Sarkozy, le bilan #02

Les maux du quinquennat : « jeunes » et « EPAD »

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Les jeunes sont les grands oubliés du quinquennat : le taux d’emploi des 15-24 ans est un des plus faibles d’Europe. Et ils sont contraints à des jobs précaires de plus en plus longtemps. Pourtant, le président n’a pas manqué de volontarisme en tentant d’imposer un jeune de 23 ans, sans véritable formation, à la tête d’un des plus grands quartiers d’affaires du continent, La Défense. Un certain Jean Sarkozy...

Quel bilan dresser du quinquennat qui se conclut ? En partenariat avec la Fondation Copernic, qui regroupe des syndicalistes, des acteurs des mouvements sociaux et des chercheurs, Basta ! vous propose chaque jour un abécédaire des « maux » du quinquennat. Aujourd’hui, les mots « jeunes » et « EPAD », extraits du livre Sarkozy, bilan de la casse, aux éditions Syllepse [1].

Jeunes : Partie de la population particulièrement stigmatisée et précarisée sous ce quinquennat.

En 2007, l’équipe Sarkozy se fixe comme objectif le plein emploi, autrement dit un taux de chômage, y compris des jeunes, ne dépassant pas 4 %.

Or, de début 2008 à 2009, le taux de chômage de ces derniers a bondi de 13 % à 17 %, soit un niveau jamais atteint depuis 1975. Bien sûr, la crise est passée par là ; mais elle n’est pas le seul facteur expliquant pourquoi les jeunes ont ainsi été frappés par le chômage. La politique de l’équipe Sarkozy est, en effet, directement en cause.

Entre 2000 et 2010, suite à la réforme des retraites de 1993 et 2003, les salariés plus âgés ont été plus nombreux à rester sur le marché du travail. L’écart entre le taux de chômage des jeunes et celui de l’ensemble des actifs s’est, dès lors, fortement accru. En 2009 et 2010, cet écart est supérieur à celui constaté au cours des trente-cinq années précédentes. Ainsi, en 1996, alors que le taux de chômage général est nettement plus élevé qu’en 2010, celui des jeunes est resté inférieur.

Premières victimes du chômage, les jeunes sont également ceux dont la « qualité » des emplois est la plus faible. En 2010, un à quatre ans après la fin des études, 13 % des jeunes filles et 7 % des jeunes hommes qui travaillent sont en situation de sous-emploi (temps partiel subi, chômage partiel…) et un sur trois est en contrat à durée limitée (CDD, intérim).

Dans ce contexte général très dur, c’est la situation de celles et ceux qui sortent du système scolaire avec peu ou pas de diplôme qui est de loin la plus préoccupante. En 2010, un à quatre ans après la fin de leurs études, 44 % des jeunes actifs sans diplôme ou titulaires d’un simple brevet des col- lèges sont au chômage, contre seulement un jeune diplômé du supérieur sur dix.

Au total, sous ce quinquennat, les jeunes auront ainsi payé une lourde double peine : plus souvent au chômage et sur des jobs mal payés et sans avenir ; moins souvent aidés. Le rapport 2011 du Secours catholique l’illustre tristement : 12 % des bénéficiaires de ses aides sont des jeunes âgées de 18 à 25 ans, quand ces derniers ne représentent que 10 % de la population française. Un tiers des jeunes secourus est sans ressource ; 40 % sont au chômage, soit une hausse de sept points en dix ans. Pour la première fois, la proportion des jeunes concernés ayant un niveau d’études supérieures est plus importante que celle des jeunes n’ayant pas dépassé le primaire (respectivement 40 % et 37 %).


EPAD (Établissement public d’aménagement de la Défense) : Initiales du premier quartier d’affaires européen, géré par l’équipe Sarkozy de manière népotique et insincère, bafouant libertés communales et urbanisme.

Oui, là, l’équipe Sarkozy a essayé, vraiment essayé, de confier une responsabilité importante à un jeune, de mettre le pied à l’étrier à cette génération sacrifiée. Un garçon de 23 ans, au bagage professionnel inexistant, aux études chaotiques, qu’on a voulu propulser à la tête de l’aménageur d’un des plus grands quartiers d’affaires d’Europe, au budget de 1 milliard d’euros : Jean Sarkozy. C’était en octobre 2009. Il s’est acharné mais, face à la polémique, a dû capituler. L’ex-futur président de l’EPAD a dû rendre les armes en direct, au 20 heures de France 2, le 22 octobre 2009. Le grand projet aura duré dix jours.

Finalement, la directrice sera Joëlle Ceccaldi-Raynaud, maire de Puteaux, députée des Hauts-de-Seine, suppléante de Nicolas Sarkozy pendant plusieurs années, accessoirement condamnée en 2006 pour diffamation (elle avait insinué que son opposant politique avait des penchants pédophiles), soupçonnée d’exil et de fraudes fiscales, depuis les révélations du Canard enchaîné…

Or, derrière le fait de népotisme caractérisé, se cache un autre scandale financier : les activités du promoteur Christian Pellerin, l’affaire dite de la tour BP, les connections avec le siège du Parti républicain. Au point que, devenu président du conseil général des Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian déclare qu’il lui faut « nettoyer les écuries d’Augias ». À l’appui, un rapport de la Cour des comptes et le sénateur centriste Arthuis pointent des « comptes non sincères ». La Défense se trouverait en grande difficulté financière. Son patrimoine de tours mal entretenues ne lui promettrait pas un avenir à la mesure d’un passé si juteux. Dès lors, il faut sécuriser le trésor de guerre. Comment faire ? Ne pas s’embarrasser de la démocratie, de la qualité de l’urbanisme, des élus et des libertés communales, étendre à 800 hectares le champ de compétence de l’établissement, en y adjoignant 46 % de la ville de Nanterre et une partie de Courbevoie (contre l’avis de la mairie UMP), La Garenne-Colombes et Puteaux. L’urbanisation sans retenue de ces nouveaux territoires était, et est toujours, supposée permettre de rentabiliser l’ensemble, et de financer les dépenses « annexes ».

Photo de une : source

Photo Jean Sarkozy : source

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