Soutenez Basta Soutenez une information indépendante

Régionales 2010

La Palestine s’invite dans la campagne électorale

par

  • Ajouter
  • Imprimer
  • Partager sur Delicious
  • Partager sur Google+

Les élections régionales, c’est aussi débattre de solidarité internationale. A Paris, le 11 mars, des candidats d’Europe Ecologie, du Front de gauche, du NPA et du Modem ont assuré vouloir être actifs dans la solidarité et la coopération décentralisée vis-à-vis de la Palestine. Quitte à impliquer les collectivités territoriales dans l’actuelle campagne de boycott de produits israéliens fabriqués dans les territoires occupés.

La Palestine a fait une discrète apparition dans la campagne des régionales en Ile-de-France. A l’appel du Collectif pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens [1], les différentes listes en compétition (à l’exception de celles d’extrême-droite) étaient invitées, ce jeudi 11 mars au centre culturel La Clé dans le 5ème arrondissement de Paris, à présenter leur position sur le conflit israélo-palestinien.

Ce télescopage entre collectivités territoriales et politique internationale peut sembler, au premier abord, étrange. « Au contraire, toutes les parcelles de pouvoirs, y compris au niveau local, doivent être utilisées afin d’exercer une pression maximum. Israël doit respecter les frontières de 1967 », rétorque Yann Brossat, jeune conseiller municipal communiste de Paris, qui représente le Front de gauche. A ses côtés sont présents Alain Cosset pour le Modem et Vanina Guidicelli du Nouveau parti anticapitaliste (NPA). La liste Europe Ecologie est venue en force avec notamment Robert Lion, tête de liste à Paris, Françoise Diehlmann, candidate dans les Hauts-de-Seine et, en guest star, Stéphane Hessel, qui recueille les applaudissements - de très loin - les plus nourris. Parmi les absents les plus remarqués : le PS.

« Si nous sommes réunis ce soir, c’est qu’il est important que les partis de gauche aient la force d’adopter une attitude claire face aux violations impunies de la part d’Israël au détriment des Palestiniens, souligne du haut de ses 92 ans l’ancien résistant. « Nous devons donc convaincre nos amis du PS - j’ai été socialiste durant des décennies et j’y compte de nombreux amis - de ne pas considérer le gouvernement israélien actuel, qui est le plus xénophobe et le plus radicalement sioniste, comme un interlocuteur comme les autres », poursuit-il avec son énergie coutumière.

Ecouter les Palestiniens

L’intervention de l’ambassadeur et ancien déporté souligne cruellement l’absence lors du débat de tout représentant du PS, ainsi que de l’UMP. Les candidats déplorent quant à eux les carences en matière d’actions de solidarité de l’Ile-de-France avec la Palestine. « La Région a même failli avoir un partenariat avec le grand Jérusalem. Une proposition de l’UMP que le PS s’apprêtait à voter », rappelle Françoise Diehlmann. Les débats sur ce sujet ont été vifs au sein du Conseil régional. Cela n’a cependant pas empêché quelques petites initiatives de solidarité de voir le jour. La région a ainsi soutenu financièrement une journée de la Plate-forme des ONG françaises pour la Palestine, commémorant les 60 ans de la Nakba [2], en mai 2008, ainsi qu’un « projet citoyen » porté par Génération Palestine.

Les participants affichent un relatif consensus pour, s’ils sont élus, aller bien plus loin sur les questions de l’occupation de la Palestine, de la colonisation de la Cisjordanie et du blocus imposé à Gaza. Même si le représentant du Modem, qui a travaillé à la Banque Mondiale, peine à formuler des propositions concrètes : « C’est à l’Union européenne de jouer son rôle dans le cadre de l’ONU. Dans ce schéma, les Régions ont un rôle à jouer » ; « il faut surtout écouter les Palestiniens nous expliquer leurs besoins, car nos budgets sont limités. » Ecouter les Palestiniens, c’est peut-être faire jouer un rôle actif aux collectivités territoriales dans la campagne qu’ils ont lancé : la campagne de boycott, de désinvestissements et de sanctions (BDS) à l’égard des colonies israéliennes implantées dans les territoires occupés.

Coopération décentralisée sur la gestion de l’eau

« Une Région doit participer à la campagne BDS, explique Vanina Guidicelli du NPA. Il s’agit, par exemple de s’assurer que les cantines ne servent pas de produits israéliens, mais aussi de refuser toute subvention à des entreprises israélienne, comme Agrexco », qui commercialisent des produits venant des territoires occupés, en infraction avec la législation de la Cours de justice européenne. De même, il s’agit de s’opposer à tout rehaussement des relations entre les collectivités locales et l’Etat d’Israël, tant que celui-ci ne respectera pas les droits des Palestiniens, garantis - du moins théoriquement - par la législation internationale. L’Etat d’Israël commet de graves violations des droits de l’Homme. « Là-dessus le rapport Goldstone (adopté par l’ONU) est incontestable (...). Des sanctions doivent être prises », demande Stéphane Hessel.

Au-delà des mesures de pression, les intervenants proposent tous des actions de solidarité internationale. Les représentants d’Europe Ecologie plaident notamment pour la mise en place de ’’maisons citoyennes’’ auprès des Palestiniens afin d’assurer la formation de leurs futurs responsables nationaux. Yann Brossat, pour le Front de Gauche, fait part de sa volonté de développer les accords de coopération décentralisée, qui pourraient se concrétiser à Bethléem autour de la gestion de l’eau, par exemple. Il aimerait consacrer à ces partenariats 1% du budget de l’Ile-de-France. Un engagement assez fort : l’Île-de-France dispose du premier budget régional avec 4 milliards d’euros, la totalité des Régions ayant un budget global de 30 milliards.

Olivier Vilain

En bref

Vidéos

  • Loi travail L’affaire du barrage forcé de Vitrolles : pour la première fois les principales victimes s’expriment face caméra

    Voir la vidéo

Voir toutes les vidéos