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Notre-Dame-des-Landes : infos et intox autour d’un présumé « moratoire »

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« Tous, grévistes ou soutiens, avons vécu un mois inoubliable, quelque chose d’inouï dans une vie militante. » Après vingt-huit jours de grève de la faim, les opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes viennent d’obtenir la suspension des expulsions. Face aux erreurs et à l’intox autour de cet aéroport, une militante revient sur ce qui a été obtenu au terme de cette grève et sur la mobilisation du comité de soutien.

Contrairement à ce qui est affirmé dans Le Monde, ce qui a été obtenu n’est absolument pas un moratoire, c’est-à-dire une suspension du projet jusqu’à réexamen sur le fond, suivi d’une nouvelle procédure de décision.
Ce n’est pas non plus le gel des expropriations et expulsions exigé par les grévistes de la faim et leur comité de soutien : seulement la garantie de l’État (par le biais des collectivités locales) et du concessionnaire qu’il n’y aura pas d’expulsions pour les paysans, propriétaires et habitants installés avant février 2008 (date de la déclaration d’utilité publique) ayant refusé l’accord amiable avec Vinci, jusqu’au rendu des recours déposés avant le 4 mai 2012 auprès des juridictions françaises (hors tribunal administratif), les juridictions européennes étant exclues.

Cela peut sembler bien peu, et très restrictif, et pourtant c’est considérable.
D’abord parce que c’est notre première victoire. Nous n’avions jamais rien obtenu depuis le départ (sauf coups, gazages, condamnations diverses, insupportable harcèlement au quotidien des flics, de Vinci). Nous n’avions même jamais obtenu la discussion sur le fond de nos arguments dans une ou des confrontations loyales avec les porteurs du projet alors que nous avions eu des centaines de réunions d’échange avec les populations locales, que nous avions convaincues.

C’est aussi la reconnaissance de l’existence de recours (qui ont des chances sérieuses d’aboutir, et il semble que cela a un peu interpellé l’entourage de Hollande). Jusqu’ici, le discours de Jean-Marc Ayrault (maire de Nantes, député socialiste, ndlr) était que « c’était plié, que tous les recours avaient été tentés et perdus » : en fait il parlait des deux recours « normaux » contre la DUP (déclaration d’utilité publique, ndlr) perdus en 2007 et en 2008, car nous n’avions pas à l’époque les éléments qu’a fait surgir l’enquête indépendante du cabinet CE Delft. Jean-Marc Ayrault feignait d’ignorer les divers recours que nous avions déposés depuis (et qu’il espère toujours nous voir perdre, très probablement à tort).

C’est aussi un répit de deux ans pour les agriculteurs concernés, qui vivaient une situation insupportable psychologiquement et pratiquement, et qui peuvent poursuivre leur exploitation, sur des terres situées à des emplacements stratégiques (future piste nord, tour de contrôle...). Même si l’arrêt des travaux ne figure pas sur le papier, c’est de fait presque un gel, le début de ces derniers devient très difficile, y compris politiquement. Rappelons que AGO/Vinci est déjà propriétaire sur la ZAD des terres acquises au cours des quarante dernières années par le conseil général, et que ce dernier lui a rétrocédées ; c’est l’une de nos difficultés.
Si les squatteurs ne sont pas pris en compte (ce qui était totalement impossible à obtenir par écrit dans une bagarre à dimension juridique), et qu’ils sont expulsés, d’autres endroits de la ZAD permettront leur accueil.

C’est aussi une immense victoire idéologique et médiatique. Le mouvement de grève (vingt-huit jours) et l’intense travail d’explication mené sous le barnum auprès des visiteurs et des médias a fait basculer bien des Nantais, des journaux, jusqu’ici indécis ou favorables au projet. Nous avons acquis un capital de sympathie bien au-delà de ce que nous pouvions imaginer avant le déclenchement de la grève de la faim.

C’est donc dans de bien meilleures conditions que nous allons poursuivre notre lutte, dans l’immédiat contre les expropriations, dont la procédure va se poursuivre, avec les visites sur le terrain du juge chargé des estimations.
Nous avons gagné deux ans (peut-être au-delà… et rien n’est fait pour l’instant sur la compensation des zones humides), dans une stratégie constante, assumée, où nous essayons de retarder le plus possible ce projet. Nous sommes convaincus qu’il deviendra de plus en plus difficile à réaliser car il apparaîtra de plus en plus fou dans le contexte de crise financière, écologique, climatique qui est la nôtre actuellement. Nous vivrons son abandon, et celui d’autres grands projets inutiles imposés.

Il aura fallu quinze jours pour que les élus des collectivités territoriales écrivent aux grévistes pour les assurer qu’ils partagent leurs valeurs (!), les priant de ne pas mettre leur santé en péril, et vingt-sept jours pour que le secrétaire fédéral du PS 44 se déplace square Daviais au campement des grévistes... Leurs discours compassionnels, leurs affirmations sur leur « sens du dialogue » ne peuvent nous faire illusion, et Jacques Auxiette, président PS de la Région Pays de Loire, vend la mèche sur ses intentions en exprimant tout son mépris des opposants : « Nous avons fait un geste réel concernant le traitement humain de l’étape délicate des expulsions, étape ultime des expropriations légales. Mais, passés les quelques recours engagés, la construction de l’aéroport se poursuivra. » Qu’il le croie ! Citoyens responsables, nous surveillerons nos élus, présents et futurs. Dans chaque réunion électorale pré-législatives, partout en France, des militants interpelleront les candidats sur le projet d’aéroport. La lutte continue !

Tous, grévistes ou soutiens, avons vécu un mois inoubliable, quelque chose d’inouï dans une vie militante... Michel a dit mardi soir lors de la « première soupe » (le bouillon de légumes public marquant la fin de la grève) qu’il avait pendant ces vingt-huit jours vécu « de [notre] amour et d’eau fraîche ». Je tiens à redire encore une fois merci à tous. On ne lâche rien !

Geneviève Coiffard-Grosdoy, militante d’Attac, le 10 mai 2012.

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