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Sarkozy, le bilan #03

Les maux du quinquennat : « Fabris », « Contis » et « Gandrange »

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Les bras de fer entre les salariés, le gouvernement Sarkozy et les grands groupes se sont multipliés ces cinq dernières années. Aux promesses de l’Élysée ont souvent succédé les fermetures de sites, l’acharnement judiciaire contre les salariés ou la vente aux enchères des machines. Contis, New Fabris ou Gandrange, autant d’illustrations des ravages du capitalisme financier qui continuent d’opérer.

Quel bilan dresser du quinquennat qui se conclut ? En partenariat avec la Fondation Copernic, qui regroupe des syndicalistes, des acteurs des mouvements sociaux et des chercheurs, Basta ! vous propose chaque jour un abécédaire des « maux » du quinquennat. Aujourd’hui, les mots « Fabris », « Contis » et « Gandrange », extraits du livre Sarkozy, bilan de la casse, aux éditions Syllepse [1].

Fabris (New) : Nom de la fonderie de Châtellerault où a eu lieu l’un des bras de fer les plus durs entre les salariés, l’équipe Sarkozy et un grand groupe européen.

Moins d’un an après son rachat par le groupe italien Zen, le 26 novembre 2008, l’entreprise New Fabris est mise en cessation de paiement. Cela signifie 366 suppressions d’emplois. Un plan de sauvegarde de l’emploi doit suivre.

Or, après des mois de tractation, de manœuvres judiciaires et d’action des salariés, le 16 juin 2009, la décision du tribunal de commerce de Lyon tombe : le site de Châtellerault va être fermé. Le lendemain, les salariés manifestent pour négocier une prime extra-légale de licenciement de 30 000 euros. Face à l’inertie politique, à la mi-juillet, ils disposent des bouteilles de gaz, destinées à faire sauter l’usine et gardent les pièces neuves comme un trésor de guerre. Emballement médiatique oblige, le ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, se décide à recevoir les délégués syndicaux et déclare : « Je ne suis pas que le ministre de l’Industrie. Je veux que les ouvriers sachent que je suis leur ministre. Je suis le ministre des ouvriers. » Selon ses dires, les constructeurs automobiles se seraient engagés sur les stocks et sur le rachat d’une partie de l’outillage. L’État investirait 1,5 million d’euros pour la revitalisation du territoire, avec une allocation spéciale du Fonds national pour l’emploi pour dix-huit salariés de plus de 56 ans. Chaque salarié signant un contrat de transition professionnelle doit toucher une indemnisation de 17 500 euros. Après de nouvelles tractations, une manifestation forte de 3 500 personnes à Châtellerault le 30 juillet, le ministre de l’Industrie est obligé de passer des promesses aux actes. Le 31 juillet, les salariés de New Fabris votent à bulletin secret : 204 voix favorables au protocole, 24 contre. L’équipe Sarkozy salue immédiatement « le dénouement positif du conflit » et « la sage décision des salariés ». Le 26 janvier 2010, l’ensemble des machines et du matériel de bureau est vendu aux enchères.

Contis (les) : Nom des 1 600 salariés français et allemands qui ont résisté jusqu’au bout contre la fermeture injuste, car infondée économiquement, de leurs usines, en avril 2009. Cette décision de Continental illustre, à la fois, l’absurdité et les ravages du capitalisme financier, au nom du « toujours plus de profit », mais aussi la solidarité et la volonté des travailleurs de ne rien lâcher.

Peu après que le syndicat CFDT ait fait des concessions considérables pour maintenir les emplois à l’usine de Clairoix jusqu’en 2012, la direction de Continental fait savoir que le site doit fermer. La raison invoquée ? Un site enregistrant des coûts qui seraient les plus élevés d’Europe, auxquels le groupe ne pourrait faire face, malgré un bénéfice net de 27 millions d’euros en 2008. Les conséquences ? 1 100 suppressions d’emplois directs, et deux à trois fois plus d’indirects.

Refusant de subir, les salariés se battent pied à pied, utilisent l’arsenal juridique. Acculés, délaissés par l’équipe Sarkozy décidée à ne rien faire, méprisés par la direction de Continental, les salariés explosent le 21 avril 2009, quand le tribunal de Sarreguemines rejette leur demande d’annulation du projet de fermeture de l’usine. C’est ce coup de colère qui s’exprime contre la sous-préfecture et le poste d’accueil de l’usine et qui oblige, enfin, l’État à mettre en place une négociation tripartite (préfet, direction, salariés). Ces derniers obtiennent des indemnités et des conditions de licenciement largement plus favorables à ce que prévoit la législation. Mais c’était sans compter la Direction de Continental et le gouvernement qui feront preuve par la suite d’un acharnement judiciaire sans précédent.

Au final, seuls les salariés auront été jugés et condamnés, alors que Luc Chatel, secrétaire d’État à l’Industrie, avait pourtant promis, au début du conflit, que « les dirigeants auraient à justifier devant les tribunaux de la motivation de tels licenciements ». Le groupe Continental, lui, continue son chantage, en toute impunité : en février 2011, il a imposé des conditions salariales draconiennes à plusieurs de ses usines européennes, dont celles de Toulouse, Foix et Boussens…

Gandrange : Un des derniers sites sidérurgiques laissés à l’agonie par l’équipe Sarkozy.

Le 16 janvier 2008, l’annonce de la fermeture de l’aciérie de Gandrange, appartenant au groupe Arcelor-Mittal, implique la suppression de 575 emplois. Le 4 février, Nicolas Sarkozy se rend sur le site pour annoncer une intervention de l’État : « l’État préfère investir pour moderniser le site plutôt que de payer de l’argent pour accompagner des gens soit en pré-retraite, soit au chômage […]. Nous sommes prêts à mettre de l’argent pour faire des investissements, qui auraient dû être faits depuis longtemps ! » Il faudrait 20 millions d’euros pour relancer l’usine. Théoriquement facile pour Mittal, un groupe qui dégage 8 milliards d’euros de bénéfice cette année-là. Quant à la promesse de Nicolas Sarkozy, elle se heurte aux règles de l’Union européenne qui interdisent ce type d’aide. Ce qui ne l’empêchera pas de conclure par un : « Je reviendrai dans l’usine pour annoncer la solution qu’on aura trouvée », gravé dans la mémoire des sidérurgistes. Encore une fois, les promesses se multiplient : centrales électriques, centre de formation, reclassement sur d’autres sites, etc.

Or, un mois plus tard, l’aciérie ferme ses portes ; le laminoir à billettes s’arrête en fin d’année 2011. Au total, 1 200 emplois, directs et indirects, sont perdus dans la région. Seuls 43 salariés de Gandrange ont été mutés sur d’autres sites du groupe, au Luxembourg ou à Florange. D’autres sont partis en retraite ou bénéficient d’un temps partiel de fin de carrière. Une petite centaine de personnes a été reclassée à Gandrange même, sur le seul laminoir qui subsiste. Des mesures de chômage partiel frappent le site et celui de Florange, où l’un des deux hauts-fourneaux est à l’arrêt. Après le « coup de massue » de Gandrange, la crise risque de signer l’arrêt de mort de la sidérurgie en Lorraine.

Photo : CC Benjamin Géminel

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