Climat

Le sommet de Copenhague vu du Timor Oriental

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Des paysans du Sud veulent avoir leur mot à dire lors des négociations qui engageront le monde entier dans la lutte contre le réchauffement climatique, à Copenhague en décembre. C’est le cas d’Arsenio, jeune paysan du Timor Oriental, membre du réseau Via Campesina. Il craint que son pays, indépendant depuis à peine sept ans, ne subisse une nouvelle forme de « colonialisme climatique » à coup de déforestation, d’agrocarburants et de droits à polluer achetés par les multinationales. Il compte bien se rendre dans le froid et lointain Danemark pour y faire entendre sa voix. Rencontre.

Nous sommes dans le Minervois, du côté de Narbonne. Un vent omniprésent souffle sur les tentes de Reclaim the fields, un campement européen de jeunes paysans venus discuter début octobre d’accès à la terre, de souveraineté alimentaire ou encore d’agriculture urbaine. Arsenio a remonté le col de sa veste, il a l’habitude d’un temps légèrement plus chaud. Arsenio Pereira Da Silva vient du Timor oriental, aux confins de l’Indonésie. Il travaille comme coordinateur d’une association de paysans [1], membre du mouvement international de Via campesina, dont le représentant en France n’est autre que la Confédération paysanne.

84% de la population du Timor oriental (1,1 million d’habitants) est paysanne. L’impact du changement climatique est donc très fort chez ces paysans, peu mécanisés et parmi les plus vulnérables. Mais Arsenio préfère parler de lutte contre le colonialisme. Son pays sort de cinq siècles de colonisation portugaise, aussitôt suivis d’une occupation indonésienne. Son organisation essaie d’adapter l’agriculture locale aux besoins d’une population qui vient de retrouver son indépendance en 2002. L’ampleur de la tâche est énorme : les cultures d’exportations de l’époque coloniale (noix de coco, café et thé), puis l’arrivée de la mécanisation et de la chimie pour pousser les rendements, ne se sont jamais faits au profit des petits paysans. Il faut maintenant produire pour nourrir le pays pour qu’il soit moins dépendant des pays étrangers.

Atteindre cette souveraineté alimentaire n’est pas facile. Les terres anciennement annexées par le colonisateur appartiennent aujourd’hui à l’Etat. Une réforme est en cours pour permettre aux paysans de devenir propriétaires de leurs terres, à condition qu’ils soient originaires du pays. Malheureusement, cette réforme est contournée par des lobbies nord-américains, qui voudraient que des étrangers puissent s’accaparer des terres.

Arsenio craint que son pays connaisse une nouvelle forme de colonisation par l’agro-industrie. Que deviendraient ces terres agricoles achetées par des compagnies étrangères ? Seront-elles plantées avec des palmiers à huile pour abreuver les voitures occidentales en agrocarburants ? Les émissions de gaz à effet de serre de l’Indonésie ont connu un bond monumental en quelques années, lorsque la forêt primaire a laissé la place à ces plantations.

Le changement climatique est peu perceptible au Timor oriental. Le pays est situé dans la zone intertropicale. Mais ce qu’on ne voit pas dans le ciel se voit sur les terres. Arsenio a ainsi observé que les rivières qu’il connait depuis l’enfance sont maintenant presque sèches en dehors de la saison des pluies. Son organisation prépare déjà le sommet de l’ONU sur le climat qui se tiendra à Copenhague en décembre. Elle s’oppose aux projets d’accords qui voudraient, sous prétexte de lutter contre le changement climatique, ne proposer que des solutions perçues comme mauvaises : le recours aux agrocarburants ou l’extension du marché des droits à polluer au secteur agricole.

Le paysan timorais préfère travailler à des solutions locales, pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, tout en améliorant les conditions de vies des paysans. La culture traditionnelle sur brûlis est l’une des principales causes d’émissions de CO2. Des démonstrations sont organisées pour permettre aux paysans de changer leurs pratiques : développer une culture fixe, basée sur les herbes fourragère pour le bétail, l’agro-foresterie pour combiner production vivrière et préservation de la forêt, le biogaz pour fournir une énergie alternative au bois, ou le compostage pour que les paysans ne s’endettent en achetant des engrais chimiques polluants.

Arsenio et ses comparses participent également à la lutte contre l’installation d’une centrale thermique électrique fonctionnant au fioul lourd ("heavy oil"). La pollution de l’air et de l’eau s’ajouterait aux pluies acides néfastes pour les cultures et la population. Si le pays veut développer son industrie, pourquoi ne le fait-il pas avec des énergies renouvelables ? La Norvège a bien financé un barrage hydroélectrique. Mais les fonds manquent, et les discussions actuelles en prévision de Copenhague ne laissent rien espérer de positif. L’Union Européenne bloque toujours sur l’ampleur de sa participation financière à un fonds mondial pour l’environnement, au prétexte que des pays du Sud n’ont toujours pas de plan national de lutte contre le changement climatique. La situation est pourtant urgente. Le Sud a été exploité par les pays du Nord et leur a permis de se développer. Le Nord doit maintenant payer sa dette écologique.

Arsenio espère que son organisation lui permettra d’aller à Copenhague pour réclamer une « justice climatique ». Son futur se négociera dans le lointain Danemark. Il veut avoir son mot à dire.

Benoît Kubiak - AvenirClimat

L’appel à participation Reclaim the Fiels

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