Bétonnage

Le projet du futur aéroport nantais sème la discorde à gauche

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Deux paysans expropriés de leurs terres par le projet de nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes ont entamé une grève de la faim. Un dossier qui n’en finit pas de fâcher la gauche à l’approche du premier tour de la présidentielle. Pour François Hollande, le projet « se fera » alors qu’Eva Joly dénonce un « modèle productiviste dépassé ». Le Front de gauche demeure, lui aussi, divisé.

Ils se sont installés symboliquement devant le monument de la Résistance, au pont Morand à Nantes, à deux pas de la préfecture et du conseil général. Depuis le 11 avril, deux paysans, Marcel Thébault et Michel Tarin, ont engagé une grève de la faim. Tous deux ont reçu l’ordonnance d’expropriation : les pistes du futur aéroport nantais, à Notre-Dame-des-Landes, recouvriront leurs terres d’asphalte. Marcel Thébault, après avoir refusé de négocier avec les autorités, doit quitter son exploitation laitière avant le 1er janvier 2013. « Leur acte de résistance et de solidarité est aussi un cri de colère envers l’obstination du monde politique à vouloir détruire et bétonner », commente l’Acipa, une association en lutte contre ce projet d’aéroport.

Chaque année, plus de 70 000 hectares de terres sont bétonnés (lire cet appel). À Notre-Dame-des-Landes, environ 1 600 hectares de terres agricoles fertiles pourraient être dévorés par le projet d’aéroport du Grand Ouest défendu par Jean-Marc Ayrault. Pour le député-maire socialiste de Nantes, sur les rangs pour être le Premier ministre de François Hollande en cas de victoire de la gauche, ce projet d’aéroport est « acquis et acté ». C’est en pleine zone rurale qu’une concession d’exploitation de 55 ans a été accordée en décembre 2010 au géant du BTP Vinci pour construire le nouvel aéroport d’ici à 2017 (lire nos articles). En remplaçant l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique, ce mégaprojet impacte les exploitations de 44 agriculteurs.

Pomme de discorde

Les deux paysans savent que ce projet ne fait pas l’unanimité et espèrent parvenir à interpeller les candidats à la présidentielle. Ils réclament « l’abrogation de la déclaration d’utilité publique du projet » ou, au minimum, « le gel des expropriations sur le site pendant la durée d’examen des recours juridiques déposés ». À la suite des fortes mobilisations locales (lire ici et ), Europe Écologie-Les Verts avait fini par faire de l’Aéroport de Notre-Dame-des-Landes un cheval de bataille national, en l’estimant contraire aux objectifs du Grenelle de l’environnement.

Côté socialiste, les voix dissidentes se font aussi entendre. Arnaud Montebourg appelle à « tout reprendre depuis le début » et à réaliser une « nouvelle évaluation d’ensemble » du projet. Ségolène Royal demande un « moratoire » sur la concession du projet à Vinci, et la réouverture de l’enquête publique (conclue en novembre 2006). Toutefois, le candidat François Hollande demeure résolument favorable au nouvel aéroport : « Tous les recours de contentieux ont été utilisés. Si les accords sont donnés, l’équipement se fera », a-t-il déclaré le 4 avril, en visite à Rennes.

« Modèle productiviste dépassé »

Ce casus belli n’avait pas empêché socialistes et écologistes de s’allier aux sénatoriales de septembre 2011. Cette pomme de discorde n’a pas non plus fait capoter la signature d’un accord PS-EELV en vue des élections législatives, générant bon nombre de désillusions chez les opposants à l’aéroport. Eva Joly a cependant pris ses distances avec ces compromis d’appareil. Pour la candidate, ce projet est celui « d’un autre âge, celui d’un modèle productiviste dépassé ». Quant au Front de gauche, il est divisé : le Parti de gauche y est opposé alors que le Parti communiste le soutient avec son allié socialiste au conseil général et au conseil régional… à l’instar des élus UMP. François Bayrou dénonce, lui, un « gâchis » financier [1].

Les deux paysans ont annoncé que leur grève de la faim pourrait durer jusqu’au deuxième tour de la présidentielle. Cet acte de résistance leur coûte déjà cher. Dès le premier jour de grève, la police a verbalisé les deux caravanes, les deux tracteurs et les deux véhicules mis en place par le comité de soutien. Bilan : six PV à 35 euros, soit 210 euros. « Et la police peut recommencer toutes les deux heures, informent les opposants au projet. À ce tarif-là, dans un grand pays dit démocratique, il va falloir être très riche pour oser contester. »

Sophie Chapelle

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