Débattre Dilemme écologique

La lutte antinucléaire est-elle soluble dans le réchauffement climatique ?

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Êtes-vous plutôt nucléaire ou plutôt effet de serre ? L’énergie nucléaire profite de ses faibles émissions de CO2 pour se refaire une image. Choisir d’y recourir davantage au nom de l’urgence climatique est, pour Didier Anger, l’un des fondateurs du mouvement écologiste français, une scandaleuse supercherie et une dangereuse dérive. Il revient sur ce débat qui agite le Réseau sortir du nucléaire et toute la planète écologie.

Basta ! : Le Réseau Sortir du nucléaire connaît de fortes tensions. Celui qui en était son porte-parole depuis huit ans, Stéphane Lhomme, vient d’être licencié [1]. On lui reprocherait notamment ses positions antinucléaires trop radicales. Qu’en pensez-vous ?

Didier Anger : Les dissensions ont commencé à se révéler lors du Grenelle de l’environnement, en septembre 2007. Le thème du nucléaire en a été exclu d’emblée. Ce qui est inacceptable. Ensuite, fin 2009, le groupe Vert du Parlement européen a voté un texte dans lequel un amendement stipule que la prise en compte du nucléaire est importante dans la lutte contre le réchauffement climatique. Cela m’a fait bondir. Et je ne suis pas le seul. Enfin, il y a eu cet «  ultimatum climatique » signé par plusieurs associations françaises lors du sommet de Copenhague, en décembre dernier, et dans lequel il existe une impasse totale sur l’énergie nucléaire. Le texte ne se positionne ni pour ni contre. Ce qui est quand même exagéré, surtout pour le Réseau sortir du nucléaire qui est cosignataire du texte. Une partie de son conseil d’administration s’en est émue, dont moi, et a soutenu la position de Stéphane Lhomme qui, réclamait au moins une phrase sur le nucléaire, et qui s’est insurgé contre la signature de ce texte.

La lutte contre l’effet de serre ne relève-t-elle pas de l’urgence absolue ?

Si, bien sûr. Mais celle contre le nucléaire aussi. Il n’y a pas à privilégier la lutte contre le nucléaire ou celle contre l’effet de serre. Nous ne voulons ni de l’un ni de l’autre. Le mouvement écologiste, qui est né avec la lutte antinucléaire, avait jusqu’à présent toujours été clair sur ce point. Mais sortir de ce système prendra du temps. Les solutions ne se trouvent pas du jour au lendemain. L’écologie, c’est vivre et habiter le monde autrement, raisonnablement. Il s’agit de dessiner un autre projet de société, et non de verdir le capitalisme. Il s’agit de construire une véritable démocratie, dans laquelle les citoyens auraient le droit de choisir et de se prononcer sur les sources d’énergie qu’ils souhaitent développer. C’est l’exact contraire de ce qui s’est passé pour le nucléaire. En 1974, René Dumont parlait des utopistes réalistes quand il définissait les écolos. Disons que certains réalistes ont oublié l’utopie. Il ne faut pas être dupe. En France, la lutte contre l’effet de serre est une aubaine fabuleuse pour relancer le nucléaire. Anne Lauvergeon, présidente d’Areva, le dit elle-même : Nicolas Sarkozy – dont le passé politique n’est pas franchement écolo – est le meilleur représentant de commerce de l’EPR (réacteur pressurisé européen).

Comment expliquez-vous que la lutte contre l’effet de serre ait rencontré une forte adhésion alors que celle contre le nucléaire peine à prendre de l’ampleur ?

Le nucléaire est depuis toujours très étatique, très centralisé, très militaire et, surtout, sous silence. La promotion et la défense du nucléaire relèvent d’une vieille tradition antidémocratique, dont il est difficile de sortir. On ne parle que si on est obligé de le faire. Donc très rarement jusqu’à maintenant. Je suis convaincu plus que jamais par l’urgence de la lutte contre le nucléaire. Parce que j’en sais plus aujourd’hui qu’en 1972 quand je me suis lancé dans ce combat. Pourtant, je ne nie pas l’urgence de la lutte contre l’effet de serre, dont nous - les écolos - parlons depuis 1992, année du sommet de Rio de Janeiro. René Dumont a même commencé à aborder ce thème en 1974 ! Si, demain, un accident nucléaire grave arrive, où sera l’urgence ?

Recueillis par Nolwenn Weiler

Photo : © Alexis Braud

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