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La « fête à Macron », premier acte d’un rassemblement en construction

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La « fête à Macron », organisée samedi 5 mai dans les rues de Paris par le député François Ruffin et l’économiste Frédéric Lordon, s’est faite dans la joie. Sans débordements de violence, le cortège a rejoint tranquillement une place de la Bastille foulée par des dizaines de milliers de manifestants dans une ambiance bon enfant, et où se sont ensuite succédé prise de parole et concerts en fin d’après-midi. « Tant sur le nombre que sur le ton, c’est une réussite : la manifestation a su garder sa dimension festive du début à la fin et démenti tous les pronostics alarmistes du gouvernement », disait à chaud François Ruffin à l’arrivée de la manifestation.

Malgré la nouvelle technique indépendante de comptage réalisée par un cabinet auquel se sont associés plusieurs médias – et qui avance le nombre de 38 900 manifestants – la bataille des chiffres perdurait à l’issue de la manifestation, les organisateurs annonçant 100 000 participants, et la France insoumise jusqu’à 160 000. Ils étaient en tout cas plus nombreux que pour le défilé parisien du 1er mai, et dans une ambiance autrement plus détendue. Et réveillaient les souvenirs de Mai 68, référence qui se retrouvait sur de nombreuses pancartes : « Je cours moins vite qu’en 68, mais je gueule plus fort » - « la chienlit, c’est lui » (comprendre, Macron).

Nouveau rendez-vous le 26 mai

Tout au long de la rue de Réaumur, qui rejoint République depuis Opéra, flottaient drapeaux et ballons de différentes organisations. Sur les télévisions en terrasse, les images en direct des chaînes d’info en continu étaient sous-titrées d’un « Une fête un peu fourre-tout ? ». Les participants avaient de fait tous une raison d’être là. Parcoursup, loi asile et immigration, évacuation de la ZAD, suppression de l’« exit tax », pourtant destinée à lutter contre l’évasion fiscale… Multiples, les mots d’ordres dessinaient un seul et même mouvement d’opposition à la politique menée par Emmanuel Macron dont on soufflait la bougie d’anniversaire à l’Élysée. « Nous avons le sourire alors que nous fédérons nos colères », résumait Danielle Simonnet, coordinatrice du Parti de gauche. Même son de cloche du côté d’Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac : « Nous démontrons qu’il n’y a pas une lutte plus légitime qu’une autre. Au contraire : elles font corps ensemble, dans la même direction. »

C’est justement ce rassemblement des colères, coordonné mais ouvert, qui signe la réussite de la célébration. Il ne manquait pas grand-monde dans la marmite du « pot-au-feu » auquel avait appelé François Ruffin : le « phi » de la France insoumise était évidemment représenté, aimanté par le bus à impériale du haut duquel Jean-Luc Mélenchon a plusieurs fois pris la parole : « Ce qui est important, c’est que vous ressentiez vous-mêmes toute la force qui est rassemblée là », a dit le député de Marseille, avant plus tard d’évoquer « la grande unité populaire qui est en train de se construire, celle qui fait sauter les cloisons ». Ce décloisonnement était justement à l’œuvre, avec la présence des principaux autres partis politiques de gauche, du Parti communiste avec Pierre Laurent à Génération-s avec Benoît Hamon, mais également des centrales syndicales, de la CGT à Sud, ou des mouvements de la société civile tels que AC ! (Agir ensemble contre le chômage), le DAL (droit au logement) ou les Amis de la terre. « On avait besoin d’un moment comme cela, qui rassemble à égalité. Cette étape était nécessaire pour amorcer la suite », disait Aurélie Trouvé.

La suite, c’est justement une date, le 26 mai, sur laquelle travaillent déjà plusieurs organisations. « Il faut désormais amplifier ce rassemblement, aller plus loin dans l’unité », poursuit Aurélie Trouvé qui, avec Attac, en appelle désormais à une « marée populaire » dans les rues de France. « L’objectif, c’est le 26 mai, confirme François Ruffin. Il faut que ça déborde, et plus seulement à Paris ». L’ « appel d’air » qu’il appelait de ses vœux parviendra-t-il à se prolonger le 26 mai ?

Barnabé Binctin

Photos : © Serge d’Ignazio

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