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Jusqu’où la gauche défendra-t-elle les droits des femmes ?

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Les premiers actes posés par François Hollande et son gouvernement augurent d’une politique plus volontariste que son prédécesseur en matière d’égalité femmes-hommes. Mais pour défendre les droits des 33 millions de Françaises, notamment en matière de lutte contre les violences et contre la précarité, le Parti de gauche, Europe Écologie-Les Verts et le Nouveau Parti anticapitaliste proposent des programmes plus ambitieux.

« Les droits des femmes passent par la gauche », affirmait, le 25 avril dernier, une tribune publiée dans le quotidien Libération, signée par 150 personnalités, femmes et hommes [1]. « La gauche est une alliée intrinsèque de la lutte des femmes pour leur libération parce qu’elle a pour but l’émancipation de chaque individu », disait aussi ce texte, qui appelait à voter pour François Hollande au second tour de l’élection présidentielle.

Quelques semaines plus tôt, seuls des candidats de gauche avaient répondu présents à l’invitation lancée le 7 mars par 45 associations féministes qui souhaitaient, lors d’un débat public, « tester leur potentiel féministe et découvrir leurs propositions » [2]. Eva Joly, Philippe Poutou, Jean-Luc Mélenchon et François Hollande avaient fait le déplacement. Le nouveau président de la République avait alors affirmé : « Je ne suis pas né féministe. Je le suis devenu. » Et il avait promis, en cas de victoire, de nommer un gouvernement paritaire.

10 % de femmes dans les cabinets ministériels

Promesse tenue. Le gouvernement formé par le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, compte 17 ministres femmes et 17 ministres hommes. Une décision qualifiée « d’historique » par de nombreuses associations. À la direction des cabinets, le bilan est moins brillant. Puisqu’on ne compte que 10% de femmes… Mais la haute fonction publique est de toute façon très résistante. À tel point qu’un décret a été publié le 2 mai dernier pour imposer des quotas de femmes dans cette chasse gardée masculine.

Autre signal fort donné par le tandem Hollande-Ayrault : la réinstauration d’un ministère des Droits des femmes. Créé en 1981, avec l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand, il avait été supprimé en 1986, à la suite de la défaite de la gauche aux élections législatives. Dirigée par Najat Vallaud-Belkacem, ce ministère est considéré par le mouvement social comme capital pour analyser, décrypter, combattre et prévenir le sexisme, les inégalités et les violences faites aux femmes.

Il permettra sans doute aussi d’assurer des financements pérennes aux associations. Qui, à l’image de l’historique Planning familial, ont vu leurs budgets réduits comme peaux de chagrin ces cinq dernières années [3].

Les salaires des femmes 20% inférieurs

« La création d’un ministère est importante, cela offre un guichet. Mais cela ne doit pas empêcher un vaste mouvement social », avertissait Yvette Roudy, ancienne ministre française aux Droits des femmes, le 14 mars dernier lors des « causeries présidentielles » proposées par le Centre Hubertine-Auclair (espace d’information francilien sur l’égalité entre femmes et hommes) [Voir leur site]. C’est aussi le point de vue de Jean-Luc Mélenchon, qui estime que « l’institutionnalisation de la lutte ne doit pas effacer la lutte », rappelant que, dans les textes, l’obligation de l’égalité salariale existe bel et bien, sans que cela ne se traduise dans la réalité. En 2008, les écarts salariaux moyens entre hommes et femmes sont de 23,6 % dans le secteur privé et de 17 % dans la fonction publique d’État.

Les femmes occupent la plupart des emplois à temps partiel (81,5 %) et des emplois dits non qualifiés (62 %), pour percevoir des retraites inférieures de 40 % à celles des hommes. Pour sortir de cette précarité, le Front de gauche propose d’abord le Smic à 1 700 euros (tout comme le NPA). « Cela prend cinq minutes, cela aide beaucoup de femmes, qui sont plus nombreuses que les hommes à être payées au salaire minimum, et cela fait aussitôt grimper les autres salaires », assure Jean-Luc Mélenchon. Qui promet aussi le retour à la retraite à 60 ans avec la prise en compte des périodes d’éducation des enfants et la fin des temps partiels subis.

Pour Osez le féminisme (OLF), qui a décortiqué les programmes des partis politiques sur cette question, le projet d’EELV est aussi « prometteur ». L’association voit d’un très bon œil « la suppression de l’exonération sur les heures supplémentaires, le conditionnement des exonérations de cotisations sociales pour les bas salaires à un travail décent, l’augmentation du salaire horaire pour les temps partiels inférieurs au mi-temps, le soutien et l’amélioration des emplois de service ».

Pas de parité, pas de subventions

Concernant le cumul des mandats, qui freine le renouvellement du personnel politique et l’engagement des femmes, une collaboration avec EELV et le FG au sein d’une assemblée nationale plurielle permettrait quelques avancées remarquables sur le sujet. EELV propose une législation interdisant le cumul des mandats, y compris dans le temps. Le parti écolo souhaite aussi la suppression des subventions aux partis ne respectant pas la parité, afin d’éviter que les grands partis puissent acheter un « droit » au sexisme. Pour le Front de gauche : « La parité sera garantie par la loi, le cumul des mandats strictement limité en nombre et dans le temps. »

Selon Réjane Sénac, chargée de recherche au CNRS, c’est quand la loi est contraignante (comme pour les scrutins de listes aux élections locales et régionales), qu’elle est efficace : « Quand elle n’est qu’incitative, comme pour les législatives, là où le pouvoir est le plus aigu, on a un contournement de l’esprit de la loi. Les suppléants sont des suppléantes. Et elles sont candidates dans des circonscriptions où elles ont peu de chance de gagner. » [4]

Une loi pour combattre les violences sexistes ?

Les combats des féministes « ne sont pas une "affaire de femmes", mais nos combats, ceux de toutes les citoyennes et tous les citoyens », assure François Hollande le 10 avril dernier dans une réponse à l’Association européenne contre les violences faites aux femmes (AVFT). La rapidité avec laquelle Najat Vallaud-Belkacem et Christiane Taubira se sont emparées du dossier de la définition du délit de harcèlement sexuel tendrait à prouver que le gouvernement socialiste prend la question des violences sexuelles et sexistes au sérieux.

Mais, selon Osez le féminisme, « le Front de gauche est le seul parti qui aborde de manière complète les diverses discriminations et violences subies par les femmes ». Parmi les propositions : le vote d’une loi de lutte contre le sexisme, se donnant les moyens de sanctionner les insultes à caractère sexiste, la banalisation et l’omniprésence de la pornographie et l’instrumentalisation des corps à des fins marchandes.

Le Front de gauche promet également d’agir pour le droit à l’avortement au niveau européen, d’activer le logement prioritaire pour les femmes en danger et la possibilité d’obtenir des titres de séjour pour les femmes étrangères victimes de violences. Sur ces divers points, le programme du NPA est similaire. Autres propositions du Front de gauche qui séduisent les féministes : la création d’un statut de réfugiée pour les demandeuses d’asile, l’abrogation du délit de racolage passif, la création d’un observatoire national des violences.

Pas une fois le mot « femme » dans le programme de l’UMP

Dans son analyse, Osez le féminisme souligne aussi que « le projet écologiste est très ambitieux concernant les violences faites aux femmes ». Au programme : des campagnes de sensibilisation, l’augmentation du nombre de places en hébergement d’urgence, la formation des professionnels. Le Nouveau Parti anticapitaliste, seul parti à citer l’expression de « harcèlement sexuel » dans son programme, est plus elliptique sur les mesures concrètes à mettre en place.

À droite, le sujet ne semble pas prioritaire. Dans le programme présidentiel de l’UMP, il n’y avait pas même une fois le mot femme ! Quant au FN, qui aime à se faire le défenseur des victimes, et se veut impitoyable envers les délinquants, il ne propose… rien pour lutter contre les violences faites aux femmes. Sur ce volet, estiment les féministes de l’AVFT, les partis politiques, et notamment le PS, gagneraient par ailleurs à clarifier leur position quant à leurs membres qui sont condamnés pour violences sexuelles. Il serait aussi bien vu, sur ce dossier, que le PS se prononce un jour sur l’éventuelle éviction d’un certain DSK...

Nolwenn Weiler

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