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McDo réquisitionné, distribution de vivres dans les cités : l’autodéfense sanitaire et populaire à Marseille

par , Nina Hubinet

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Depuis le début du confinement, des collectifs d’habitants se mobilisent à Marseille pour apporter une aide alimentaire aux familles précaires, en particulier dans les quartiers populaires. Face à l’action très insuffisante des pouvoirs publics, ces groupes d’entraide locaux ont décidé de prendre les choses en main. Reportage photos.

La cité Maison Blanche est une cité délabrée des quartiers nord de Marseille. Plus de 1300 personnes y vivent, souvent dans des logements insalubres. Beaucoup de ses habitants travaillent au noir : avec le confinement ils se sont retrouvés sans ressources.
Avec une quinzaine de bénévoles, Naïr Abdallah a mis en place des distributions de colis alimentaires.
Le collectif de Maison Blanche a été créé il y a deux ans, lorsqu’une petite fille de 6 ans est morte en tombant d’un balcon du 12e étage.
Les distributions ont lieu trois jours par semaine, vers midi. Les gens posent leur cadis ou cabas dès 7h du matin devant le local du collectif pour « garder leur place » dans la file. Environ 600 personnes se présentent à chaque distribution.
Le collectif reçoit des produits de la Banque alimentaire et de commerçants, ou achètent de la nourriture grâce aux dons de particuliers.
Plus de 7000 euros ont été récoltés via une cagnotte en ligne.
Naïr Abdallah, 28 ans, est chauffeur de car. Il a grandi à Maison Blanche, mais n’y vit plus aujourd’hui. Il est devenu une figure du quartier, en particulier depuis août 2019, lorsqu’un incendie a ravagé l’un des immeubles et qu’il a fallu négocier avec les autorités pour que 24 familles soient relogées.
Les bénévoles, masqués et souvent gantés, remplissent chaque cabas ou caddie dans le local du collectif, puis le rapportent à son propriétaire, pour éviter les contacts.
Maison Blanche est l’une des 11 « copropriétés dégradées » de Marseille. Sur les bâtiments, de larges fissures sont visibles.
Les collectivités locales et l’État envisagent de préempter la cité pour lancer des travaux de rénovation.
Parmi les bénévoles du collectif des habitants de Maison Blanche, plusieurs adolescents du quartier, très investis dans leur mission.
Plusieurs grossistes ont donné des denrées non périssables au collectif, ou leur ont fait un « prix d’ami » lorsqu’ils sont venus se ravitailler dans leur magasin.
Dans le local du collectif, une large banderole : « RIP Mehdi ». Elle rend hommage à un enfant de la cité, Mehdi, 18 ans, tué le 14 février dernier par un policier, suite à un braquage.
Les centaines de personnes attendent leur tour dans le calme, en s’efforçant de respecter les distances de sécurité sanitaire.
Étant donné l’état désastreux des immeubles de Maison Blanche, les collectivités locales et l’État hésitent entre la démolition et une préemption de la cité pour lancer des travaux de rénovation.
À quelques encablures de Maison Blanche, le nouveau quartier d’Euroméditerranée, fruit d’une gigantesque opération de rénovation urbaine menée par l’État, avec ses hautes tours ultra-modernes.
Le Mac Do de Saint-Barthélémy se trouve lui dans l’un des « no man’s lands » des quartiers nord : un énorme rond-point entre les cités de Picon-Busserine, Font-Vert et la Méditerranée.
Malgré le long combat de ses salariés pour le maintien de l’activité, le restaurant a été fermé et placé en liquidation judiciaire en décembre dernier.
Le lieu est devenu ces derniers mois un épicentre de la mobilisation politique et sociale à Marseille.
Charlotte Juin coordonne l’organisation de la plateforme d’aide alimentaire installée dans le restaurant depuis sa « réquisition citoyenne ».
Une vingtaine de bénévoles s’y relaie depuis début avril.
L’équipe de bénévoles s’attache à faire respecter les gestes barrière : on doit tremper ses chaussures dans une solution à la javel pour entrer dans le restaurant et se nettoyer les mains au gel hydroalcoolique.
Le restaurant, avec sa cuisine, ses chambres froides, et ses espaces de stockage, se prête parfaitement à sa nouvelle fonction.
Les dons affluent de tout Marseille, venant d’associations telles qu’Emmaüs, de collectifs de quartiers qui organisent des collectes, ou des dons : la cagnotte en ligne du Mac Do totalise plus de 18 400 euros.
Dans les réserves du restaurant, des aliments utilisés pour constituer les colis alimentaires pour les familles, mais aussi pour les « chibanis » en foyers ou les étudiants confinés.
La plateforme du Mac Do alimente chaque semaine plus de 30 quartiers de la ville, soit entre 8000 et 10 000 personnes.
Tous les jours, les bénévoles venus des différents quartiers se relaient pour préparer les colis alimentaires.
Parfois, des personnes se présentent au Mac Do dans l’espoir d’y récupérer directement des denrées. Les bénévoles les renvoient vers le référent de leur quartier, pour éviter les allers et venus au Mac Do qui augmentent les risques de contagion.
Des infirmières libérales viennent livrer le fruit de leur collecte. Elles récupèrent des masques, gants ou combinaisons auprès d’entreprises, qu’elles redistribuent aux infirmières libérales de Marseille. Et ces dernières leur donnent, en échange, de la nourriture pour le Mac Do.
Une fois la crise du Covid passée, Salim Grabsi rêve de la transformation du Mac Do en une « plateforme sociale » de quartier, pour que le lieu conserve et développe son rôle de « place de village ».
Nabila vérifie le contenu des colis destinés à la cité SNCF de Font-Vert, où elle va ensuite les livrer aux habitants.
Les référents des quartiers passent « au drive » pour récupérer leur cargaison de colis alimentaires, afin de limiter au maximum les contacts.

Photos : © Jean de Peña / Collectif à-vifs

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