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Kerviel : pire que Bhopal, l’Erika, AZF et l’amiante réunis

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Ce qu’a fait Jérôme Kerviel constitue une terrible catastrophe planétaire, d’une ampleur rarement vue. Tel est l’enseignement que l’on peut tirer du montant de la peine infligée au trader de la Société générale : 4,9 milliards d’euros d’indemnités. Jamais des dirigeants de multinationale n’ont écopé d’une telle amende, même quand leur entreprise cause des milliers de morts.

Si l’on mesure l’ampleur et la gravité du crime à l’importance de ces indemnités à payer, on en déduit que l’affaire Kerviel correspond à :

-  Plus de 2 catastrophes d’AZF, qui a causé 31 morts à Toulouse (2 milliards d’euros d’indemnités sans condamnations)
-  13 fois le montant des indemnités versées aux 6.645 victimes de l’amiante reconnues en 2009 (359 millions d’euros)
-  12 catastrophes de Bhopal, cette usine chimique qui avait explosé en Inde en 1984 et provoqué la mort de 20.000 personnes (400 millions de dollars d’indemnités à la charge d’Union Carbide)
-  53 marées noires de l’Erika (92 millions d’indemnités pour Total)

« Seul le fonds d’indemnisation des travailleurs forcés du nazisme a atteint les 5 milliards d’euros, dont la moitié seulement à la charge des groupes industriels et bancaires allemands », ajoute l’association Attac dans un communiqué. Précisons qu’aucun des responsables des catastrophes et empoisonnements récents cités plus hauts n’a été condamné à des peines de prison ferme.

Le crime de Kerviel est-il si grave ? Le trader n’a pas provoqué la crise financière qui a jeté des centaines de milliers de salariés, ici ou ailleurs, dans le chômage et la précarité. Les responsables de cette crise – banquiers et PDG de fonds spéculatifs – n’ont pas été inquiétés. Ils « continuent à bénéficier de leurs bonus, stock-options, parachutes dorés, et – pour ceux qui ont cessé leurs activités coupables – de leurs retraites-chapeaux », dénonce l’association altermondialiste. Les traders et leurs supérieurs hiérarchiques peuvent continuer à jouer tranquillement avec l’économie réelle, exigeant une restructuration ici, une réduction de déficit là, pour améliorer le « rendement » de leurs placements, risqués ou non.

À moins que le crime suprême ne soit, en 2010, de faire perdre 5 milliards d’euros à la banque qui vous emploie ? Pire que d’empoisonner ses ouvriers à l’amiante, pire que de négliger la sécurité d’une usine chimique, pire que d’affréter un pétrolier poubelle pour transporter son or noir. Et certains voudraient imposer davantage ces mêmes banques et leurs gros clients pour mieux redistribuer les richesses ? Et donc leur faire perdre leur argent impunément… Quelle inconsciente témérité ! Cela risque de leur coûter cher. Voyez les plans d’austérité qui frappent déjà.

Ivan du Roy

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