Opportunisme

Marine Le Pen et sa volonté factice de « dompter » la mondialisation

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« La mondialisation est là. Je ne la nie pas. Je veux la dompter. Sans angélisme, en mettant la France dans les conditions d’en tirer le meilleur, pas le pire », a déclaré Marine Le Pen le 27 avril lors de son meeting à Nice. Deux jours plus tôt, lors de sa visite à Rungis, et son marché international de produits agricoles, la candidate d’extrême-droite accusait Emmanuel Macron de vouloir « le libre-échange total ».

De libre-échange, et de la manière de le réguler, il en a été souvent question depuis deux ans au Parlement européen, lors des discussions autour des projets de traités commerciaux entre l’Union européenne d’un côté et, respectivement, le Canada (Ceta) et les États-Unis (Tafta) de l’autre. Ces accords de libre-échange, longtemps négociés dans l’opacité par la Commission européenne, comporte plusieurs dangers : affaiblissement du droit du travail, déstabilisation du secteur agricole soumis à une augmentation des importations, fragilisation des PME face aux multinationales, entraves à la transition écologique et sociale...

- Voir notre dossier : Traités de libre-échange : les multinationales contre la démocratie ?

Une partie de la gauche, le mouvement syndical, les organisations écologistes et environnementales dénoncent depuis des années les dispositions les plus dangereuses de ces accords commerciaux. À tel point que plus de 2000 « zones libres », des communes ou des régions, se sont déclarées en dehors de ces accords de libre-échange en Europe. Elles sont des centaines en France, dont, étrangement, aucune gérées par le FN.

- Lire ici : Ces « zones libres » en Europe qui privilégient les alternatives locales face au néolibéralisme global

Si, dans ses discours, Marine Le Pen et le FN ciblent aussi ces traités commerciaux, s’y opposer dans les faits ne semble pas faire partie de leurs priorités. Il suffit de s’intéresser d’un peu plus près au « travail » des eurodéputés frontistes depuis plusieurs années pour constater leur désintérêt sur le sujet. Le 28 mai 2015, la commission « Commerce international » – dont Marine Le Pen est membre titulaire – doit se prononcer sur le projet d’accord de libre-échange transatlantique, ce fameux Tafta que la patronne du Front national ne cesse de pourfendre dans ces discours. Sur un sujet aussi crucial, Marine Le Pen n’a pas jugé bon de faire le déplacement. Ni d’ailleurs son suppléant d’alors, Aymeric Chauprade.

Bis repetita en janvier 2017, lorsque la même commission est saisie de l’accord de commerce entre Europe et Canada, le Ceta, qui contient les mêmes dispositions controversées que le Tafta. La candidate du FN est de nouveau aux abonnés absents. Quand il s’agit de mener les batailles concrètes en commission, elle a visiblement mieux à faire. En revanche, lorsque les caméras sont là, Marine Le Pen fait le déplacement : c’est le cas lors de la plénière du 15 février 2017 où les eurodéputés frontistes s’affichent avec un panneau « Stop Ceta » et votent contre le traité. Une image largement relayée par les médias que le Front national fustige tant... Pendant ce temps, organisations non gouvernementales, mouvements sociaux, eurodéputés de gauche et écologistes n’ont jamais cessé de se mobiliser (voir ici).

- A lire : Au Parlement européen, les votes méprisants du FN et de Marine Le Pen à l’égard des travailleurs

Par ailleurs, si la candidate d’extrême-droite Marine Le Pen affiche – quand les caméras sont là – son hostilité au Ceta, ce n’est pas le cas de tous les élus frontistes. Le groupe FN au Conseil régional de Provence-Alpes-Côte-d’Azur s’était par exemple opposé à une motion demandant « l’arrêt des négociations sur le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement », en février 2014 (lire notre enquête sur le visage anti-social et anti-écolo du Front National). Quand il s’agit, dans les actes, de travailler à « dompter » la mondialisation, le FN s’y refuse.

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