Education

Le management par le stress envahit aussi l’école

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Renforcement du stress des élèves, méthodes passéistes, système éducatif sécuritaire, répression des enseignants "désobéisseurs", l’école connaît actuellement bien des dérives, que la réforme Darcos est venue renforcer. Veut-on fabriquer des individus soumis et dociles ? Fichés et contrôlés en permanence ? C’est en tout cas l’image que donne l’école aujourd’hui. Il est plus que temps d’inventer une autre éducation.

En avril 2008, l’association RECit (Réseau des Écoles de Citoyens) avait pris position contre le projet de réforme Darcos. « Le ministre de l’éducation nationale a rendu public le 20 février un projet de programme pour l’école primaire ouvertement passéiste, réactionnaire et élitiste [1]
 ». Cette réforme entre aujourd’hui en application. Les effets ne se font pas attendre. Témoignage d’un jeune père de famille membre de RECit : « Mon fils rentre en sixième. Il a dû signer un règlement intérieur de deux pages dans lesquelles sont précisées les sanctions progressives en cas de devoirs non faits, leçons non apprises... Le moindre écart vaut un mot dans le carnet de correspondance, une punition. L’élève qui entre en sixième n’a même pas le droit à quelques jours d’adaptation ».

Ainsi, le collège devient un système éducatif quasi policier basé sur la peur de l’échec et le contrôle permanent des élèves et de leurs moindres dérives. Les élèves sont a priori des suspects. Les membres du corps enseignant qui refusent de ficher les élèves, d’appliquer les directives gouvernementales, d’en revenir aux méthodes passéistes de l’école d’antan sont sanctionnés. Certains sont victimes de mesures de répression féroces, alors qu’ils sont soucieux d’une éducation humaine qui recueille l’adhésion des parents et des enfants : conseil de discipline avec destitution de la fonction de directeur, mutation d’office, ou réduction drastique du salaire, comme par exemple Alain Réfalo (Haute-Garonne), Erwan Redon (Bouches-du-Rhône), Bastien Cazals (Hérault), Jean Yves Legal (Isère), pour ne parler que des plus connus [2].

Ces orientations doivent être combattues car elles sont porteuses de peur, de régression pédagogique et de stress pour les élèves. Pour 25 suicides à France Télécom - Orange cette année, combien demain de suicides de collégiens et de lycéens ? Le pilotage par le stress est depuis 10 ans une méthode de management des entreprises. Il est maintenant appliqué à l’école, avec des conséquences incalculables pour la citoyenneté de demain. En effet, au-delà de la régression pédagogique, c’est la fabrication d’individus soumis et dociles qui est en jeu.

Il faut analyser les progrès dans les consciences de l’idéologie sécuritaire et autoritaire, qui apparaît comme un refuge en période de crise faute d’être combattue par les forces progressistes. La déroute actuelle est également liée au conservatisme des syndicats enseignants, de l’inspection générale de l’éducation nationale et de l’administration, qui ont depuis des décennies bloqué toute rénovation qui aurait pu créer de l’innovation éducative et pédagogique. La thèse de Marie-Laure Viaud [3] montre que tout a été mis au point, tout existe pour que l’école soit différente, et que beaucoup de ces expériences ont essayé d’essaimer depuis plusieurs décennies.

Les outrances actuelles n’auront qu’un temps. Tôt ou tard, il sera nécessaire que l’école redevienne un lieu d’éducation. Compte tenu des orientations de l’État, de l’Europe, et en arrière-plan de l’organisation mondiale du commerce, le rôle des collectivités est central pour aller dans ce sens, comme le montre par exemple le Projet éducatif grenoblois. Et peut-être les temps sont-ils mûrs pour envisager à nouveau un mouvement éducatif unifié, intégrant la globalité des démarches éducatives (école, éducation populaire, dimension éducative des autres actions).

Ce combat a une dimension internationale car l’éducation est un bien commun global, qui doit être affirmé comme tel en s’opposant à sa marchandisation. Notre monde aura besoin pour être reconstruit de citoyens libres, responsables, autonomes. L’objectif de RECit est d’y contribuer en permettant à chacun d’être acteur de sa propre vie et citoyen d’un monde solidaire. Cette éducation citoyenne tout au long de la vie passe évidemment par l’éducation à l’école. C’est pourquoi, dans l’année qui vient, nous voulons contribuer à la refondation d’une école émancipatrice, porteuse d’une véritable éducation, en lien avec une refondation de l’éducation populaire. Les 4èmes Rencontres internationales de l’éducation citoyenne que nous organisons à Nancy, en 2010, seront une occasion pour aller dans ce sens.

Didier Minot est président de RECit (Réseau des Écoles de Citoyens)

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