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Parcoursup : le gouvernement entretient l’opacité sur le taux de satisfaction

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Parcoursup fait-il finalement mieux que le système précédent, « admission post-Bac » (APB) ? C’est ce que clamait début juin la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal : « À ce jour, 73,5 % des candidats ont eu une proposition, soit environ 589 000 candidats. À cette époque l’année dernière, aucun candidat n’avait encore de réponse sur APB. »

La ministre de l’Enseignement supérieur, dont le tweet date du 4 juin, a beau jeu de prétendre qu’« à cette époque l’année dernière, aucun candidat n’avait encore de réponse sur APB ». Logique : le système précédent n’avait pas encore délivré ses réponses...

APB vs Parcoursup

Alors que débutent les épreuves du bac, et que les lycéens ont planché lundi 18 juin sur la philo, dont le sujet « Peut-on renoncer à la vérité ? », qu’en est-il ? Le 17 juin, soit un mois après les premières réponses délivrées par Parcoursup, 78,5 % des potentiels bacheliers avaient reçu au moins une réponse positive, mais 165 000 (soit 20,3 %) n’ont reçu que des réponses négatives ou restent en attente d’une première proposition. En comparaison, à l’ouverture, le 8 juin 2017, de la première phase d’« admission post-Bac » (APB), plus de 80 % des candidats avaient reçu une proposition d’admission.

En apparence, le taux de proposition semble donc similaire, avoisinant pour chacun des deux systèmes les 80 % à la mi-juin. C’est oublier un critère décisif : le taux de satisfaction. Car les propositions correspondent-elles vraiment aux souhaits réels des futurs étudiants ?

La disparition du taux de satisfaction

Un an plus tôt, le 8 juin 2017, via APB, près d’un futur étudiant sur deux (48 %) voyait leur premier vœu satisfait dès le premier jour – et 53,4 % au terme de la procédure. Avec des différences selon les filières, 62,6 % des bacheliers généraux décrochaient leur premier vœu, de même que 49,5 % des bacs technologique et 40 % des bacs pro. Le taux de satisfaction était donc relativement bon.

Pour l’instant, avec Parcoursup, seuls 42,3 % des candidats ont accepté définitivement l’une des propositions qui leur a été faite. Près d’un tiers (31,3 %) ont reçu au moins une proposition sans l’avoir définitivement validée. Mais on ne sait pas dans quelles proportions ces acceptations se font par choix ou par dépit. Car à la différence d’APB, l’algorithme de Parcoursup ne prend pas en compte de hiérarchie des vœux, classés par les candidats.

Sans cette donnée, comment savoir combien ont obtenu l’une de leur filière véritablement souhaitée ? Combien ont accepté une proposition par défaut, par crainte d’attendre trop longtemps et de risquer de se retrouver sans aucune place nulle part ? Il ne serait pas impossible de connaître ce taux de satisfaction puisque, durant la procédure Parcoursup, les élèves ont dû obligatoirement indiquer leur vœu favori dans un onglet « Préférence ».

Cette donnée, non transmise aux établissements, doit servir au rectorat lors de la phase complémentaire, à partir du 26 juin, pour envoyer une proposition personnalisée aux étudiants sans propositions d’admission. Chaque candidat y a indiqué sa préférence dans un petit texte précisant soit un type de formation (licence, BTS…), un domaine de formation (histoire, anglais, biologie…) ou une formation (licence d’Histoire à Paris I, école d’architecture à Lyon…). Synthétisées, ces données permettraient d’avoir une première image des vœux acceptés définitivement par les lycéens.

Une opacité voulue par le gouvernement

L’autre problématique, éludée par la communication gouvernementale, est celle du renforcement des inégalités sociales par la nouvelle plateforme. À la transparence, pourtant demandée par certains partisans de la réforme, le gouvernement a répondu en publiant l’algorithme national de Parcoursup. Or, ce sont dans les algorithmes locaux, dans chaque établissement, que résident les différents critères de sélection, y compris pour des filières non-sélectives.

Cette opacité est voulue : elle a été introduite dans la loi par un amendement du gouvernement juste avant la fin de la procédure législative, en février. Résultat : seulement certaines directions universitaires ont dévoilé leurs critères dans telle ou telle formation, comme à l’université Paris-Descartes, où le taux de réussite au bac du lycée d’origine a été pris en compte par l’algorithme local pour classer les candidats. Le 11 juin, Daniel Fasquelle, député LR, a ainsi annoncé son intention de déposer une proposition de loi pour exiger la transparence des algorithmes.

Les données publiées par le ministère ne permettent donc pas d’évaluer d’éventuelles disparités géographiques ou entre filières. Dès l’ouverture de la première phase de Parcoursup, des lycéens et des enseignants de banlieue ont dénoncé les discriminations subies par les élèves, conduisant notamment à des actions de blocages de lycées. Dans ce reportage, l’hebdomadaire Politis explique que ces premiers résultats d’affectation laissent beaucoup de jeunes en attente, surtout ceux issus de lycées de banlieue ainsi que les élèves en filières professionnelle et technique. Une source d’inquiétude et d’angoisse à quelques jours du bac, que racontent ces témoignages de professeurs dans une autre enquête publiée par Médiapart.

Faire oublier les universités saturées

Le ministère réfute toute discrimination, la réforme irait, selon lui, dans le sens d’une « démocratisation » de l’enseignement supérieur avec l’instauration de taux de boursiers minimum à l’entrée des formations, et d’un taux d’acceptation maximum pour les bacheliers hors secteur. Mais, pour l’instant, aucune donnée précise sur le sujet n’est communiquée. Il est donc impossible de réaliser des comparaisons avec le système précédent.

Un sondage pourrait également permettre d’estimer le taux de satisfaction des élèves vis-à-vis de Parcoursup, ou au moins le pourcentage de candidats considérant avoir obtenu le vœu qu’il préférait. Si cette méthode est imparfaite, cela livrerait un élément de comparaison avec APB, avant des études plus larges intégrant des variables sociales et géographiques. Tout cela ne doit en tout cas pas faire oublier, que cette sélection, « solution » au tirage au sort instrumentalisé pour préparer la réforme (voir l’article d’Arrêt sur Images ici), n’est que le résultat du manque de moyens alloués à des universités saturées.

- Pour bien comprendre le système Parcoursup, lire aussi notre précédent article : Parcoursup : un algorithme absurde qui renforce les inégalités sociales.

Photo : manifestation étudiante et lycéenne le 16 mai à Paris / © Serge d’Ignazio

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