Réchauffement climatique

L’ effet de serre promis à un bel avenir

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Deux semaines de négociations pour rien. Les conclusions de la 14ème conférence internationale sur le climat, qui se tenait à Poznań en Pologne du 1er au 13 décembre 2008, sont largement en deçà de ce qu’exige l’urgence de la situation. Très bien représentés par leur lobbies industriels et commerciaux, les pays du Nord se sont illustrés par leur absence de solidarité envers les pays du sud.

MDP, REDD, ETS, autant d’acronymes qui reflètent l’expérience d’un négociateur-climat et qui ont parcouru les salles de la COP14... Entendez par là 14e conférence internationale sur le climat, qui se tenait à Poznań en Pologne du 1er au 13 décembre 2008 et qui réunissait les ministres de 192 pays. Quelques 12 000 personnes avait fait le déplacement, représentant États, organismes internationaux, lobbies industriels et commerciaux, ONG et associations environnementales et de solidarité internationale, syndicats, communautés autochtones, ainsi que de très nombreux journalistes.
Pour la plupart des observateurs, ces négociations, étape vers un accord multilatéral de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre pour 2012, marquent « des espoirs douchés » . Plusieurs journaux ont qualifié très sévèrement les conclusions de la conférence : « Sommet du refroidissement climatique » pour El Pais, « Conclusions de la conférence violemment critiquées » selon die Welt, « des pays riches comme le Japon ou le Canada qui ont rechigné à faire de solides promesses sur la réduction des émissions » pour le Los Angeles Times. La préparation de l’après Kyoto est en mauvaise voie, génératrice d’un dialogue de sourds entre pays du Nord et du Sud. Nous sommes bien loin de certains titres élogieux de la presse française qui, une fois de pus, suite à l’accord européen des 27 sur le plan climat à Bruxelles, voit en Nicolas Sarkozy le sauveur des négociations .

Les pays du nord peu généreux

Selon Geneviève Azam, membre du Conseil scientifique d’Attac France, «  les pays du Nord essaient d’imposer aux pays du Sud le principe de co-responsabilité en matière de réchauffement climatique ». Les pays industriels exigeraient ainsi des pays du Sud des efforts équivalents aux leurs, dans une « action partagée » pour une commune « adaptation au changement climatique ». Dans ce cadre, un Fonds d’adaptation serait destiné aux pays pauvres pour les aider à faire face aux conséquences du changement climatique. Il serait financé par un prélèvement de 2 % sur les recettes tirées du Mécanisme de développement propre (MDP), un dispositif qui permet à des pays du Nord de réaliser des actions de réduction des émissions dans les pays du Sud, en échange de « crédits de CO2 ».Et dans le même temps, les investissements privés pour réaliser des projets d’atténuation et de réduction des gaz à effets de serre seraient facilités. Priorités seraient donc données à la réparation des dégâts engendrés par le mode de vie occidental et aux solutions financièrement rentables.
« A cela, les pays du Sud regroupés dans le G77 et les mouvements sociaux répondent développement soutenable – ne pas prélever plus de ressources que la planète ne peut le supporter et les répartir de manière juste et équitable – et dette écologique – imposer aux pays du Nord de prendre en compte les pollutions qu’ils ont générées depuis deux siècles », selon Geneviève Azam. En sus d’une conception divergente de la responsabilité, le principal point d’achoppement entre les pays industrialisés et ceux en voie de développement porte sur le financement de la lutte contre le changement climatique : qui paiera ? Quels types de financement ? Pour quelles utilisations ? Avec quels contrôles ?

Mécanismes de marché, encore et encore....

Selon le protocole de Kyoto, les Mécanismes de Développement Propres (MDP) devaient permettre un développement soutenable. Ce genre de dispositifs permettent à des pays du Nord d’obtenir des droits à polluer – crédits de CO2 – en finançant au Sud des projets peu producteurs de gaz à effets de serre. Mais le fait de prendre le CO2 comme seul indicateur pervertit terriblement les MDP, qui ont permis, ou vont permettre de certifier un énorme barrage à Panama, construit sur des terres indigènes, un incinérateur/producteur d’énergie gigantesque à Okhla en Inde dans une zone résidentielle, ou encore des plantations d’huile de palme en Indonésie, conduisant à l’expropriation de paysans et à la réduction drastique de la biodiversité. « C’est une façon pour les pays du Nord d’exporter leur responsabilité » résume Geneviève Azam. Dans cette logique, le paquet énergie climat de l’Union Européenne prévoit que plus des deux tiers de ses émissions pourront être compensées par ces mécanismes . D’autre part, les MDP ne permettent pas de reconnaître la dette écologique. « Les logiques de marchés ne sont donc absolument pas remises en cause », poursuit Geneviève Azam.

Sur le plan du contrôle de ces mécanismes, l’ONU vient d’ailleurs de suspendre l’entreprise norvégienne Det Norske Veritas (DNV), société qui réalisait pour elle des audits sur les certificats d’émissions de CO2, après avoir relevé trop de lacunes dans sa méthode de certification . Et pourtant, malgré ces problèmes, les MDP pourraient être étendus au nucléaire et à la technique dite de capture et de séquestration du carbone (CSC) . D’autre part, ce serait en fonction de la réussite de ce genre de mécanismes que les fonds destinés aux pays du Sud pour faire face au changement climatique seraient abondés : le fond d’adaptation, déjà critiquable en soit, serait financé par un prélèvement de 2 % sur les recettes tirées des MDP. De telles recettes, de quelques millions de dollars, sont bien insuffisantes pour face aux besoins, estimés à plusieurs milliards.

Aberrations

L’autre mécanisme, objet d’âpres débats, viserait à rémunérer la non déforestation. Son principe même fait débat : pourquoi rémunérer ce qui semble aller de soi dans une perspective de non dégradation de l’environnement ? Pour les 50 millions de personnes vivant directement des forêts, il est impensable de limiter ces réserves de biodiversité à un stock de carbone monnayable . Ce sont avant tout leurs territoires, et aujourd’hui, ils n’ont même leur mot à dire dans les négociations. D’autre part, il est difficile de mettre sur le même plan des forêts primaires et des plantations, tant du point de vue écologique – les forêts primaires stockent davantage le carbone – que social – des peuples autochtones peuvent être expulsés au profit de projets de plantation ou de conservation portés par des pays riches, des entreprises polluantes ou des ONG.

Négligée par le protocole de Kyoto, la lutte contre la déforestation et la dégradation, responsable d’environ 20% des émissions mondiales de GES, sera une des clés de l’accord international qui sera négocié à Copenhague en décembre 2009. Malgré les critiques des communautés autochtones et de certaines associations et ONG écologistes, les pays du Nord voudraient rattacher les crédits « déforestation évitée », connue sous l’acronyme REDD (Réduction des Émissions liées à la Déforestation et la Dégradation), au marché international du carbone. Si un pays ou un projet réussit à diminuer le taux de déforestation par rapport à un scénario de référence, il se voit attribuer des crédits carbone REDD qu’il peut vendre sur le marché carbone. En plus des critiques évoquées ci-dessus, ce dispositif connait de nombreuses limites, techniques et économiques : la déforestation aurait-elle bien eu lieu sans le financement du projet ? N’est-ce pas seulement déplacer le problème d’un territoire à un autre ? Comment quantifier ces émissions « évitées » ? Un des risques majeurs est de créer des crédits fictifs sans certitude sur la réalité des réductions d’émissions opérées.

Si les REDD intégraient les MDP, ces nouveaux « actifs » pourraient générer des milliards de dollars de revenus annuels... que la Banque Mondiale se propose généreusement d’encadrer. Cette dernière tend à se poser comme structure de financement, sous forme de prêts, et prévoit des fonds pour des expérimentations dans 14 pays en préparation de 2012. Une telle gestion est à l’opposé des demandes des peuples qui souhaitent avant tout selon Geneviève Azam « un financement solidaire international qui leur permette de vivre sans subir la déforestation ».

Forces en présence

En attendant Obama et sa nouvelle équipe, les négociations n’ont guère avancé avec l’administration Bush. Par contre, le lobby international du business était fortement représenté à Poznań. L’IETA, l’association internationale du marché des émissions, a un credo : étendre les droits d’émission de gaz à effet de serre à l’ensemble de la planète et des activités et développer le marché mondial d’échange des droits à polluer . 189 firmes internationales composent cet influent lobby et plus de 250 participants, sur 1 500 venus du secteur privé, se sont revendiqués de l’IETA. Pour son président, Henry Derwent, « sans marché global, les coûts de la lutte contre le changement climatique seront politiquement insoutenables ».
Un Poznań Business Day a été organisé le 9 décembre par un autre très important lobby du business, le WBCSD (World Business Council for Sustainable Development) qui regroupe plus de 200 multinationales. Selon Geneviève Azam, « ils défendent une approche sectorielle pour la gestion des émissions et les droits de propriété intellectuelle pour les transferts de technologie. C’est une excuse pour exempter les industries fortement consommatrices en énergie des obligations de réduction. »

Souvent les plus touchés par le changement climatique, les peuples indigènes n’ont pas pu obtenir un accès formel aux négociations, mais leurs revendications ont pu être portées par le réseau Climate Justice Now !, alliance mondiale de plus de 160 organisations. Pour le réseau, « la responsabilité historique pour la grande majorité des émissions de gaz à effet de serre incombe aux pays industrialisés du Nord. (...) Les Peuples Indigènes, les communautés de paysans et de pêcheurs vivent en harmonie avec la Planète et sur un mode durable, depuis des millénaires. Ils ne sont pas seulement les plus affectés par le changement climatique, mais aussi par les fausses solutions proposées, comme les agro-carburants, les méga-barrages, la modification génétique, les plantations d’arbres et les systèmes de compensations de carbone. En lieu et place des programmes inspirés par les marchés, leurs pratiques durables devraient être vues comme offrant les vraies solutions au changement climatique. »

Ce réseau considère les trois principaux piliers de l’accord de Kyoto, comme le mécanisme de développement propre, comme « complètement inefficaces dans la réduction des émissions ». Leurs solutions placent la justice et les droits des peuples au centre des négociations sur le climat. Non extraction des carburants fossiles, relocalisation de la production et de la consommation, mise en œuvre de la souveraineté alimentaire et énergétique des peuples, contrôle démocratique des énergies propres et renouvelables, fin de la déforestation, investissements massifs dans les transports publics, annulation des dettes illégitimes revendiquées par les gouvernements du Nord et les institutions financières internationales ... Autant de propositions qui feront l’objet d’une réunion de préparation pour Copenhague 2009 en mars prochain.

En France, l’Alliance Urgence climatique, justice sociale ! , qui regroupe plusieurs associations et syndicats suivra de près le Forum Social de Belém du 27 janvier au 1er février 2009. Une après midi sera consacrée à la question du climat et de la justice sociale, et plus d’une trentaine de réseaux se sont déjà inscrits pour y contribuer. Enfin, un camp climat se déroulera près de Nantes du 3 au 8 août 2009 afin de préparer la rencontre internationale de Copenhague qui se tiendra du 7 au 18 décembre 2009.

Sophie Chapelle

Photo : Greenpeace

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