Brésil

Lettre de campagne (électorale)

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135 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour les élections présidentielles, régionales et législatives le dimanche 3 octobre. Il y a huit ans était élu le premier président de gauche, Luiz Inácio Lula da Silva, un ancien ouvrier métallurgiste, fondateur du Parti des travailleurs (PT) et du syndicat Centrale unique des travailleurs (CUT). Quel Brésil après huit ans de Lula ? Quel est son bilan ? Qui va lui succéder ?

Lors de cette campagne électorale, les deux blocs qui ont gouverné le Brésil ces seize dernières années s’affrontent. D’un côté, Dilma Rousseff représentant le PT (gauche) et la continuité du gouvernement Lula. De l’autre, José Serra, du PSDB (Parti de la social-démocratie brésilienne, droite) qui a contrôlé le gouvernement fédéral avec Fernando Henrique Cardoso de 1995 à 2002. La stratégie du PT consiste à comparer les deux bilans.

Cette stratégie semble porter ses fruits, car les derniers sondages indiquent un certain avantage pour Dilma (51% des intentions de vote), suivie par Serra (27%) et la candidate écologiste, Marina Silva (7%).

Lula : 80% d’opinion favorable

Dilma a un grand atout en main : l’énorme popularité de Lula – 80% d’opinion favorable – ainsi que de son gouvernement (70%). Dilma a fait partie de la résistance à la dictature, ce qui lui a valu prison et torture. Lors de la « re-démocratisation » des années 80, elle travaille au sein de gouvernements progressistes aux niveaux local et régional dans le Sud du Brésil, avant de devenir la ministre des Mines et Énergies de Lula dès 2003, puis en 2005 coordinatrice du gouvernement.

Serra, ancien gouverneur de São Paulo – l’État le plus important de la fédération brésilienne – a été exilé pendant la dictature. À son retour au pays, il est élu parlementaire, puis nommé ministre de Cardoso à deux reprises, et maire de São Paulo. Son parti, le PSDB, fondé au cours des années 1980, se voulait de centre-gauche, mais a progressivement basculé vers la droite, notamment lors du gouvernement Cardoso.

Marina Silva, du Parti vert (plutôt centriste), cherche à incarner une sorte de troisième voie, voulant sortir de la polarisation entre PT et PSDB. Née dans l’Amazonie brésilienne, elle n’a été alphabétisée qu’à dix-sept ans. Elle est ensuite devenue professeur, militante du PT et de la CUT et la plus jeune sénatrice du Brésil. Pendant plus de cinq ans, elle a été la ministre de l’Environnement de Lula avant de démissionner du gouvernement et du PT en les accusant de ne pas prendre suffisamment en compte les questions environnementales.

Plus de 10 millions d’emplois créés

Plusieurs « petits » candidats postulent également à la présidence, notamment Plínio de Arruda Sampaio, du PSOL (Parti Socialisme et Liberté, gauche). Patrimoine de la gauche brésilienne, Plínio, 80 ans, défend une plate-forme clairement socialiste. Il prétend représenter la vraie gauche, estimant que Lula l’aurait trahie. Il n’arrive néanmoins pas encore à convaincre l’électorat, recueillant pour l’instant moins de 1% d’intentions de vote.

Dilma, il y a quelques mois encore largement inconnue du grand public et qui n’a jamais été candidate, devance largement ses concurrents. Pourquoi ? Ministre coordinatrice du gouvernement Lula, elle profite de ses bons résultats économiques, politiques et sociaux.

Le gouvernement Lula est modéré, et s’appuie sur une coalition entre des partis de gauche, du centre et même de droite. Son plus grand atout provient de solides politiques sociales : le programme « bolsa familia » (bourse famille, un revenu minimum pour plus de douze millions de ménages), une hausse significative du salaire minimum, des aides aux crédits (agriculture familiale, travailleurs urbains), l’universalisation de l’électricité, des investissements dans les secteurs de l’éducation et de la santé. Ces politiques ont provoqué dynamisme économique et forte création d’emplois : plus de 10 millions d’emplois créés (rapporté à la France, c’est comme si 3,3 millions d’emplois avaient été créés...). Au lieu du « croître pour après distribuer » de la dictature des années 1960 et 1970, la redistribution des revenus est perçue comme une condition primordiale du développement. Ce renforcement du marché intérieur a été un facteur décisif pour réduire l’impact de la crise économique mondiale au Brésil.

Second souffle ?

Du point de vue politique, la fin de la répression des mouvements sociaux et l’ouverture du gouvernement à leur créativité en matière de propositions, est l’un des points clés. Pour un pays comme le Brésil, à l’histoire très violente (génocide amérindien, esclavage, démocratie fragile, inégalités abyssales), ce sont des avancées inédites, perçues par une bonne partie de la population comme liées à l’arrivée à la présidence du premier représentant du Brésil d’en bas. Une ouverture des possibles.

Cependant, plusieurs nœuds subsistent, notamment la nécessité d’un changement de modèle de développement (toujours basé sur le productivisme) et la violence urbaine. Dans ce contexte, les organisations qui ont porté les récents changements – le PT, la CUT mais aussi le Mouvement des sans-terre – auront-elles le souffle pour son nécessaire approfondissement ?

Jean Tible, de São Paulo

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