouvernement et la plupart des directions universitaires rejettent pour l’instant la possibilité d’une fin d’année aménagée, et entendent organiser coûte que coûte les partiels, espérant mettre un terme au mouvement contre l’instauration d’une sélection encore plus stricte à l’université.

Presque tous les jours depuis la rentrée des vacances de Pâques, des examens sur table sont annulés en raison d’actions de blocage des centres d’examens par les étudiants mobilisés contre la loi dite « orientation et réussite des étudiants » (ORE) et le système Parcoursup. Ces dispositifs transforment en profondeur les modalités d’accès à l’enseignement universitaire, en instaurant notamment des logiques de sélection aux contours opaques. L’action la plus médiatisée a été le blocage des partiels délocalisés des étudiants de Nanterre et de certains étudiants de Sciences Po Paris à Arcueil (Val-de-Marne) le 11 mai. Près de 200 étudiants mobilisés ont été soutenus par des cheminots et des postiers en grève. Un député de la France Insoumise, Eric Coquerel, était également présent et n’a pas échappé au gaz lacrymogène des CRS.

De telles mobilisations ont également eu lieu entre autres à Paris 1, Paris 4, Paris 8, Lyon 2, Aix-Marseille, Nantes ou encore Rennes 2, menant souvent au report ou à l’annulation des examens sur table dans certaines formations. Le 23 mai, 20 % des partiels ont été reportés à la faculté de lettres de Paris 4 et Paris 6. Rien qu’en Ile-de-France, plus de 80 épreuves auraient été annulées ou boycottées à la date du 28 mai selon une tribune d’étudiants et de personnels universitaires. Lors de certains partiels, des votes ont été organisés, devant les salles ou à l’intérieur, pour débattre de la participation aux examens. « Dans l’immense majorité des cas, quand un tel vote est organisé, l’annulation du partiel l’emporte et la majorité des étudiants quittent la salle », explique un étudiant mobilisé à Paris 4. Parfois, comme à Lille ou à Paris 1, les étudiants inscrivent tout simplement qu’ils sont en grève sur leurs copies.

Pourquoi faire annuler les examens ?

Au-delà de la volonté de faire annuler les partiels, les arguments des dits « bloqueurs » sont peu relayés. Pour eux, boycotter, bloquer ou faire annuler des examens ne serait pas une fin en soi, mais un moyen de lutter au service de l’égalité d’accès à l’enseignement supérieur. Ce mode d’action a pour objectif de permettre la poursuite du mouvement après les multiples interventions policières dans les universités, et de ne pas pénaliser les étudiants mobilisés qui n’ont pas pu travailler leurs examens. Mobilisés ou non, de nombreux étudiants ont été pénalisés par les fermetures des bibliothèques et les annulations de cours, à cause d’occupations ou de décisions des directions universitaires. Comment, dans ces conditions, leur permettre d’obtenir, malgré tout, leurs examens ?

Nombre d’étudiants, « pro-blocage » comme « anti-blocage », dénoncent un « climat anxiogène » avec une présence policière renforcée depuis le début des examens. Autour et dans les centres d’examens, les forces de l’ordre vont parfois jusqu’à fouiller les étudiants. Ceux-si sont nombreux à dénoncer des délocalisations lointaines des salles d’examens. La grève des cheminots et le manque de communication des universités compliquant aussi l’organisation des déplacements jusqu’aux nouveaux lieux.

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Passage en force du gouvernement

Légalement, quatre modes d’évaluation existent : les devoirs sur table – aussi appelés partiels –, les oraux, le contrôle continu (soit les notes obtenues au fil de l’année), et les examens à distance, autrement dit les devoirs « à la maison », en ligne ou non. Le choix d’avoir recours à telle ou telle alternative revient aux présidents d’universités. Pour le moment les directions ont surtout opté pour le recours à des épreuves en ligne comme à Montpellier 3. A Nanterre, en plus des examens en ligne, des étudiants font également des devoirs maison au format papier. A Paris 1 des examens oraux sont organisés.

La ferme volonté de maintenir les partiels de la part des directions universitaires et du gouvernement – « pas d’examens en chocolat », selon la formule infantilisante d’Emmanuel Macron – est dénoncée par les opposants à la loi ORE. « Les partiels sont utilisés comme une arme contre le mouvement, pour empêcher les étudiants de se mobiliser », explique un étudiant de l’université Paris 4. Beaucoup ont dû adapter leur emploi de temps au dernier moment en raison des délocalisations. La situation est particulièrement complexe pour les étudiants salariés qui doivent parfois poser un jour de congé pour passer des examens sur table, avec le risque que ceux-ci soient reportés ou annulés.

Une solution alternative à l’université Lyon 2

Une obstination qui contraste avec la solution retenue le 18 mai par l’Université Lyon 2. Après avoir annulé dans un premier temps les examens sur table, l’université a choisi de prendre en compte la moyenne des notes obtenues tout au long de l’année en contrôle continu, pour les étudiants inscrits en première ou en seconde année de licence. Ceux n’ayant pas obtenu de notes pendant l’année se verront proposer une « modalité alternative » d’évaluation. Les étudiants en troisième année de licence et en master passeront un devoir à la maison.

Aujourd’hui, une partie des étudiants mobilisés réclame que leur moyenne du second semestre soit celle du contrôle continu, et qu’elle soit améliorable en rendant facultatifs les examens en ligne afin de ne pénaliser personne. D’autres exigent la validation de leur semestre avec une note de 10 sur 20 au minimum, améliorable par la suite. Pas de « diplômes en chocolat » mais des possibilités mises sur la table par certaines universités et par les étudiants, dans le cadre d’un combat pour l’effectivité du droit à la mobilisation dans les universités.

Mathieu Paris

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