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Alternatives

L’habitat coopératif, une solution à la crise du logement

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Sortir durablement de la spéculation immobilière, lutter contre l’étalement urbain, bâtir des quartiers où la mixité sociale serait réalité : l’habitat coopératif pourrait aider la France à mener une bataille efficace contre la crise du logement, qui concerne déjà 10 millions de personnes. Mais, pour le moment, malgré la multiplication des initiatives locales, aucun texte de loi ne valide cette option. Un vide juridique à combler d’urgence, pour favoriser ces projets alternatifs.

107 % : c’est le taux d’augmentation du coût du logement ces dix dernières années. Dans le même laps de temps, les revenus ont augmenté de… 17 % ! Résultat : aux 3,6 millions de personnes privées de logement ou très mal logées, s’ajoutent au fil du temps des milliers de personnes touchées par « la crise du logement ». Dont certaines consacrent jusqu’à 43 % de leurs revenus au remboursement d’un prêt immobilier. Face à cette réalité, les politiques publiques sont plus que timides. Parfois, elles contribuent même à aggraver la situation, comme semble le faire la loi Scellier, du nom du député UMP qui a en été l’instigateur.

Introduite en 2009, elle permet aux personnes investissant dans le parc locatif de bénéficier d’importantes réductions d’impôts. Pour un appartement de 200 000 euros, la réduction d’impôt totale peut aller jusqu’à 50 000 euros. La réduction dépend du zonage défini par la loi. Or celui-ci ne tient pas suffisamment compte du décalage entre offres et demandes. Résultat : des constructions déconnectées des besoins réels. « Les 2/3 des logements neufs mis en chantier ces dernières années sont dus à la loi Scellier, explique l’association Habicoop. Et malgré les clauses qui imposent des loyers pas trop élevés, ils restent inaccessibles aux revenus modestes, qui ont de vraies difficultés à se loger. »

Stop à la spéculation

Pour que politiques et citoyens cessent de ne parier que sur l’enrichissement individuel et la spéculation infinie, Habicoop et la Fondation Abbé-Pierre ont lancé un appel « pour le soutien aux initiatives d’habitat coopératif ». Publié par la revue Urbanisme, cet appel suppose de penser le logement « au-delà de la seule alternative location/propriété individuelle ». Un véritable changement de culture, en somme. Quoique... le texte de l’appel souligne que « ce modèle a fonctionné en France au cours du XXe siècle, jusqu’en 1971, où Albin Chalandon [alors ministre du Logement] l’a aboli, après avoir initié en 1969 le « Concours international de la maison individuelle ».

Chez nos voisins européens, notamment la Suisse, l’Allemagne ou les pays scandinaves, ce type d’habitat bénéficie d’un véritable statut juridique. « La coopérative est propriétaire des logements qu’elle loue à ses coopérateurs en échange d’un loyer et d’achat de parts sociales. Les habitants sont donc propriétaires collectivement du bien, mais locataires individuellement », résument les auteurs de l’appel. Associés à la conception et à la gestion de leur logement, les habitants coopératifs peuvent choisir de diminuer leur espace privatif, et de mutualiser des espaces communs tels que chambres d’amis, salles de jeux pour les enfants, buanderies, ateliers, de manière à bénéficier d’équipements plus performants et à optimiser l’utilisation de l’espace.

Le retard français

En France, en dépit du vide juridique, les projets se multiplient. Partant du constat que l’accession à la propriété individuelle pour échapper à une location « à fonds perdus » est une perspective de plus en plus inaccessible, ces projets prennent des formes multiples : habitat en auto-promotion, coopératives d’habitation, habitat coopératif diffus et divers projets d’habitat groupé participatif. Au-delà de la lutte contre la spéculation et le mal-logement, l’habitat coopératif pourrait aider « à un changement du visage sociologique des villes ». À Lyon, le Village vertical a ainsi obtenu le soutien des élus parce qu’il permettait de conserver une véritable mixité sociale.

« Mais son statut est précaire et ne permettra ni une large diffusion ni une durabilité de ce concept », poursuit l’association Habicoop. Il faut donc fixer ces possibilités dans les textes de loi. « Notamment en révisant le code de construction pour que le logement coopératif ait une légitimité au même titre que la location ou l’achat/propriété à titre individuel. » Autre impératif : « prévoir qu’une coopérative d’habitants puisse être considérée comme habitat principal, avec possibilité d’avoir accès au même type d’aides que les primo-accédants (prêt à taux zéro, etc). »

Une proposition de loi concernant les mesures d’urgence pour le logement a été déposée au Sénat par le groupe PS. Jean-Pierre Bel, tout nouveau président, faisant partie du groupe de discussion, « on peut espérer que les choses bougeront positivement », soufflent les militants d’Habicoop. Mais dans le projet politique du PS, l’idée du logement coopératif est plutôt dans la case économie sociale et solidaire que dans celle du logement. Encore un effort donc, pour reconnaître le caractère d’intérêt général de ces initiatives et réaliser, comme l’affirme l’appel que « la sécurité individuelle peut aussi passer par des solutions collectives ! ».

Nolwenn Weiler

Photo : L’écho-habitants

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