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Municipales : la poussée des écologistes et des listes d’alliance à gauche contrariée par le coronavirus

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Rarement une soirée électorale n’a connu aussi peu d’effusions de joie. Face à la crise sanitaire de grande ampleur, l’heure n’est pas à la célébration pour les gagnants du premier tour. Parmi eux, les écologistes et les listes d’union des gauches.

Il est toujours difficile de tirer de grands enseignements politiques des scrutins municipaux, en raison des contextes locaux très différenciés. Cette fois, c’est une crise sanitaire mondiale qui rend la tâche ardue, pour ne pas dire impossible : le coronavirus. Alors que la France est passée au « stade 3 » de l’épidémie samedi soir, les élections municipales se sont cependant tenues, avec une faible participation (à 45 %, environ 20 points de moins qu’en 2014). Il n’est pas sûr que ce premier tour débouche sur un second, dimanche prochain.

La tendance, ces dernières heures, est à un report, avec en plus la probable annonce de mesures de confinement plus strict dans les jours qui viennent. La plupart des responsables politiques ont, à l’annonce des résultats, plaidé en faveur d’un report des élections. Avant même de connaître les scores électoraux, François Ruffin s’est prononcé en ce sens, sur Twitter : « Avec une abstention record, avec une campagne impossible, maintenir [le second tour] serait mauvais pour la santé des citoyens, mais aussi pour celle de la démocratie. » Des plateaux télé jusqu’aux estrades des quartiers généraux désertés, un enjeu a monopolisé les prises de parole : la propagation du Covid-19. « Priorité absolue au coronavirus, notre boussole doit être la santé publique. L’épidémie écrase tout commentaire politique », estimait ainsi Julien Bayou, secrétaire national d’EELV.

« C’est une erreur monumentale d’avoir maintenu ces élections »

Médecin généraliste à Abbeville (Somme), et candidat non-encarté sur la liste citoyenne de rassemblement à gauche « Abbeville demain, Abbeville debout ! » – arrivée troisième avec 20 % des voix –, Julien Burnay ne mâche pas ses mots, quant à la tenue de ce premier tour : « C’est une erreur monumentale d’avoir maintenu ces élections. Toutes les données épidémiologiques sont catastrophiques, nous manquons cruellement de moyens, et on est au-devant d’une crise sanitaire très sérieuse ! Et au final, si le second tour ne se fait pas, le premier n’aura servi à rien, si ce n’est à propager encore plus le virus… »

Le report du second tour, s’il se confirmait, pourrait-il entraîner l’annulation complète du premier tour ? C’est ce que laisse entendre le constitutionnaliste Jean-Philippe Derosier, interrogé à ce sujet hier soir sur BFM TV. Dans ce contexte assez surréaliste, analyser des résultats qui pourraient bien se trouver tout bonnement invalidés dans quelques jours est une gageure. Quel que soit l’avenir réservé au scrutin du 15 mars, il apporte cependant des enseignements intéressants sur les dynamiques politiques en cours.

LREM s’effondre

D’abord, il confirme l’effondrement, dans les urnes, de la majorité présidentielle : le bilan de la République en marche est très mauvais au soir de ce premier tour, avec peu de candidats en position de force dans les grandes villes. À Paris, Lyon, Lille, Bordeaux, Rennes, Grenoble, Rouen, les listes LREM ne finissent qu’en troisième position, bien souvent distancées avec des scores nettement en-deçà des attentes. Le parti d’Emmanuel Macron peut certes se targuer de sauver les meubles avec l’élection de certains de ses ministres dès le premier tour, comme Gérald Darmanin (Budget) à Tourcoing, Franck Riester (Culture) et Sébastien Lecornu (Collectivités territoriales) à Coulommiers (Seine-et-Marne) et Vernon (Eure). Au Havre, ville où il avait été élu dès le premier tour en 2014, le Premier Ministre Édouard Philippe arrive en tête avec 43 % mais demeure menacé face au communiste Jean-Paul Lecoq. Un symbole de la fragilisation du macronisme.

Le RN piétine

Autre enseignement, le Rassemblement national ne confirme pas l’essai, après les élections municipales de 2014 qui l’avaient vu prendre plusieurs villes. David Rachline à Fréjus, Robert Ménard à Béziers, Steve Briois à Hénin-Beaumont et Fabien Engelmann à Hayange sont réélus dès le premier tour. Des victoires qui masquent une réalité nettement plus contrastée, selon Erwan Lecoeur, politologue spécialisé sur l’extrême-droite française : « Les fiefs du FN sont très difficiles à combattre car on y mène des politiques très clientélistes, mais pour autant, cette élection montre que le RN est incapable de conquérir de nouvelles villes… On nous annonçait 15 ou 20 nouvelles prises, on en paraît bien loin au soir du premier tour ! »

À Perpignan, une ville ciblée de longue date par le RN, Louis Aliot finit nettement en tête, avec 35 %, mais avec 3700 voix en moins comparé à 2014. Reste à savoir quelle stratégie adopteront ses adversaires. La liste du maire sortant LR arrive deuxième avec 18 % devant la liste EELV, créditée de 14 % de voix. À Denain (Nord), le porte-parole du RN, Sébastien Chenu, échoue dès le premier tour face à la maire socialiste sortante.

« Une vraie poussée en faveur des écologistes »

À gauche, si le PS parvient à se maintenir dans plusieurs grandes villes qu’il dirige, la principale progression est à mettre au crédit des forces écologistes et des listes de rassemblement. Lyon, Bordeaux et Strasbourg en sont les preuves les plus éclatantes. Les trois candidats écologistes finissent en tête, même si les jeux d’alliance peuvent encore faire basculer le scrutin en cas de second tour. À quelques points d’être réélu dès le premier tour, la liste conduite par Eric Piolle confirme sa dynamique à Grenoble. Il ne devrait bientôt plus être l’unique écologiste à la tête d’une grande ville : à Besançon et à Tours, les listes écologistes de rassemblement ont obtenu une confortable avance. Idem à Lorient, où la liste EELV-PC-PS-Place Publique termine en tête. Deuxième derrière le maire sortant Jean-Luc Moudenc, la liste Archipel Citoyen à Toulouse peut également espérer l’emporter au gré des alliances et des fusions d’entre-deux-tours.

« Il y a une vraie poussée en faveur des écologistes, ce scrutin le confirme nettement. Ils ont gagné en crédibilité : les électeurs sont prêts à leur faire confiance pour gouverner des villes », analyse Erwan Lecoeur. Cela ne signifie pas forcément un blanc-seing pour la stratégie « autonomiste », avec des listes uniquement EELV, prônée par Yannick Jadot. À Lille, Rennes ou Rouen, les candidats labellisés EELV font de bons scores (entre 23 et 26 %), mais échouent à la deuxième place, derrière leur partenaire historique du PS. Le renversement de rapport de force n’a pas eu lieu, comme à Nantes, où la candidate Julie Larnoes ne finit qu’en troisième position.

Les listes d’alliance et citoyennes plébiscitées à gauche

À Paris, c’est un quasi-échec : David Belliard franchit difficilement la barre des 10 %, très loin derrière Anne Hidalgo. À Marseille, le candidat EELV Sébastien Barles a refusé de participer aux dynamiques de convergence initiées dans la cité phocéenne. Il échoue à pouvoir se maintenir au second tour, avec 9,5 %, loin de la première place remportée par Michèle Rubirola, avec le Printemps marseillais, soutenue par le PS, le PC et les Insoumis. Ironie de l’histoire, Michèle Rubirola est elle-même une ancienne d’EELV, exclue du parti pour avoir préféré travailler au rassemblement…

Les listes d’alliance emmenées par un candidat venu d’EELV obtiennent des résultats plutôt encourageants. C’est donc le cas à Marseille, mais aussi à Besançon, Tours ou Toulouse, construites sur le modèle « grenoblois » en rassemblant plusieurs partis de gauche et des citoyens. À Mulhouse, Metz ou Poitiers, ces listes finissent en deuxième position et conservent leur chance, pour le deuxième tour.

Ce succès vaut aussi pour les listes soutenues par EELV sans que la tête de liste en soit issue : à Blois, le maire socialiste sortant, Marc Gricourt, a été réélu dès le premier tour grâce à une alliance avec le PC, Génération.s, Place Publique et EELV. À Amiens, le candidat du rassemblement soutenu par François Ruffin et un arc politique semblable termine en deuxième position, quatre points seulement derrière la maire sortante. Il faudra cependant patienter probablement plusieurs semaines pour confirmer la capacité des écologistes et des alliances de gauche ouvertes aux citoyens pour réellement bousculer le jeu politique. En attendant, c’est un virus venu de Chine qui s’en charge.

Barnabé Binctin

En photo : Les listes du Printemps marseillais, soutenues par des écologistes, le PS, le PC, les Insoumis et intégrant des citoyens issus du mouvement social sont arrivées en tête à Marseille avec 23,44 % des voix sur l’ensemble de la ville / © Jean de Peña

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