Ecologie

Le gouvernement va-t-il revenir sur l’interdiction progressive des pesticides ?

par

  • Ajouter
  • Imprimer
  • Partager sur Delicious
  • Partager sur Google+

Selon un document de travail interministériel, daté du 21 juin que RMC s’est procuré, le gouvernement pourrait revenir sur la stricte interdiction des épandages aériens de pesticides [1]. Ce mode de pulvérisations est interdit depuis 2009 par une directive européenne à cause des risques encourus par les populations voisines de ces épandages. En France ils peuvent cependant être autorisés par dérogation préfectorale. Or, selon ce document, la liste des dérogations serait allongée jusqu’au maximum de ce que permet la Directive européenne 2009/128. Une décision qui suscite l’indignation de l’association Générations Futures : « Cette technique est responsable de dérives de pesticides qui polluent l’environnement et les riverains encore davantage que la pulvérisation par engin terrestre ! »

Cet avant projet de loi prévoit également de revenir sur l’interdiction des néonicotinoïdes, famille d’insecticides agissant sur le système nerveux central des insectes, et accusée de contribuer à la disparition des abeilles. Cette interdiction est, en théorie, prévue pour 2020. D’après le document, l’interdiction des néonicotinoïdes « va plus loin que ce qui est prévu par la réglementation européenne ». Or, le gouvernement veut « abroger toutes ces dispositions nationales qui excèdent les normes européennes ». La France ferait en quelque sorte preuve d’excès de précaution par rapport aux exigences de Bruxelles...

Recul sur les alternatives aux pesticides

Durant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait pourtant affirmé qu’il ne reviendrait pas sur cette interdiction. Ce retour en arrière « interviendrait alors même que l’Union Européenne s’apprête à suivre l’exemple français et à interdire les trois principaux néonicotinoïdes (clothianidine, thiametoxame et imidaclopride) », dénonce Générations futures.

Le gouvernement envisagerait enfin de supprimer la catégorie des « Préparations naturelles peu préoccupantes » (PNPP) ou « biostimulants », comme le purin d’ortie, de prêle mais aussi l’argile ou le vinaigre blanc. En avril 2016, après plus de dix ans de bataille, des associations avaient obtenu que ces préparations ne soient plus soumises aux mêmes règles que les substances chimiques de synthèse (pesticides, engrais...) [2]. Une première liste comprenant plus d’une centaine de substances naturelles autorisées a été publiée il y a un an [3]. « Si la catégorie des PNPP était supprimée ces substances ne pourraient jamais être autorisées, ce serait autant d’alternatives sûres aux pesticides de synthèse qui ne pourraient plus être utilisées ! », alerte Générations futures.

Dissension au sein du gouvernement

Interrogé par RMC, Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique a affirmé que le document de travail n’était plus d’actualité et que les pesticides tueurs d’abeilles resteraient interdits. Le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert, a de son côté indiqué que le sujet n’était pas tranché. Il assure que la dangerosité de certains néonicotinoïdes n’est pas avérée et que ces produits doivent faire l’objet d’études sanitaires [4]. Le caractère cancérogène des pesticides a pourtant été démontré par une multitude d’études scientifiques. Les deux ministres doivent se rencontrer cette semaine.

[Mise à jour le 26 juin à 12h40] « Le gouvernement a décidé de ne pas revenir sur les dispositions de la loi de 2016. Cet arbitrage a été pris à l’occasion d’une réunion tenue à Matignon le 21 juin dernier », a précisé Matignon dans un communiqué, tout en indiquant qu’un « travail est en cours avec les autorités européennes ».

Lire à ce sujet notre précédent article : De Fillon à Macron : offensive générale contre le principe de précaution aux dépens de la santé publique

En bref

Vidéos

  • Artisanat « Un métier n’est pas là pour vous emprisonner mais pour vous rendre libre »

    Voir la vidéo

Voir toutes les vidéos