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Documentaire

Ouaga girls : « Aucun métier ne devrait être interdit aux femmes »

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Avec Ouaga girls, son premier long métrage documentaire qui sort en salle le 7 mars, la réalisatrice suédoise Theresa Traore Dalberg revient sur les terres de son enfance, le Burkina Faso, pour nous plonger au cœur des rêves d’un groupe de jeunes femmes de Ouagadougou, qui suivent une formation en carrosserie et mécanique dans un centre d’apprentissage. Mettre les mains dans le cambouis, c’est espérer trouver une place dans la société tout en bousculant les mentalités. Un film fort sur la jeunesse, l’espoir et l’émancipation des femmes burkinabées.

En intégrant, à Ouagadougou, le Centre féminin d’initiation et d’apprentissage aux métiers (CFIAM), Chantale, Bintou, Dina, et leurs amies n’ont pas choisi la voie la plus facile : autour d’elles, on n’imagine pas la place des femmes dans un garage, poussant des voitures ou ponçant des carrosseries. De la discussion chez la coiffeuse aux échanges avec leurs pairs masculins, les jeunes femmes doivent faire face à de l’étonnement mêlé de perplexité. La tôlerie-peinture, est-ce vraiment un métier pour femmes ? N’est-ce pas un métier trop fatiguant, qui demande de la force ? « Nous aussi, on a la force », répond tout naturellement l’une d’elles.

Face aux injonctions patriarcales, ces Burkinabés résistent, combattent les représentations erronées, cherchent des modèles féminins qui ont réussi à se frayer un chemin dans ce milieu d’hommes. Pour certaines, la mécanique est une vraie passion. C’est aussi une manière de s’émanciper de la famille et du conjoint, de préserver son indépendance. « S’il arrivait qu’un jour tu veux que je laisse mon travail, alors on ne va pas se marier » répète Dina à son fiancé. Pour d’autres, la formation est un moyen de poursuivre des rêves plus aventureux comme devenir chanteuse, ou une solution terre à terre pour s’en sortir face à un avenir incertain.

Ouaga girls - bande annonce de Juste Doc sur Vimeo.

Un documentaire initiatique

Pour ces jeunes femmes, le CFIAM devient dès lors un sas, un moment de pause et de transition entre leur jeunesse et leur vie d’adulte. Entre les murs du centre, où les voitures et les motos ne sont que carcasses, à l’abri du monde, de la ville et de la gente masculine, elles s’adonnent à des jeux enfantins et se prennent à rêver d’une vie meilleure. Ces instants de légèreté où le temps semble être suspendu, la réalisatrice les filme avec patience, calme et lenteur, ce qui vient contrebalancer les images de la ville en flux tendu, avec voitures et scooters sans cesse en mouvement, dans un brouhaha étouffant.

Si l’école les maintient dans un cocon tout en les préparant à affronter le monde extérieur, leurs réalités personnelles et familiales viennent les rappeler à l’ordre. Des scènes d’entretien dans le bureau de la psychologue scolaire complexifient et nuancent le propos du film : enfants à charge, parents absents, difficultés à faire leurs devoirs à la maison et problèmes financiers noircissent le tableau. Ces jeunes femmes qui ont la force, mais que l’on découvre malmenées par la vie, puisent finalement toute leur énergie dans le groupe qu’elles constituent.

Une ode à l’empowerment féminin

Ouaga girls nous emplit d’inspiration en nous montrant combien, ensemble, les femmes peuvent prendre confiance en elles, trouver de la conviction et du courage pour agir. Ces moments de creux au garage sont l’occasion d’instants d’intimité et d’affection entre elles, d’où émane une véritable sororité. Des intentions de réalisation fortes, de la mise en scène et des effets de style empruntés à la fiction (ralentis, travelling, musiques entraînantes) renforcent à l’image le lien qui les unit et le cran dont elles font preuve. Les apprenties se libèrent des carcans et font ce que bon leur semble, bouleversant les contours de la féminité. Non, rien n’empêche de frotter des carrosseries en bleu de travail et ballerines à paillettes ou de parodier des défilés de mannequins en talons pendant les pauses.

Quant à l’enseignement moral qu’elles reçoivent dans leur formation pluridisciplinaire, elles s’en émancipent également pour mener leur vie de jeunes femmes comme elles l’entendent. Après tout, le CFIAM n’est qu’un coup de pouce, une parenthèse. Pourtant, malgré la vitalité qui émane du groupe, une impression de fragilité persiste. Le traitement des personnages, qui restent insaisissables, participe à un sentiment d’incertitude. Sensation que la remise des diplômes, qui vient clore le film et quatre années de formation, ne dissipe pas : il ne reste qu’à faire confiance à ces femmes, riches de leur expérience, pour s’élancer au mieux dans l’avenir.

Ouaga girls, sortie en France le 7 mars 2018
Documentaire de 83 min
Suède, France, Burkina Faso, Qatar
Réalisation : Theresa Traore Dahlberg
Production : David Herdies (Momento film)
Distribution France : Juste distribution
Sortie en Suède le 25/08/2017
Voir ici le site internet officiel.


Les Lucioles du Doc
Ces chroniques mensuelles publiées par Basta ! sont réalisées par le collectif des Lucioles du Doc, une association qui travaille autour du cinéma documentaire, à travers sa diffusion et l’organisation d’ateliers de réalisation auprès d’un large public, afin de mettre en place des espaces d’éducation populaire politique. Voir le site internet de l’association.

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