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Agriculture

Les éleveurs bio ne connaissent pas la crise

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2009, année de crise pour le secteur laitier, a été une grosse année de conversion en bio. Les agriculteurs qui font le choix de changer de mode de production, découvrent d’autres méthodes de travail. Et, pour certains d’entre eux, un nouveau mode de vie.

Quand Patrice, éleveur laitier de 34 ans, est allé visiter la ferme bio d’Ifer, située à une dizaine de kilomètres de Rennes, il a trouvé ça simplement « génial »... Pourtant, il n’y a pas si longtemps, les bios, pour lui, c’était « des babas cool à cheveux longs, peu réalistes ». C’est-à-dire moins sérieux que lui, qui est installé depuis 6 ans sur une ferme de 45 hectares, avec 60 vaches, 350 000 litres de lait et plus de 200 000 euros de dettes ! « Ce qui m’a plu, là-bas, c’est l’ambiance, plutôt détendue. Et l’impression qu’ils sont maîtres de leurs choix. Nous, nous sommes coincés par les coopératives, qui fixent le prix du lait, et qui veulent collecter des quantités de plus en plus importantes. Nous gagnons peu à l’hectare et, avec un prix du lait qui ne cesse de baisser, nous devrions nous agrandir sans cesse, pour pouvoir espérer nous en sortir. » Patrice a donc décidé de changer de cap. Il a commencé par remettre ses vaches au pré, sous le regard incrédule, voire méfiant, de plusieurs de ses proches. Puis, sachant que le lait bio était bien valorisé, il s’est penché sur le cahier des charges, et a choisi de se lancer.

« L’économie de la filière lait conventionnelle, et l’ambiance générale plutôt favorable aux produits bios, poussent aux conversions, estime David Roy d’Agrobio. En Ille-et-Vilaine, il y avait en 2009, 350 agriculteurs certifiés bios et nous avons eu 70 reconversions, parmi lesquelles beaucoup de producteurs de lait. Outre l’aspect économique (peu de valeur ajoutée à l’hectare), les agriculteurs se rendent compte qu’ils sont dans une impasse technique et économique. Il y a aussi une vraie remise en cause des produits phytosanitaires. »

Les candidats à la conversion n’ont pas tous le même profil. Certains, comme Olivier Costard, 44 ans, n’ont pas grand chose à changer à leurs méthodes de travail. « Je suis sur une petite ferme : 40 hectares, 30 vaches, nourries quasi-exclusivement à l’herbe », explique-t-il. « J’utilisais peu d’intrants. Je vivais bien, je ne voyais pas l’intérêt de faire autrement. Puis la conjoncture économique s’est dégradée, le prix du lait a chuté. J’avais l’impression de me marginaliser au sein de l’agriculture conventionnelle. Les petites fermes comme la mienne intéressent de moins en moins les collecteurs : la laiterie allait-elle continuer à venir chercher mon lait ou pas ? »

Une pratique valorisante

La différence de pratique agricole, minime dans le cas d’Olivier Costard, peut représenter un véritable bouleversement, pas toujours bien mesuré. « Certains ne se rendent pas forcément compte qu’il faut réfléchir globalement au système de façon totalement différente », souligne David Roy. « Ce n’est pas le même travail, confirme Patrice. C’est plus complexe, mais plus intéressant. » « Il y a comme un challenge supplémentaire, précise Olivier Costard. Cela crée de l’intérêt de voir comment je peux arriver à me débrouiller avec les seuls éléments que j’ai ici. Il y a un vrai plaisir, même si les moments de réflexion qui précèdent sont un peu stressants. » « En conventionnel, il faut dire ce qui est : on ne s’emmerde pas !, reprend Patrice. On est très consommateurs, de pesticides, d’engrais, de compléments minéraux pour les bêtes, de fioul... Pour faire pousser un hectare de blé, il faut en dépenser de l’argent ! Après, il faut s’habituer à travailler sans les produits auxquels on est habitué depuis des années, ce n’est pas forcément simple non plus. »

Mais Patrice ne semble pas inquiet. « J’ai l’impression de mieux travailler, et de proposer de meilleurs produits. On a commencé la vente directe de viande sur la ferme, il y a un an et demi. Les gens sont très contents, nous avons beaucoup de demandes. Quand ils viennent ici, on leur explique comment on travaille, comment on vit. Ils redécouvrent nos métiers, c’est très gratifiant pour nous. Ceci dit, on a changé nos pratiques avant de passer au bio, qui n’est, pour moi, qu’un label qui vient valoriser une démarche. »

Olivier Costard tient, lui aussi, à tempérer l’emballement autour du bio. « Je ne pense pas qu’il soit opportun de faire un clivage entre les bios et les non bios. J’ai un peu l’impression qu’on partage le monde rural entre le bien et le mal, cela me dérange. Il y a aussi de bonnes pratiques chez les agriculteurs conventionnels. » Et de citer les réseaux de l’Adage (Agriculture durable par l’autonomie, la gestion et l’environnement), en Ille-et-Vilaine, ou encore du Cedapa (Centre d’étude pour un développement agricole plus autonome), dans les Côtes-d’Armor.

Nolwenn Weiler

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